START : une prise en charge innovante des troubles thymiques complexes

Gérard ADLER, Céline FAUCHON
Gérard ADLER, Céline FAUCHON

LAURÉATS 2017

G. ADLER, C. FAUCHON, A. AUGUSTYNEN, M-G. VEDRINE, Dr M.ROTHARMEL, Pr O. GUILLIN
Centre hospitalier le Rouvray, SOTTEVILLE LES ROUEN

À l’occasion du 15e Congrès de l’Encéphale, le prix du meilleur poster dans le cadre de la journée infirmière a été remis aux auteurs des travaux sur le programme START : une prise en charge innovante des troubles thymiques complexes. Voici une interview des auteurs Gérard Adler (G. A.) et Céline Fauchon (C. F.), qui nous présentent leurs travaux et leur retour d’expérience sur cette rencontre.

Intérêt pour le sujet traité

La structure START qui s’intéresse aux troubles thymiques complexes a été mise en place en Avril 2016 par le professeur Olivier Guillin. Un appel à candidatures a été diffusé sur l’établissement et notre candidature a été retenue. La prise en charge repose sur un programme de soins individualisés et spécifiques intégrant plusieurs approches pour un même patient. Cette prise en charge innovante permet aux infirmier(e)s d’élargir leurs compétences à travers une prise d’autonomie et l’accès à des formations. Nous avons voulu à la fois montrer la structure et la pratique dans ce qu’elles avaient de novateur en faisant d’une pierre deux coups.

Les contraintes et les atouts pour la réalisation du poster

La mise en forme et la gestion des outils informatiques ont été les principales contraintes car nous ne connaissions pas bien l’outil informatique P.Point notamment (G.A). Nos atouts, par ailleurs, concernent tout d’abord la recherche statistique qu’a pu réaliser Aline Augustynen qui nous a fait réaliser les progrès de notre pratique par rapport aux patients accueillis depuis l’ouverture de l’unité, ensuite le travail de poster nous a permis de visualiser l’ensemble des partenaires, de les rencontrer (C.F), d’échanger, réfléchir sur nos pratiques, faire la part de l’innovation et mettre en forme. Tout ce travail a renforcé la cohésion qui était déjà bonne et dans une bonne ambiance de travail (G.A).

Applications et suites à donner

Nous voulons présenter un travail sur les six premiers mois de fonctionnement qui nous permettra de vérifier si nos pratiques sont en adéquation avec la demande des patients. Ensuite nous ferons une réévaluation de six mois à un an. Nous souhaitons améliorer ainsi constamment nos pratiques professionnelles.

Politique de recherche dans l’établissement

Il existe une politique de recherche médicale sous la responsabilité du Professeur Olivier Guillin et une politique de recherche infirmière car actuellement une cadre de santé est en master de recherche en sciences infirmières.

Les impressions sur le congrès 

C’est stimulant, l’idée de présenter quelque chose, de concourir. On a déjà vu des posters très intéressants (G.A). En même temps c’est valorisant pour nous d’avoir la chance de présenter notre poster en session infirmière, c’est nouveau, c’est le moment de valoriser notre pratique infirmière dans notre structure. Je pense que c’est aussi intéressant l’échange des pratiques, cela permet de voir le travail des autres dans les autres structures, voir ce qui est innovant dans les autres hôpitaux (C.F).

Quels conseils donneriez-vous à des collègues ?

Il faut oser la pratique infirmière pour qu’elle soit plus valorisée, ne pas avoir peur de se confronter à nos limites ou nos faiblesses, c’est ce qui nous fait progresser, l’échec n’est pas un problème. C’est rester en arrière qui est problématique (G.A).

Remarques 

J’aimerais conclure en remerciant le soutien médical du professeur Olivier Guillin et du docteur Rotharmel. C’est très important pour nous. Ils nous encouragent et soutiennent nos initiatives. Ils valorisent le travail infirmier. Nous avons aussi la chance de bénéficier, par le biais de la formation continue, d’une formation qualifiante tous les trois ans et de pouvoir participer à un congrès une fois par an.

Interview : Christine Colson Cadre supérieure de santé

LE POSTER

Introduction

La dépression est un problème de santé publique majeur touchant 350 millions de personnes dans le monde (selon l'Organisation Mondiale de la Santé). Environ 30% de l'ensemble des dépressions résistent aux médicaments antidépresseurs et deviennent pharmacorésistants selon Fava et al, avec des répercussions socio-professionnelles importantes et une altération de la qualité de vie. Pour répondre au mieux à ce problème et offrir une prise en charge spécifique et personnalisée, le service hospitalo-universitaire du Centre Hospitalier du Rouvray a ouvert un hôpital de jour (HDJ) intersectoriel, spécialisé dans les troubles thymiques résistants, intégrant une équipe pluridisciplinaire, l'HDJ "START".

Méthode

La prise en charge sur START repose sur un programme de soins individualisé et spécifique intégrant plusieurs approches pour un même patient: les adaptations médicamenteuses selon les dernières données de la littérature, l'Education Thérapeutique Individuelle (ETI), la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), la remédiation cognitive et la neurostimulation (tDCS, rTMS, ECT et deep brain stimulation, DBS). Trois phases peuvent être rencontrées chez les patients: la phase d'état, de consolidation et de récupération focntionnelle. Les objectifs sont l'amélioration de la symptomatologie et la qualité de vie des patients, la réduction des rechutes et des hospitalisations ainsi que le développement des soins ambulatoires.

Résultats

L'hôpital de jour a ouvert en avril 2016. D'avril à novembre 2016, 41 patients ont été inclus dans le programme. La population est majoritairement jeune (âge moyen: 43 +/- 14 ans), féminine (56%), sans emploi ou en invalidité (56%), souffrant d'un épisode dépressif majeur dans le cadre d'un trouble unipolaire (46%) et avec des comorbidités anxieuses associées (46%). Tous ont un niveau de résistance supérieur ou égal à 3 selon la classification de Thase et Rush.
Seuls trois patients ont arrêté prématurément le programme. Une patiente, finalement diagnostiquée schizophrène, a été orientée vers un autre service de soins.
Tous les patients ont eu un suivi infirmier et médical, une adaptation de traitement, un bilan TCC et neuropsychologique. Dans un second temps 17% ont eu de l'ETI, 27% de la TCC, 17% de la remédiation cognitive, 15% des ECT, 27% de la rTMS et une patiente de la DBS.
Sept patients ont achevé le programme avec une amélioration de leur dépression évaluée par la MADRS inférieure à 7.

Conclusion

La structure permet aux infirmiers de développer des compétences à travers une prise d'autonomie et l'accès à des formations. Des projets récents émergent, portés par l'équipe infirmière, tels que le programme de connaissance et d'estime de soi, les groupes d'affirmation de soi et ceux de remédiation cognitive par le jeu en collaboration avec une infirmière spécialisée en TCC et deux neuropsychologues. De plus, une salle de réalité virtuelle pour des patients atteints de phobie sociale devrait être mise en place.

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