Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Dépression : quoi de neuf du côté des RDoC ?

Mis à jour le mercredi 17 novembre 2021

Le programme "Research Domain Criteria" [a pour] objectif de promouvoir une approche dimensionnelle des troubles mentaux, explicitement centrée sur les neurosciences et qui tient compte de toutes les dimensions du comportement, du fonctionnement normal jusqu’au dysfonctionnement pathologique.

Le programme "Research Domain Criteria" (RDoC) a déjà derrière lui plus d’une dizaine d’années. Lancé en 2009 aux États-Unis par le NIMH (National Institute of Mental Health), il a pour but de stimuler la recherche clinique en psychiatrie en l’affranchissant de tous les cadres nosologiques existants. Son objectif est de promouvoir une approche dimensionnelle des troubles mentaux, explicitement centrée sur les neurosciences et qui tient compte de toutes les dimensions du comportement, du fonctionnement normal jusqu’au dysfonctionnement pathologique.

Ce programme de recherche suscite beaucoup d’intérêt et d’optimisme, en particulier pour ce qui concerne l’étude des troubles dépressifs. En effet, depuis des décennies, beaucoup de découvertes fondamentales ont été faites et de pistes prometteuses ont été explorées, sur les plans génétique, neurobiologique, psychopharmacologique, comportemental et épidémiologique. Mais il apparaît encore très difficile de concilier toutes ces découvertes (dont certaines sont parfois contradictoires) dans un modèle général et cohérent de la dépression – le meilleur en date et le plus raffiné, sans doute, reste le modèle multifactoriel proposé par Kendler et ses collègues au début des années 2000 (Kendler et al., 20021 ; 20062).

Concernant les RDoC, deux « domaines » d’exploration sont susceptibles d’intéresser spécialement la dépression : le système de valence positive (VP) et le système de valence négative (VN). Le premier est lié au système de la motivation et de la récompense, et semble impliquer de manière préférentielle certaines structures cérébrales comme l’aire tegmentale ventrale et le noyau accumbens. Le second est lié au circuit de l’évitement et implique plus spécifiquement l’amygdale et le cortex insulaire.

Or des études récentes (Medeiros et al.3, 2020) suggèrent que les individus diagnostiqués avec une dépression sévère présentent des profils cliniques assez différents, suivant qu’on se focalise sur les symptômes associés au système de valence positive ou sur les symptômes associés au système de valence négative. Autrement dit, il est possible que des mécanismes très différents soient à l’œuvre dans ce qu’on regroupe communément sous le diagnostic de « Trouble dépressif caractérisé ».

Cela ouvre des pistes intéressantes pour mieux comprendre pourquoi certains individus sont plus vulnérables que d’autres à la dépression, et aussi pourquoi certains répondent mieux que d’autres aux traitements par antidépresseurs. Cela tend aussi à renforcer la conviction que le diagnostic actuel de la dépression manque de validité au sens où il regroupe sous une même étiquette des individus au profil clinique en réalité hétérogène.

Steeves Demazeux

 

Références :

  1. Kendler KS, Gardner CO, Prescott CA, “Toward a comprehensive developmental model for major depression in women”, American Journal of Psychiatry, 2002, 159:1133-1145.
  2. Kendler KS, Gardner CO, Prescott CA, “Toward a comprehensive developmental model for major depression in men”, American Journal of Psychiatry, 2006,163: 115-124.
  3. Medeiros GC et al., “Positive and negative valence systems in major depression have distinct clinical features, response to antidepressants, and relationships with immunomarkers”, Depress Anxiety, 2020, 37(8):771-783.

Pour aller plus loin :

  • Cuthbert, B. N., & Insel, T. R., “Toward the future of psychiatric diagnosis: The seven pillars of RDoC”, BMC Medicine, 2013, 11(1), 126-133.

 

 

Tout le dossier "Dimensions versus symptômes de la dépression"

 

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