Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Les troubles du spectre de l'autisme associés aux troubles liés à l'usage de substances psychoactives

Publié le jeudi 7 janvier 2021

WASHINGTON, 5 janvier 2021 (APMnews) - Les personnes présentant des troubles du spectre de l'autisme (TSA) semblent avoir un risque accru de développer des troubles liés à l'usage de substances psychoactives, avec une hausse du risque de décès, selon une étude taïwanaise publiée dans JAMA Pediatrics.

Parmi les troubles du neurodéveloppement comorbides aux troubles liés à l'usage de substances psychoactives, le plus fréquent est le TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité), rappellent le Dr Jing-Syuan Huang du Centre médical de la défense nationale à Taipei et ses collègues. Des travaux ont montré que ces deux catégories de troubles partageaient des mécanismes neurobiologiques.De récentes études ont mis en évidence également des circuits neuronaux et des voies de signalisation qui se chevauchent entre les troubles autistiques et les troubles de l'usage des substances, avec des points communs avec le TDAH.Pour en savoir plus sur les relations entre autisme et mésusage/addiction, les chercheurs ont analysé de manière rétrospective les données d'une cohorte en population générale, soit près de 2 millions de personnes incluses dans une base de données nationale de l'assurance maladie taïwanaise entre le 1er janvier 2000 au 31 décembre 2015.Ils ont identifié 6 599 patients avec un diagnostic de TSA (de 11,9 ans en moyenne, à 77,2% des garçons, suivis 8,1 ans en moyenne et 4,3 ans en médiane) et apparié 26 396 contrôles (77,2% de garçons également, 12,1 ans en moyenne) sur l'âge et le sexe.Globalement, les patients atteints de TSA présentaient davantage de comorbidités neuropsychiatriques que les contrôles : handicap intellectuel (22,2% vs 0,9%), tics (16,9% vs 0,8%), épilepsie (9,8% vs 0,8%), trouble obsessionnel-compulsif (3,1% vs 0,2%), troubles de l'humeur (24,1% vs 1,4%), troubles anxieux (30,3% vs 5,1%), troubles du contrôle des impulsions (3,4% vs 0,5%)…Après analyse multivariée et ajustée, il apparaît que par rapport aux personnes sans TSA, celles qui en sont atteintes présentent un risque significativement accru de troubles lié à l'usage de substances psychoactives, multiplié par 2,3, et des risques de troubles liés à l'alcool et aux substances illicites en particulier, multipliés par 2,1 et 3 respectivement.Les chercheurs se sont intéressés également aux médicaments psychotropes prescrits aux patients autistes : antidépresseurs, antipsychotiques et thymorégulateurs.L'analyse des données pour le sous-groupe de patients autistes prenant un psychotrope montre que le risque de troubles liés à l'usage de substances est significativement réduit par rapport à ceux qui n'en reçoivent pas, de 40%, et jusqu'à 63% pour ceux qui reçoivent plusieurs psychotropes.D'autres analyses en fonction des comorbidités montrent que pour les patients présentant les mêmes, le risque de troubles de l'usage des substances est significativement accru par rapport aux contrôles, avec un facteur allant de 1,2 à 2,6.Le risque est particulièrement élevé pour les patients atteints à la fois de TSA et de tics, avec un risque de troubles de l'usage des substances multiplié par 6,4 en l'absence de traitement psychotrope. Les patients ayant à la fois des troubles du spectre de l'autisme et du contrôle des impulsions avaient en particulier un risque accru de troubles liés à l'usage d'alcool (multiplié par 5,5) et liés aux drogues (par 5,4).Enfin, l'analyse montre un risque de décès significativement plus élevé chez les patients qui présentent à la fois des TSA et des troubles liés à l'usage de substances par rapport à la fois à des patients autistes sans troubles de l'usage de substances, à des personnes non autistes mais ayant des troubles de l'usage de substances et à des personnes n’ayant ni troubles autistiques ni troubles de mésusage ou d'addiction, avec un facteur de respectivement 2,4, 1,3 et 3,2.Ces résultats montrent que les personnes diagnostiquées avec un TSA présentent un risque accru de développer des troubles liés à l'usage de substances psychoactives et que les personnes qui associent les deux catégories de troubles présentent un risque accru de décès.Des travaux sont nécessaires pour comprendre les mécanismes communs, mais aussi le risque pour les patients atteints de TSA de développer des addictions comportementales, ainsi que l'effet de différentes thérapeutiques, notamment en prévention de ces mésusages et addictions mais aussi sur le risque de décès, commentent les chercheurs.(JAMA Pediatrics, édition en ligne du 4 janvier)Source :

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