Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Suicide : l'équipe du dispositif VigilanS lance une expérimentation en milieu pénitentiaire

Publié le mercredi 20 mars 2019

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PARIS, 8 mars 2019 (APMnews) - L'équipe de VigilanS des Hauts-de-France lancera une expérimentation en milieu pénitentiaire d'ici deux mois, a confirmé à APMnews Christophe Debien, responsable du dispositif dans la région.

VigilanS, dispositif de prévention contre le suicide né en 2015 dans le Nord et le Pas-de-Calais et diffusé depuis, permet de garder un contact téléphonique avec les patients ayant été hospitalisés pour tentative de suicide afin de prévenir les récidives. En janvier 2018, la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, avait annoncé sa généralisation d'ici deux ans.

L'expérimentation en milieu pénitentiaire, qui devait débuter au mois de mars, ne commencera que "dans un mois ou deux", a estimé Christophe Debien. Les moyens supplémentaires, deux demi-postes, "sont en cours de négociations entre l'ARS [agence régionale de santé] et le ministère de la justice", a précisé le médecin.

Cette expérimentation couvrira les maisons d'arrêts d'Annoeullin, de Sequedin (Nord) et l'unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) de Sequedin, a-t-il expliqué, précisant qu'il s'agit d'"une toute petite expérimentation". Elle vise tout d'abord à prévenir à la fois le suicide, "à la sortie de l'incarcération" et cela sans modifier le dispositif.

Son objectif est également de prévenir le suicide pendant la période d'incarcération. Les détenus "vont recevoir des cartes postales" personnalisées, une fois par mois, qui seront "distribuées par les soignants en prison", a détaillé le médecin.

"Nous allons devoir réfléchir à l'adaptation des supports à une population analphabète ou étrangère", a complété Christophe Debien, qui a estimé que ce sont des problématiques à "analyser au fur et à mesure".

Selon le médecin, cela va également permettre de renforcer les liens entre le système sanitaire et le système pénitentiaire, dont les agents ont déjà "beaucoup travaillé sur la prévention du suicide".

VigilanS investit les nouvelles technologies

Les équipes de VigilanS se sont également intéressées au dispositif en cours d'élaboration par les équipes du centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier. Ces dernières travaillent sur une application, intitulée Ecological Mental Momentary Assessment (EMMA), permettant d'évaluer le risque suicidaire d'un utilisateur. En phase expérimentale, elle est, pour le moment, testée sur 100 patients.

Les deux équipes ont décidé de combiner leur expérience d'évaluation du risque (EMMA) et d'intervention (VigilanS). Ainsi, lorsque le patient ouvre l'application, il a la possibilité de répondre à des questions, telles que "comment ça va?", "êtes-vous anxieux?" ou "avez-vous des idées noires?", a expliqué à APMnews, vendredi, Philippe Courtet, responsable du département urgence et post-urgence psychiatrique au CHU de Montpellier.

En fonction des réponses de l'utilisateur, l'application apporte une réponse adaptée. Lorsque le risque de passage à l'acte est important, elle affiche une liste de contacts, parmi lesquels le numéro de téléphone de l'équipe de VigilanS.

Enfin, les équipes de VigilanS démarrent une étude avec Charles-Edouard Notredame, pédopsychiatre à Lille. Ce dernier prévoit de développer une plateforme du nom d'Elios, pour "équipe en ligne d'intervention et d'orientation pour la prévention du suicide".

Contacté par APMnews vendredi, le médecin a expliqué que les jeunes "disent leur mal-être sur les réseaux sociaux". Il souhaite ainsi développer une plateforme présente sur trois réseaux sociaux, Twitter, WhatsApp et Messenger (Facebook), pour répondre aux sollicitations des jeunes. Les jeunes (18 à 25 ans dans l'étude, pour des questions d'autorisations parentales nécessaires chez les mineurs) pourront ainsi échanger par message "chat" avec du personnel soignant formé.

Dans ce programme, Charles-Edouard Notredame envisage de former les professionnels de VigilanS pour devenir des "web-cliniciens", à la fois capables de gérer une "intervention de crise à distance" et de comprendre les "particularités de la communauté numérique".

L'objectif serait d'amener progressivement le jeune à adopter des "modalités d'engagement" plus fortes, comme accepter un appel de la part de l'équipe soignante. "Progressivement [on souhaite] renforcer la motivation du jeune sur le continuum de l'engagement jusqu'à qu'on puisse l'amener à un dispositif de soins conventionnels", a complété le médecin.

Charles-Edouard Notredame a obtenu une enveloppe de 750.000 euros de la part de la direction générale de l’offre de soins (DGOS) pour financer ce projet. Son protocole rédigé doit désormais être soumis à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) et au comité de protection des personnes. La plateforme devrait être développée "avant fin 2020" pour une étude qui durera trois ans.

Source : APM News

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