Une approche comportementale pour aider à arrêter de fumer

mercredi 1 mars 2017

WASHINGTON, 1er mars 2017 - Une intervention brève comportementale permet de réduire l'envie irrépressible de fumer déclenchée par les signaux associés au tabagisme, ouvrant la voie à un nouvel outil d'aide au sevrage tabagique, selon une étude américaine.

Découvrir aussi l'ouvrage de Philippe Guichenez sur le sujet : Traiter l'addiction au tabac avec les thérapies comportementales et cognitives

 

Les récents travaux sur les processus mnésiques intervenant dans les conduites addictives suggèrent qu'il est possible de réduire la capacité des signaux extérieurs à provoquer des comportements acquis, indiquent Lisa Germeroth de la Medical University of South Carolina à Charleston et ses collègues dans JAMA Psychiatry.

Ils ont voulu tester une méthode développée par des chercheurs de l'université de Pékin. Ceux-ci expliquaient dans un article publié en 2012 dans Science qu'il s'agissait d'abord d'ouvrir la fenêtre de reconsolidation de la mémoire en réactivant les souvenirs de consommation de patients héroïnomanes (à l'aide d'une vidéo) puis peu de temps après, d'initier le processus d'extinction en les exposant à des stimuli associés à la drogue sans leur permettre de consommer, ce qui permet d'affaiblir la réponse au stimulus.

Il apparaît que l'envie irrépressible de consommer diminue, suggérant que la mémoire peut être modifiée par une procédure d'extinction si les souvenirs ont été réactivés auparavant et ce, de façon plus durable par rapport à une procédure d'extinction à distance ou sans réactivation préalable.

Les chercheurs américains ont testé cette approche dite de reconsolidation/extinction auprès de 88 fumeurs (au moins 10 cigarettes par jour depuis au moins 3 ans) volontaires, randomisés entre des séances de reconsolidation/extinction sur le tabagisme et des séances sans lien avec le tabagisme.

L'intervention a eu lieu sur deux jours, consistant à ouvrir la fenêtre de reconsolidation de la mémoire avec une vidéo de 5 minutes, l'une contenant des signaux associés au tabagisme et l'autre étant neutre par rapport au tabac. La procédure d'extinction était initiée 10 minutes après et consistait en 4 séances successives de 15 minutes (5 min d'exposition à une vidéo, 5 min à des images et 5 min à des objets).

L'envie de fumer a été évaluée 1 mois après et il apparaît que le score moyen de craving en réponse à des signaux familiers ou nouveaux associés au tabagisme a baissé dans les deux groupes, avec une différence statistiquement significative chez les patients ayant suivi la procédure de reconsolidation/extinction spécifique par rapport au groupe d'intervention neutre (respectivement autour de 2,1 points et 2,6 points, contre des scores autour de 3,5 points lors de la première séance d'entraînement).

Le nombre de cigarettes fumées quotidiennement a aussi baissé dans les deux groupes, avec une différence significative en faveur des patients ayant suivi la procédure de reconsolidation/extinction spécifique. Le nombre moyen de cigarettes était de 16 par jours dans les deux groupes à l'inclusion et il est passé à un mois de suivi à environ 7 pour les patients ayant suivi la procédure spécifique et à moins de 10 dans le groupe contrôle.

En revanche, le niveau de cotinine urinaire, le nombre de jours sans fumer et les rechutes étaient similaires entre les deux groupes.

Ces résultats suggèrent que l'intervention brève de reconsolidation/extinction ciblant la mémoire associée au tabagisme peut atténuer l'envie irrépressible de fumer et pourrait aider au sevrage tabagique, concluent les chercheurs.

(JAMA Psychiatry, édition en ligne du 1er février)

Source : APMnews