Tentatives de suicide : des profils différents de patients

lundi 10 avril 2017

WASHINGTON, 10 avril 2017 (APMnews) - Les patients pris en charge aux services d'accueil des urgences (SAU) pour une tentative de suicide semblent se répartir eu deux groupes différents qui pourraient bénéficier de traitements et de parcours de soins distincts, suggère une étude française.

Cette étude a été menée au sein de l'unité des urgences psychiatriques, située au coeur du SAU de l'hôpital Bichat-Claude Bernard, où collaborent les équipes de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) et du groupement hospitalier de territoire (GHT) Paris-Psychiatrie & neurosciences, indiquent l'AP-HP, le GHT et l'université Paris-Diderot, lundi dans un communiqué commun.

En France, peu de travaux ont été menés jusqu'à présent sur les personnes qui se suicident ou tentent de le faire. Selon l'Observatoire national du suicide, 10.000 personnes mettent fin à leur jour et près de 200.000 personnes commettent une tentative de suicide chaque année en France. Et environ 80% des personnes ayant commis une tentative de suicide sont vues au sein des SAU.

Dans cette étude publiée dans Psychiatry Research, Florence Perquier et ses collègues ont comparé les caractéristiques de 168 patients (27-48 ans, 66,1% de femmes) selon deux approches: d'une part, les primo-suicidants et les récidivistes (50,6%), et d'autre part, ceux qui déclarent d'abord "vouloir mourir" (36,3%) et ceux qui justifient leur geste par un autre motif (appel à l'aide, volonté d'adresser un message à l'entourage, besoin de soins, de repos ou de mise à distance).

L'analyse des données montre que par rapport aux primo-suicidants, les patients qui ont fait plusieurs tentatives de suicide sont davantage sans emploi (risque relatif rapproche OR de 3), ont eu un suivi psychiatrique ou psychologique au cours des 6 mois précédents (OR de 3,35), consommé des psychotropes au cours des 7 derniers jours (OR de 2,95) et ont déjà été hospitalisés en psychiatrie (OR de 15).

La volonté de mourir n'était pas associée à un risque accru de multiples tentatives de suicide. Par rapport aux autres motifs, les patients qui déclarent vouloir mourir avaient davantage d'idées suicidaires au cours du mois passé, qu'elles aient été verbalisées (OR de 4,75) ou non (OR de 4,22). Ils ont davantage été hospitalisés en psychiatrie que suivis en ambulatoire (OR de 4).

La volonté de mourir était aussi associée à des facteurs précipitant comme des problèmes financiers ou professionnels (OR de 3,5) ou des troubles psychiatriques (OR de 2,7).

Ces données suggèrent que les patients récidivistes et ceux qui déclarent une volonté de mourir représentent deux groupes distincts de patients à risque élevé de suicide, avec des profils cliniques et des parcours de prise en charge distincts, concluent les chercheurs.

Bien que ces résultats ne puissent pas être généralisés, cette étude souligne l'importance d'évaluer les troubles psychiatriques et les antécédents de prise en charge chez les patients vus aux urgences pour une tentative de suicide, ajoutent-ils.

D'autres études épidémiologiques sont nécessaires pour confirmer ces deux groupes de patients ainsi que des études interventionnelles pour déterminer les stratégies de prise en charge et de prévention les plus adaptées pour chaque groupe.

(Psychiatry Research, édition en ligne du 22 mars, à paraître dans vol.253, p142-149)

Source : APM international