L’euthanasie pour souffrance psychique : retour sur l’une des thématiques les plus polémiques du Congrès de l’Encéphale…

Publié le 21 février 2017

David Gourion
Dr. David Gourion

En France, l’euthanasie en psychiatrie est un tabou absolu qui, à notre connaissance, n’avait jamais été abordé dans le cadre d’un grand congrès scientifique.

Et quel paradoxe pour nous, psychiatres, que d’envisager de donner la mort à un patient qui la réclame quand notre cadre éthique absolu est justement celui de sauver des vies : comment envisager les velléités suicidaires de nos patients autrement que comme des symptômes de la maladie psychique qu’il convient de traiter, au même titre que tous les autres symptômes, et qui peuvent, nous l’avons tous observé, disparaître au gré des thérapeutiques ?

Pour répondre à cette grande question de société, le comité scientifique a donc décidé d’organiser une session en faisant le pari que les collègues seraient au rendez-vous. Pari tenu, puisque la salle était bondée et les échanges riches et passionnants.

Nous avons choisi comme intervenante une consœur belge ayant une véritable expertise sur la question. Le Dr Frédérique Van Leuven a donc accepté notre invitation. Ni militante de la « Cause », ni passionaria anti-euthanasie, F. Van Leuven a su aborder avec une grande subtilité cette thématique extrêmement complexe, au travers de différentes situations très concrètes. Ainsi, a t-elle abordé avec beaucoup de réserve le cas extrêmement médiatisé de Laura, jeune femme dépressive chronique de 24 ans, qui a obtenu de façon simple et rapide le droit à l'euthanasie pour cause de souffrances psychiques insupportables, pour finir par y renoncer. Elle nous a également relaté des expériences plus personnelles avec ses propres patients, à l’instar d'une patiente qui avait été traitée pendant vingt ans pour une dépression très sévère, chronique et ultra-résistante, hospitalisée au long cours, ayant commis plusieurs tentatives de suicide : elle avait tout planifié et une lettre ne laissait aucun doute sur sa décision. Mais il est arrivé un impondérable et elle a été sauvée in extremis. Malgré cela, elle allait de plus en plus mal et voulait mourir. Elle a fini par se suicider dans des conditions atroces. Aurait-on pu lui offrir des conditions de fin de vie plus sereines? La question se pose ainsi pour quelques très rares patients aux confins de nos possibilités thérapeutiques.

Finalement, l’un de nos grands patrons de la psychiatrie française s’est exclamé, en fin de présentation : « vous m’avez convaincu ! ». 

L’experte : Le Dr Frédérique van Leuven (Sivry, Belgique)

Dr Frédérique Van Leuven

 

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