Un large usage des benzodiazépines oblige au respect de certaines recommandations

Académie Nationale de Médecine

Michel LEJOYEUX* et Jean-Pierre OLIÉ**
Au nom de la Commission V (Psychiatrie et santé mentale)

* Membre correspondant de l’Académie nationale de médecine
**Membre de l’Académie nationale de médecine

Contexte

La surconsommation de benzodiazépines est régulièrement signalée notamment chez les personnes âgées en France et ailleurs.

Deux facteurs déterminant le niveau de consommation de ces médicaments justifient des actions de correction : non-respect des indications par les prescripteurs, usage détourné dans un but addictif par les consommateurs. En avril 2015, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé a choisi de promouvoir trois actions :

  • limitation de prescription à un mois,
  • prescription sur ordonnance sécurisée,
  • adaptation de conditionnement aux règles de prescription.

L’Académie nationale de médecine relève le caractère volontiers négatif du message délivré sur les benzodiazépines, mettant en avant les effets indésirables réels : risques de dépendance, d’accidents et de chutes. Pour une évolution vers un usage optimal de ces médications une information sur les effets thérapeutiques est aussi nécessaire qu’une information sur les inconvénients.

L’Académie nationale de médecine rappelle les indications des benzodiazépines.

1) La  prescription  initiale  ou  le  renouvellement  de  prescription  d’une  benzodiazépine doivent être précédés d’une évaluation clinique permettant de confirmer l’indication.

2) Les  benzodiazépines  sont  le  traitement  de  référence de  la  crise  d’angoisse  aiguë  en raison du rapport bénéfices/risques.

3) Le  traitement  de  l’anxiété  chronique  doit  associer psychothérapie  et/ou  antidépresseur (pour les molécules bénéficiant de cette indication).

4) Les benzodiazépines les plus sédatives sont indiquées pour le traitement symptomatique des troubles du sommeil. Une prescription au long  cours (au-delà de quatre semaines) doit  être  limitée  aux  formes  les  plus  résistantes  de  troubles  du  sommeil,  toujours associée   à   la   prescription   de   mesures   hygiénodiététiques.   La   pertinence   de   la prescription  doit  être  réévaluée  régulièrement  et  des  tentatives  d’interruption  toujours proposées.

5) La prescription doit être encore plus « mesurée » chez les personnes âgées, les adultes jeunes  et  encore  davantage  chez  les  adolescents  ainsi  que  les  patients  ayant  des
antécédents de conduites addictives.

6) La  prescription  systématique  d’hypnotiques  lors  d’un  séjour  hospitalier  doit  être proscrite.

 

Source : ACADEMIE NATIONALE DE MEDECINE