Les psychotropes associés à des effets pro- ou anti-inflammatoires chez les schizophrènes

vendredi 20 janvier 2017

PARIS, 20 janvier 2017 (APM) - Les médicaments psychotropes semblent avoir une activité pro- ou anti-inflammatoire, selon la molécule, ce qui peut influencer le statut inflammatoire chez les patients schizophrènes et pourrait, à terme, aider à développer une médecine personnalisée, selon une communication faite au congrès de L'Encéphale, qui s'achève vendredi à Paris.

Le rôle de l'inflammation dans les troubles psychiatriques est un sujet d'intérêt depuis une vingtaine d'années mais cette théorie avait émergé au début du XXème siècle avant d'être détrônée par l'arrivée de la sismothérapie puis des médicaments, a rappelé le Dr Guillaume Fond à Jeanne d'Arc-Hôpital privé parisien à Saint-Mandé (Val-de-Marne), lors d'une session orale jeudi.

Dans la schizophrénie en particulier, de précédents travaux ont mis en évidence un lien entre la présence de troubles cognitifs et d'une inflammation périphérique de bas grade persistante, hors infections.

A partir de la cohorte FACE-SZ du réseau national des centres experts des troubles schizophréniques, dépendant de la Fondation FondaMental, le Dr Fond et ses collègues ont établi, dans une précédente étude, la liste des causes potentielles d'inflammation périphérique à partir des données de 405 patients stabilisés, inclus dans 10 centres.

Il apparaît notamment que l'inflammation périphérique est associée à des troubles du sommeil, au tabac et au cannabis, à l'obésité abdominale, aux traumatismes pendant l'enfance, au microbiote intestinal, à l'activité physique et aux traitements.

De précédentes études ont suggéré que les antipsychotiques pouvaient influencer l'inflammation, avec des résultats contradictoires. Selon une méta-analyse, les antidépresseurs auraient une forte activité anti-inflammatoire.

Pour mieux cerner l'influence des psychotropes sur le statut inflammatoire des schizophrènes, les chercheurs ont analysé les données des patients de la cohorte FACE-SZ.

Il apparaît dans cette population que l'inflammation périphérique était associée au sexe féminin, à un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé et au tabagisme.

L'inflammation périphérique est aussi associée, chez l'homme uniquement, à l'antipsychotique quétiapine et au neuroleptique cyamémazine. Des études in vitro suggèrent que la quétiapine peut activer la cascade inflammatoire, notamment au niveau intestinal car ce médicament constipe beaucoup, ce qui pourrait aussi favoriser une inflammation locale et augmenter le statut inflammatoire, a rapporté le Dr Fond.

Pour la cyamémazine, les études pharmacologiques sont rares. Il est possible que ce médicament soit prescrit à visée anxiolytique chez des patients plus anxieux du fait de leur statut inflammatoire, a-t-il ajouté.

Les tricycliques ont également été associés à une plus grande inflammation, sans non plus déterminer s'il s'agit de leur activité pro-inflammatoire ou s'ils sont très prescrits pour une dépression liée au statut inflammatoire.

Enfin, les patients les plus inflammatoires étaient ceux qui avaient les prescriptions les plus importantes d'hypnotiques, a ajouté le psychiatre, rappelant que les troubles du sommeil sont fortement associés au statut inflammatoire.

L'étude a également mis en évidence des facteurs protecteurs: le valproate ainsi que l'aripiprazole chez les femmes étaient associés à moins d'inflammation.

"L'analyse des données se poursuit avec pour objectif final, le développement de la médecine personnalisée selon le statut inflammatoire", a conclu le Dr Fond.

Actuellement, il n'existe aucun traitement efficace des troubles cognitifs associés à la schizophrénie, a-t-il rappelé.

 

Source : APM International