Back to the Seventies : le retour en grâce des psychodysleptiques dans la dépression
Sélectionné dans The Lancet Psychiatry par Michael BARDE, David GOURION

mardi 30 août 2016
  • Auteurs : Carhart-Harris RL, Bolstridge M, Rucker J, Day CM, Erritzoe D, Kaelen M, Bloomfield M, Rickard JA, Forbes B, Feilding A, Taylor D, Pilling S, Curran VH, Nutt DJ
  • Référence : Lancet Psychiatry. 2016 Jul;3(7):619-27
  • Date de publication : Juillet 2016
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Mon commentaire par Michael BARDE, David GOURION
Psilocybe

Le traitement de la dépression dans ses modalités actuelles par des traitements antidépresseurs connus pose le problème du délai d’action. Un champ important de la recherche en psychiatrie biologique est axé sur le développement de molécules avec un plus court délai d’action, comme la kétamine.

Dans le numéro de mai de Lancet Psychiatry, est publiée par l’équipe de Robin L Carhart-Harris une étude de faisabilité de l’utilisation à visée thérapeutique dans la dépression de la psilocybine (prodrogue du psilocine, agoniste sérotoninergique 5-HT2a), contenue naturellement dans différentes espèces de champignons hallucinogènes. Cette molécule a fait l’objet de quelques études sur l'anxiété en fin de vie, la dépendance au tabac et à l’alcool, les TOC, sous tendus par le rationnel pharmacologique d’un effet de boost sérotoninergique extrêmement puissant à très court terme (très différent de l’effet très progressif des antidépresseurs). Il s’agit d’un premier essai publié sur des patients déprimés.

Cette étude pilote a été réalisée en ouvert, sans groupe contrôle, sur 12 patients unipolaires présentant une dépression modérée à sévère (score à l’échelle d’Hamilton >17) et résistants à au moins deux cures « appropriées » d’antidépresseurs sur au moins 6 semaines. La psilocybine était administrée per os, a « faible dose » à J1 (10mg) et « forte dose » à J7 (25mg). Le critère principal de jugement pour évaluer la faisabilité était l’effet ressenti par le patient sur une échelle d’auto-évaluation, dans le but d’optimiser l’administration de psilocybine chez un groupe de patients déprimés et d’en évaluer la faisabilité et l’efficacité. Les résultats montraient une efficacité rapide (réduction de 50% du score initial sur l’échelle d’auto évaluation dès la première prise).

L’effet thérapeutique à long terme était évalué par l’échelle d’auto-évaluation QIDS au départ (Score initial moyen: 19.2), 1 semaine (Score : 7.4 ), 2 semaines (Score : 6.3), 3 semaines (6.4 ), 5 semaines (8.2), et 3 mois (10.0). 

Echelle d'auto-évaluation QIDS
 

La tolérance s’est avérée globalement bonne avec des effets transitoires post-administration : anxiété, un trouble du cours de la pensée, des nausées et des maux de tête. Les effets psychédéliques de la psilocybine apparaissaient 30-60 min après la prise, atteignaient leur plateau à 2-3h et devenaient négligeables à la 6ème heure.

Cette étude pilote suggère que la psylocibine est une molécule susceptible d’entrainer des effets thérapeutiques à très courts termes dans les dépressions sévères, avec un maintien différé de l’efficacité à distance de la prise. Le profil d’efficacité/tolérance est nettement moins bien connu que celui de la kétamine, mais des études complémentaires pourraient montrer si la psilocybine est un « challenger » sérotoninergique crédible en comparaison des antagonistes glutamatergiques.

 

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2 commentaires

Jean louis Gandois4 octobre 2016

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Mangez moi ,mangez moi .......
À évaluer

ISABELLE GAUTIER15 mars 2018

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Jolie photo mais quelle valeur accordée à une étude sur un échantillon microscopique sans groupe contrôle et que la variabilité des réponses à une prise en charge, médicamenteuse ou autres, est multifactorielle en psychiatrie probablement plus qu'ailleurs?