Les chantiers thérapeutiques, la réhabilitation au cœur du soin infirmier

À l'occasion de la journée infirmière organisée dans le cadre du Congrès de l'Encéphale 2017 (15e édition), plusieurs posters ont été soumis. Bernard LE GUEN (B.LG) et Bénédicte BROGLIN (B.B) nous présentent leurs travaux et leur retour d’expérience sur cette rencontre...

Les chantiers thérapeutiques, la réhabilitation au cœur du soin infirmier

LE GUEN B., BROGLIN B., BRUANT B., GELBART P., MAGDELEINAT C., MERCUEL A.

Centre hospitalier Sainte Anne, Paris, FRANCE

Intérêt pour le sujet traité

L’histoire des chantiers thérapeutiques remonte à 1985 dans le contexte de création du premier foyer de postcure sectorisé à visée de réinsertion sociale par des ateliers d’accompagnement des patients puis les chantiers. Les patients souhaitaient participer à la remise en état de leur logement. Nous avons mis en place, par le biais de l’association du service, le concept patient-client / patient-ouvrier. Aujourd’hui cela concerne l’ensemble du G.H.T Paris Psychiatrie et Neurosciences et se développe également sur la petite couronne. Nous sommes régulièrement sollicités par d’autres professionnels pour expliquer notre travail et nous avons réalisé le poster avec notre cadre qui est à l’initiative du projet de poster.

Il était intéressant de montrer des chiffres pour objectiver le travail réalisé au cours des cinq dernières années, notamment le nombre de patients ayant intégré le programme qui se déroule sur 18 à 24 mois. Une centaine d’interventions sont réalisées chaque année et les résultats encourageants sont en faveur d’un impact positif sur la réhabilitation et la réadaptation sociale de nos patients.

Les atouts et les contraintes

Il n’y a pas eu de difficultés particulières, le sujet était mûr dans notre tête et en deux réunions quasiment le poster était réalisé. Notre cadre connaissait bien l’outil informatique nécessaire à la concrétisation du poster et le service audiovisuel a réalisé le poster.

Applications concrètes, suites à donner

B.B : Le poster est un bon outil de communication, nous pourrions l’utiliser maintenant à des fins d’information pour nos partenaires (ESAT, formations professionnelles, emplois protégés…). L’utilisation des données chiffrées est aussi une piste intéressante à exploiter.

Vos impressions sur le congrès

B.LG : c’était très intéressant, j’ai découvert plein de choses sur l’évolution du métier. J’ai vu des pratiques sur la prévention à l’hospitalisation notamment.

B.B : les interventions étaient de qualité et riches. Voir ce qui se fait ailleurs, échanger ; les professionnels sont passionnés par ce qu’ils font, c’est un enthousiasme communicatif. Ça donne envie de continuer et de s’inspirer de ce que font les autres.

Conseils aux collègues

B.LG : il faut être clair sur sa mission, et se poser les bonnes questions, partager ses idées, en discuter.

B.B : Il n’y a pas de risque à essayer. Il faut chercher de l’appui chez les autres, faire des réunions régulières avec un petit groupe à compétences variées pour réaliser le poster. Echanger de manière à ce qu’on ait appris quelque chose à la fin et prendre plaisir à cet exercice et enfin de pas avoir peur de faire connaître son savoir-faire.

Interview : Christine Colson, Cadre supérieure de santé

Découvrez sans attendre la prochaine journée des infirmières qui se tiendra le mercredi 24 janvier 2018 de 10h à 16h lors du 16e Congrès de l'Encéphale !

 

LE POSTER

INTRODUCTION
La réhabilitation et la réadaptation sociales des patients suivis en psychiatrie constituent un enjeu essentiel dans leur devenir, particulièrement concernant le logement et l’insertion professionnelle, problématiques majeures de soins en santé mentale.

MÉTHODE
Le Centre Hospitalier Sainte-Anne s’est doté en 1992 d’une unité spécialisée : « les Ateliers et Chantiers Thérapeutiques » (ACT). Cette unité, à la fois unité de soins et association, contribue à la réhabilitation des personnes suivies dans les secteurs de psychiatrie adulte parisiens.
La structure repose sur le principe général suivant : des « patients ouvriers », salariés par l’association et encadrés par des infirmiers, exécutent des travaux pour des « patients clients ». Les premiers interviennent au domicile des seconds pour désencombrer, nettoyer, repeindre, rénover.
Pour le « patient ouvrier », le dispositif est un accompagnement thérapeutique, médical et infirmier, en lien avec l’équipe de secteur, pour clarifier et préparer un projet de réhabilitation individuelle y compris professionnelle.
Pour le « patient client », la rénovation du logement est intégrée dans le projet de soins et le dispositif participe au maintien à domicile dans de bonnes conditions.
Le rôle des infirmiers dans cette équipe, constituée également d’un cadre de santé et d’un psychiatre est essentiel. Les infirmiers évaluent le patient, lors d’une période initiale aux ateliers, sur les capacités et compétences manuelles, d’organisation et de contact avec autrui. Puis ils l’encadrent en permanence lorsqu’il travaille ensuite sur les chantiers. Les infirmiers sont également en lien avec le « patient client » et son équipe de secteur, lors de la période préparatoire pour établir les devis et lors du déroulement des travaux au domicile.

RÉSULTATS
L’analyse statistique sur les 5 dernières années permet de cibler au plus près la provenance des patients ayant pu bénéficier du système et leur devenir : 70% des patients accueillis présentaient une schizophrénie, la moyenne d’âge est de 37 ans, 52,5% d’entre eux n’ont jamais travaillé. A la sortie des ACT, 18 à 24 mois après le début de l’intégration, 47,7% des patients ont un projet abouti et ont donc pu utiliser cette structure comme un tremplin vers l’insertion. Concernant les « patients clients », une centaine d’interventions par an sont réalisées. Les ACT permettent d’intervenir à des coûts inférieurs à ceux habituellement pratiqués par les entreprises et dans des logements où, devant les « dégâts », elles n’interviennent pas. De plus, la dimension soignante tient compte de leur vulnérabilité et de leur fragilité. Ces résultats sont encourageants et en faveur d’un impact positif sur la réhabilitation et la réadaptation sociale.

CONCLUSION
L’expérience acquise depuis l’ouverture des ATC montre le bénéfice et la pertinence de ce type de dispositif comme étape vers une insertion socio-professionnelle et pour un maintien à domicile de qualité.

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