Recommandations de la HAS pour mieux repérer et gérer le syndrome d'épuisement professionnel

lundi 22 mai 2017

SAINT-DENIS (Seine-Saint-Denis), 22 mai 2017 (APMnews) - La Haute autorité de santé (HAS) a mis en ligne lundi des recommandations, sous forme de fiche mémo, sur le repérage et la prise en charge du syndrome d'épuisement professionnel, ou burnout.

La HAS a été saisie par l'ex-ministre en charge de la santé, Marisol Touraine, en avril 2016 pour élaborer des recommandations de bonnes pratiques, destinées aux médecins du travail et aux médecins généralistes sur le repérage, la prévention et la prise en charge du syndrome d’épuisement professionnel (SEP) ou burnout, ainsi que sur l’accompagnement des personnes lors de leur retour au travail. Cette requête est une mesure du plan santé au travail 2016-2020, rappelle-t-on. Ces recommandations sont destinées aux médecins du travail, médecins généralistes et autres professionnels de santé.Selon les données épidémiologiques françaises mises en avant par la HAS, la souffrance psychique causée ou aggravée par le travail concernerait 3,1% des femmes et 1,4% des hommes en 2012. Parmi les troubles relevant de la souffrance psychique en lien avec le travail, le burnout représentait, en 2012, 7% des troubles psychiques rapportés par les médecins du travail."Si une extrapolation est faite sur les 480.000 salariés potentiellement concernés par la souffrance psychique en lien avec le travail en France, cela représenterait environ 30.000 cas. Cependant, le diagnostic différentiel difficile entre burnout et autres troubles dépressifs causés ou aggravés par le travail suggère que ce chiffre est probablement sous-estimé", note la HAS.Le syndrome d’épuisement professionnel n’est pas considéré comme une maladie dans les classifications de référence, mais comme un "facteur influant sur l’état de santé et motif de recours aux services de santé", rappelle la HAS dans son rapport, qui ne concerne que le volet clinique, et non le milieu et l'organisation du travail.Elle s'est d'abord attachée à définir ce syndrome, le terme burnout étant souvent dévoyé et utilisé pour décrire toute sorte de stress, grande lassitude ou fatigue par rapport à son travail.La HAS le définit comme se traduisant par un "épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel". Elle insiste sur le fait qu'il exige une prise en charge médicale adaptée.

Ecarter les pathologies sous-jacentes et évaluer le risque suicidaire

Le diagnostic reste toutefois difficile et peut être établi à tort ou au contraire passer inaperçu. Les manifestations diffèrent d'une personne à une autre, et se développent progressivement : elles peuvent être émotionnelles (anxiété, tensions musculaires diffuses, tristesse de l'humeur...), cognitives, comportementales ou interpersonnelles (isolement, agressivité), motivationnelles (désengagement, dévalorisation...), physiques non spécifiques (troubles du sommeil, musculo-squelettiques...).La HAS préconise de repérer les pathologies sous-jacentes éventuelles et de les écarter avant de poser le diagnostic, ainsi que d'évaluer en priorité le risque suicidaire. Cela doit être complété par l'analyse des conditions de travail et des facteurs individuels.La prise en charge, coordonnée par le médecin traitant, commence par un arrêt de travail dont la durée doit être adaptée à l'évolution du trouble et du contexte socio-professionnel. Elle repose sur des interventions psychothérapeutiques ou psychocorporelles, et un éventuel traitement médicamenteux, par antidépresseurs notamment mais uniquement si le syndrome est associé à des troubles anxieux ou dépressifs. Le médecin traitant peut solliciter l'intervention d'un psychiatre.Le retour au travail doit être anticipé et accompagné, avec une analyse du poste et des conditions de travail, et d'éventuelles actions de prévention individuelle et/ou collective. Une ou plusieurs visites de pré-reprise avec le médecin du travail sont préconisées.La fiche mémo souligne le cas particulier des soignants, "population à risque historiquement identifiée" et qui a fait l'objet de nombreuses études sur le syndrome d'épuisement professionnel. Ils "nécessitent une prise en charge spécifique via un réseau de soin adapté. Au même titre que les autres groupes professionnels, celle-ci implique le respect de la confidentialité et une réactivité adaptée, d’autant que la demande d’aide peut être retardée. Un soutien social est indispensable. Les professionnels de santé salariés bénéficient d’un suivi au sein de leur service de santé au travail comme tout autre travailleur salarié", précise la HAS.Par ailleurs, "le burnout n’étant pas considéré à ce jour comme étant une pathologie, sa reconnaissance en maladie professionnelle résulte toujours d’une décision au cas par cas. Les modalités de contestation des décisions rendues figurent sur les notifications envoyées aux assurés", souligne la HAS. Le médecin du travail et les médecins des centres de consultation de pathologie professionnelle peuvent contribuer à l’orientation des salariés dans ces démarches.La haute autorité rappelle également que la mission d’information relative au syndrome d’épuisement professionnel a rendu son rapport en février, dans lequel elle propose, afin d’approfondir et de stabiliser les connaissances sur ce champ, la création d’un centre national de référence consacré à la santé psychique au travail.Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur la détection et la prévention des risques psychosociaux pour les personnels médicaux hospitaliers, saisie par l'ex-ministre de la santé à la suite des premiers rapports établis sur le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien à l'hôpital européen Georges Pompidou (HEGP, AP-HP, Paris) en décembre 2015, a quant à lui été rendu public en janvier, rappelle-t-on.Fiche mémo "Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel ou burnout" et rapport d'élaborationSource : APM International