Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Jeu Mathurin : interview de C. Desombre

Publié le mardi 29 mai 2018

JEU MATHURIN : la réalité virtuelle au service de la psychiatrie

Interview de Colombe DESOMBRE, ergothérapeute, Centre hospitalier Sainte-Anne, PARIS

cdesombre

Comment avez-vous travaillé sur ce sujet de la réalité virtuelle au bénéfice des patients ?

En tant qu'ergothérapeute, je travaille et réfléchit sur l'autonomisation des patients suivis au centre de jour polaire. Au début je pensais à un jeu de plateau parce que la notion de groupe est importante pour les échanges, pour l'aide que chacun peut s'apporter, pour ses forces et ses faiblesses. Et puis l'unité de remédiation cognitive s'est mise en place dans notre pôle et le docteur AMADO est venue nous rencontrer pour nous parler de la réalité virtuelle. Ainsi avec l'INSERM et un ingénieur en réalité virtuelle de mon entourage nous nous sommes lancés dans cette expérience novatrice. Je me posais la question suivante: est-ce que le fait de résoudre des difficultés du quotidien dans l'espace virtuel va permettre au patient de les résoudre dans sa réalité quotidienne? Ce qui m'intéressait c'était l'autonomie au quotidien, des choses très simples: comment on fait ses courses, comment on gère son appartement, ses relations, ses papiers administratifs…Parce qu'au cours des ateliers que j'animais auparavant avec les patients, je les entendais échanger sur tous ces sujets, parler de leurs difficultés et j'étais vraiment en recherche sur ce sujet. Le jeu s'est appelé Mathurin parce que notre unité était située dans une rue qui portait ce nom.

Dans la démonstration que vous nous avez montrée, vous faites faire des parcours dans la ville à vos patients avec des tâches à accomplir, à quels patients s'adresse ce traitement virtuel de leurs difficultés quotidiennes?

Ce jeu s'adresse essentiellement à des patients schizophrènes, psychotiques stabilisés suivis dans notre unité. Des patients qui vivent à leur domicile pour la plupart.

Est-ce que la manipulation du joystick a été difficile ?

Les nouvelles technologies font partie aussi de l'environnement de nos patients notamment par le biais des jeux vidéo. Cela a été plus ou moins facile selon que les patients ont l'habitude des jeux vidéo, mais grâce au groupe il y a de l'entraide, cela n'a pas posé de difficulté. Cela a permis à ceux qui savent de se rendre compte qu'ils peuvent aider, qu'ils ont un savoir-faire qui peut être utile à d'autres, cela leur a donné confiance en eux. Cela nous a permis de démarrer un lien de confiance.

Il s'agit d'une pratique de jeu de groupe ?

Oui il y a une projection sur grand écran du parcours dans la ville, il n'y a pas de casque individuel.

L'évaluation du processus s'effectue comment ?

Pour le moment ce sont des bilans neurocognitifs qui sont faits avec des grilles spécifiques, ce n'est pas ma partie. Nous, nous avons des entretiens préliminaires qui nous permettent de voir quelles sont les difficultés de chacun. Nous évaluons certains critères tels que la planification des tâches, la prise de conscience des difficultés et des ressources, la confiance en soi. Nous avons constaté que ces critères se sont améliorés à la fin du programme.
Les premières séances nous permettent aussi d'évaluer les difficultés qui font le lien du groupe, on ne peut pas tout travailler, nous faisons des choix. La session se compose de douze séances programmées. La forme ludique est importante, les patients ne doivent pas avoir l'impression d'être jugés par les soignants.

Depuis combien de temps utilisez-vous la réalité virtuelle ?

Depuis quatre ans, le recrutement n'est pas toujours évident, il concerne les patients des différents hôpitaux de jour et CATTP du pôle 15. Nous devons développer le retour aux équipes des unités de provenance de nos patients, nous devons aussi travailler avec l'ingénieur développement en particulier pour améliorer l'environnement virtuel (intérieur des boutiques et autres lieux, adapter selon le milieu rural ou citadin). Avec les patients nous avons constaté que le retour que nous faisons avec eux après la séance leur permet de résoudre des petits problèmes et qu'ils arrivent à mobiliser ce qu'ils font pendant le jeu pour trouver eux-mêmes les solutions, ils pensent "comme dans le jeu Mathurin"!

Pensez-vous que le jeu Mathurin pourrait devenir un outil de soins intégré dans la prise en charge des patients concernés ?

Oui, je le pense. Au même titre que l'éducation thérapeutique (ETP). On a un exemple de patient qui a réussi à prendre conscience de sa capacité à résoudre lui-même certaines difficultés et qui a suffisamment pris confiance en lui pour faire du bénévolat alors qu'il ne sortait pas de chez lui.
Les apports du jeu Mathurin tiennent sur la durée. On ne s'attendait forcément à ça, mais c'est super. C'est encourageant.

C'est votre première participation au congrès, quelles sont vos impressions ?

Cela m'a fait plaisir d'être sollicitée par notre cadre supérieure, c'est une reconnaissance de notre travail, ça fait du bien! Mais c'est impressionnant, c'est un univers incroyable. En tant qu'ergothérapeute, c'est une grande satisfaction de présenter ce travail dans cet évènement important.

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