Améliorer l'offre de soins du patient atteint de schizophrénie résistante

À l'occasion de la journée infirmière organisée dans le cadre du 15e Congrès de l'Encéphale, plusieurs posters ont été soumis. Marie-Astrid Meyer nous présente ses travaux et son retour d’expérience sur cette rencontre...

Marie-Astrid Meyer
Marie-Astrid MEYER

Améliorer l'offre de soins du patient atteint de schizophrénie résistante (Poster)

Mission transversale d'une infirmière de pratique avancée (Intervention orale)

MA.Meyer1, S.Colson2 , A.Rolland1, JY.Masquelier1, MO. Krebs1, M.Plaze1

Centre Hospitalier Sainte-Anne, Service Hospitalo-Universitaire, Paris, France
2 infirmier PhD, Aix Marseille Université AP-HM

Intérêt pour le sujet traité

La schizophrénie est une maladie stigmatisante et invalidante ayant un impact sur la qualité de vie des patients avec un retentissement fonctionnel pouvant être important.

La prise en charge psychiatrique vise à réduire les symptômes, améliorer l’autonomie et la qualité de vie. Le traitement par Clozapine® a montré sa supériorité dans le traitement des patients pharmaco-résistants (un tiers des patients), cependant ce traitement nécessite une surveillance particulière, ce qui peut freiner sa prescription dans les centres psychiatriques de première ligne.

D’où l’intérêt de la mise en place d’un protocole de coopération délégant la surveillance et le renouvellement de la prescription de ce traitement aux infirmiers. Il s’agirait d’un premier protocole psychiatrique au plan national et c’est le sujet que j’avais choisi de traiter dans mon mémoire de master.

En ce qui concerne la mission transversale de l’infirmière de pratique avancée, on pourrait dire qu’il s’agit d’orchestrer les différents champs d’exercice infirmier dans notre service comme par exemple l’éducation thérapeutique pour laquelle nous avons neuf programmes validés par l’ARS, les consultations dans lesquelles on retrouve l’éducation thérapeutique mais aussi les thérapies cognitives et comportementales ainsi que diverses évaluations et orientations thérapeutiques.

La mission de l’infirmière de P.A s’exerce aussi dans le champ de la formation/conseil auprès des équipes et des étudiants, de la collaboration pluri-professionnelle (avec le protocole de coopération) entre autre mais aussi la participation à des groupes de travail de l’HAS et enfin l’exercice auprès des patients, des familles, des aidants par la mise en place de groupes thérapeutiques.
Il y a aussi dans cette fonction transversale le leadership afin de valoriser le travail infirmier au travers de réalisations telles que posters, articles, recherche et enfin la dimension éthique afin de faire réfléchir les équipes sur les prises de décision et l’adaptation du projet au patient concerné.

Politique de recherche

J’exerce dans un service hospitalo-universitaire où la recherche fait partie de notre quotidien. Il y a une forte représentation de nos travaux au congrès de l’encéphale que ce soit pour les interventions orales ou les posters. C’est un choix politique fort du service.

Les atouts et les contraintes

Le service est porteur et je travaille en lien avec ma hiérarchie infirmière et médicale. J’ai l’impression de m’épanouir au quotidien. La contrainte c’est le temps, il faut gérer un emploi du temps monstrueux mais c’est passionnant. Pour la réalisation du poster il s’agit d’une formalisation synthétique d’un sujet qui est complexe, pour l’intervention orale, il est parfois difficile de tout gérer et de tout faire bien.

Projet

Concernant le protocole de coopération nous procéderons à une évaluation lorsque celui-ci sera validé par l’Agence Régionale de Santé. Je voudrais écrire des articles, c’est important de laisser des traces écrites de ce que l’on fait.

Impressions congrès

C’est la troisième année que j’y participe, c’est un plaisir. Travailler chaque année sur un sujet différent oblige à la rigueur.

Conseils aux collègues

Il faut dépasser ses peurs. Il faut dire oui, on va le faire. On fait évoluer nos pratiques et on les valorise. 

Interview : Christine Colson, Cadre supérieure de santé

 

LE POSTER

Introduction

La schizophrénie est une maladie psychiatrique stigmatisante et invalidante qui nécessite une prise en charge à long terme. Le patient atteint de schizophrénie voit sa qualité de vie diminuée avec un retentissement fonctionnel pouvant être important. Les familles sont souvent démunies et nécessitent une prise en charge adaptée afin de répondre au mieux aux besoins du patient.
La prise en charge psychiatrique vise à réduire les symptômes du patient dans le but de préserver ses aptitudes et lui permettre ainsi une autonomie et améliorer sa qualité de vie. Un patient sur trois est pharmaco-résistant et pourrait potentiellement bénéficier d’un traitement par clozapine, traitement ayant montré sa supériorité d’efficacité pour ces patients. Cependant, cette molécule nécessite une prise en charge psychiatrique particulière du fait de la survenue possible d’effets indésirables graves, ce qui peut freiner sa prescription dans les centres psychiatriques de première ligne.
Dans un but d’améliorer l’offre et la qualité des soins proposés aux patients atteints de schizophrénie résistante, le centre des pathologies résistantes (CENPARE) au sein du Service Hospitalo-Universitaire (SHU) de l’hôpital Sainte-Anne s’est questionné sur l’intérêt de la mise en place d’un protocole de coopération visant à déléguer des actes médicaux - tels que la surveillance et le renouvellement de la clozapine - aux infirmiers.

Méthode

Pour ce faire, cette étude descriptive et rétrospective sur dossiers médicaux, à partir des comptes rendus de consultation, a évalué les indications thérapeutiques de clozapine recommandées à l’issue d’une consultation au CENPARE. En complément, une enquête auprès de l’équipe de 1ere ligne ayant adressé le patient au CENPARE, des patients ou de leur famille, a permis d’évaluer le suivi de ces recommandations sur le terrain.

Résultats

Lors de la consultation au CENPARE, 72 % des patients résistants n’ont jamais bénéficié d’un traitement par clozapine. Sur les 28 % ayant déjà reçu ce traitement, 20 % sont toujours sous ce traitement et sont donc ultrarésistants. Suite à la consultation, 60 % des patients se sont vus indiquer une mise sous clozapine, mais seuls 37 % ont réellement été mis sous ce traitement. Les raisons qui ont contribué à la non mise en place de clozapine sont diverses, le refus du patient 22 %, la réticence des équipes 25 %, sont les principales raisons.

Conclusion

L’efficacité de la clozapine n’étant plus à prouver, le CENPARE a décidé, avec l’aide d’une infirmière de pratique avancée, de proposer un protocole de coopération afin de faire bénéficier au plus grand nombre de patients le nécessitant une mise sous clozapine dans le service en articulation avec la prise en charge psychiatrique de 1ère ligne.

Cliquez sur l'image pour agrandir le poster

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