Pédopsychiatrie: une "maison de l'enfance" pour améliorer le parcours et la prise en charge des 6-11 ans ?

jeudi 19 janvier 2017

PARIS, 19 janvier 2017 - La Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent et disciplines associées (SFPEADA) propose de structurer le parcours de soins des 6-11 ans avec la création d'une plateforme territoriale d'appui en santé mentale ou "maison de l'enfance" pour cette classe d'âge, ont expliqué des membres de cette organisation aux sénateurs mercredi.

Quatre membres d'organisations représentant les spécialistes de la prise en charge pédopsychiatrique étaient auditionnés mercredi après-midi dans le cadre de la mission sénatoriale sur la psychiatrie des mineurs, constituée fin novembre 2016. La mission a pour rapporteur Michel Amiel (RDSE, Bouches-du-Rhône) et pour président Alain Milon (LR, Vaucluse), rappelle-t-on. Elle doit rendre son rapport en avril.

Les sénateurs ont interrogé les quatre spécialistes sur d'éventuelles solutions pour réduire les ruptures dans les parcours de soins en pédopsychiatrie.

Le Pr Michel Wawrzyniak, président de la SFPEDADA, et le Dr Catherine Lacour-Gonay, membre du conseil d'administration de l'organisation, ont présenté une proposition d'expérimentation pour structurer le parcours de soins des enfants.

Il faut réfléchir avec trois niveaux d'intervention, avec un premier niveau pour le repérage, le deuxième pour le diagnostic et le troisième pour l'orientation vers des centres plus spécialisés comme les centres médico-psychologiques (CMP) et les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP), a expliqué le Dr Lacour-Gonay.

"Pour les 0-6 ans, les centres d'action médico-sociale précoce (Camsp) sont en première intention. Pour les 11-20 ans, ce sont les maisons des adolescents", a-t-elle rappelé. "Pour la tranche des 6-11 ans, nous avons imaginé une plateforme territoriale d'appui en santé mentale qui serait adossée au CMP", a expliqué le médecin.

Le Pr Michel Wawrzyniak a expliqué que cette structure, qu'on pourrait appeler "la maison de l'enfance", dans la même logique que la maison des adolescents, serait la "cheville ouvrière entre les trois niveaux".

Le premier niveau (repérage, accompagnement court, relais si échec) concerne les familles, l'école, les psychologues scolaires, la protection de l'enfance, les services de protection maternelle infantile (PMI), le médecin traitant, le pédiatre, les psychiatres libéraux et psychologues libéraux, a-t-il énuméré.

La maison de l'enfance serait en contact permanent avec le niveau 1 avec les missions suivantes: prévention, information, formations, coordination, guichet unique gratuit et sans rendez-vous, avis d'experts (confirmation diagnostic par téléphone ou directe), propositions de réponses rapides ou prioritaires et expertise pluridisciplinaire.

Elle serait aussi en contact vers le niveau 3 avec les missions suivantes: orientation sanitaire ou hors sanitaire, facilitation d'entrée dans le soin spécialisé, accélération de la montée en compétence du niveau 3 et accélération de la structuration de filières spécialisées dans le niveau 3.

Le niveau 3 (CMP/CMPP) se consacrerait aux cas complexes et aux filières spécialisées avec les bilans diagnostiques catégoriels et fonctionnels "labellisés", projet personnalisé, objectifs partagés avec les familles, réponses thérapeutiques structurées, thématiques prioritaires avec création de filières et parcours spécialisés (troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, troubles des apprentissages, troubles anxio-dépressifs et suicide, psychotraumatisme…)

Le président de la SFPEADA a appelé la direction générale de la santé (DGS) à soutenir cette proposition de structuration du parcours qui "émane d'un séminaire qui s'est tenu en décembre [2016]".

310 CMPP dans 470 lieux de consultations

Le Dr Patrick Belamich, président de la fédération des CMPP (FDCMPP), a dressé un état des lieux de ces structures "polyvalentes et généralistes", qui peuvent recevoir des jeunes de 0 à 20 ans, présentant toutes sortes de pathologies. Il a indiqué qu'en France métropolitaine et outre-mer, il existe 310 CMPP répartis dans 470 lieux de consultations -puis que chaque CMPP peut avoir plusieurs antennes.

Il y a donc bien "un maillage sur le territoire", a-t-il fait remarquer.

Cela représente 3 millions de consultations par an et 200.000 enfants concernés, soit un peu moins de la moitié des actes de pédopsychiatrie en ambulatoire en France, a détaillé le Dr Belamich. Cela correspond à 5.000 équivalents temps plein (ETP) salariés.

Source : APM International