Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L’élaboration de l’agressivité à l’adolescence : étude structurale comparée basée sur le test de Rorschach

Mis à jour le jeudi 8 février 2018
The elaboration of aggressiveness in adolescence: Comparative structural study based on the Rorschach test  
   

L. Schiltza, R. Diwob, C. de Tycheyb

a Laboratoire de recherche en psychologie clinique, psychologie de la santé et art thérapie (PCSA), hôpital Kirchberg, CHU, université de Heidelberg, 9, rue Edward-Steichen, 2540 Luxembourg, Luxembourg
b GR 3P (groupe de recherches en psychopathologie clinique et projective, axe prévention), laboratoire Interpsy (EA 4432), université de Lorraine, campus de Nancy 2, 23, boulevard Albert-1er, 54000 Nancy, France

PDF
Télécharger l'article au format PDF

Résumé

À l’adolescence, la capacité d’élaboration imaginaire et symbolique de l’agressivité, qu’elle soit subie ou agie, est une des composantes majeures d’une quête d’identité réussie. Nous présentons une étude comparative entre adolescents anxieux et violents (n total = 40), fondée sur le Rorschach. Nous exposons les considérations épistémologiques qui sont à la base du choix de notre méthodologie quantitative et qualitative intégrée. D’autre part, nous privilégions les statistiques non paramétriques appropriées au traitement des données qualitatives issues de groupes restreints. Notre étude comparative se base sur une grille d’analyse de contenu, construite dans une perspective phénoménologico-structurale, se plaçant au plus près du jugement global du clinicien expérimenté. Elle se superpose au psychogramme classique, les deux approches étant considérées comme complémentaires. L’étude comparative entre les sous-groupes montre que les besoins affectifs et relationnels sont plus élevés chez les adolescents souffrant d’inhibition et d’anxiété. Leurs capacités de mentalisation sont plus développées alors que, chez les adolescents présentant une tendance à l’extériorisation de l’agressivité et aux conduites violentes, l’ambiguïté du stimulus engendre la perplexité et un ralentissement des fonctions exécutives. L’analyse multidimensionnelle met en évidence, dans les deux sous-groupes, des dimensions de second ordre liées aux fonctions de contrôle plutôt qu’à l’expression directe de l’agressivité. Ces dimensions latentes, dégagées à l’aide du codage optimal, font sens du point de vue de la théorie et permettent de dégager une typologie de l’ajustement à la pulsion agressive. Nous interprétons les résultats par rapport à des questionnements actuels en psychologie développementale et en psychologie clinique de l’adolescence.
© L’Encéphale, Paris, 2014.

Summary

Background. — In adolescence, a component of a successful identity quest consists in elaborating the aggressiveness, be it endured or acted out, in an imaginary and symbolic manner. We will present a comparative study between anxious and violent adolescents, based on the Rorschach test. As the handling of aggressiveness by means of various defense mechanisms and coping strategies contributes to the construction of a sense of reality and of coherent representations of oneself and the others, the Rorschach test is a pertinent tool to study the vicissitudes of the identity quest of medium adolescence. On the other hand, many studies demonstrate that it is also a precious tool allowing diagnosis of the risks of evolution towards character pathology and personality disorders belonging to cluster B of the DSM, or towards emotional disorders and suicidal tendencies. Thus, it can help initiating appropriate therapeutic measures in a spirit of tertiary prevention.

Methods. —We present a comparative study between a sample of 20 adolescents suffering from anxiety and inhibition of aggressiveness (subgroup anxiety) and a second sample of 20 adolescents suffering from exteriorized aggressiveness and violent behavior (subgroup violence). The inclusion into the subgroups was based on clinical interviews and a thorough psychological assessment, using the criteria of categorical psychopathology. The comparative study between the two subgroups is based on an original rating scale constructed in the phenomenological and structural tradition, reflecting the global judgment of the experienced clinical psychologist. It permits using the Rorschach test as a research tool by making the step from qualitative analysis towards quantification and the use of inferential and multidimensional statistics. It also allows computing correlations between the Rorschach test and psychometric scales or other projective tests, using specific rating scales of the same type.

Results. — After showing the descriptive demographic data, we present the results of the comparative between groups study (computed by means of Mann-Whitney’s U test) and those of the multidimensional study (computed by means of the optimal scaling procedure HOMALS). The comparative study indicates that, with adolescents suffering from anxiety and inhibition, the emotional and relational needs are much greater, as is the tendency to direct one’s aggressiveness against one self. Mentalization, documented by the richness, the originality, the level of integration and the maturity of associations is better developed in this subgroup. In the subgroup of adolescents characterized by exteriorized aggressiveness and violent behavior, the ambiguity of the stimulus causes perplexity, slowing down executive functions. The latent dimensions, extracted with the help of optimal scaling procedures, are meaningful at the light of current clinical psychology and create a typology of the adjustment to aggressive drives. They tend to illustrate the pertinence of the rating scale as a research tool and contribute in demonstrating its construct validity.

Discussion and conclusion. — The data of the comparative and multidimensional study are discussed in relationship with open questions in developmental and clinical psychology of adolescence. They highlight the role of the Rorschach test as a means to differentiate between temporary and long-term difficulties related to aggressiveness, as well as to show similarities and differences at the structural level of personality functioning between subgroups with interiorized and exteriorized aggressiveness. The psychological meaning of the latent dimensions, extracted with the help of optimal scaling techniques, are discussed in light of the recent research literature. Rorschach profiles can help indicate risks of evolution towards personality pathology at adult age. Let us stress that our latent dimensions are not focused on aggressiveness itself but rather on control functions liable to modulate its expression. Using the Rorschachtest in pretest and posttest situation and exploring the change occurring during the psychotherapeutic interventions with the help of the rating scale (application of optimal scaling on Delta values) could open interesting tracks for future research in the realm of outcome and process evaluation of psychotherapies.
© L’Encéphale, Paris, 2014.

trait-horiz
 

Introduction

Depuis une vingtaine d’années, la littérature internationale tend à montrer que le test de Rorschach peut apporter une contribution originale au diagnostic et à l’exploration approfondie des troubles de l’agressivité à l’adolescence, que ce soit dans une perspective psycho-développementale [1] ou psychopathologique [2,3]. En comparaison avec les échelles psychométriques courantes ou avec d’autres tests projectifs, comme le TAT, le Rorschach montre des facettes complémentaires pour approcher la pulsion agressive, afin d’évaluer si elle est canalisée, intégrée, élaborée ou refoulée [4—6].

Toutefois, son potentiel comme instrument de recherche n’a pas toujours été exploré à fond, puisque le psychogramme classique, tout en permettant des études utilisant les statistiques inférentielles, corrélationnelles ou multi-dimensionnelles, n’est pas un outil assez différencié pour rendre compte de toutes les nuances des indices liés au développement normal ou pathologique.

Cet article se propose de démontrer l’intérêt d’une grille d’analyse de contenu originale, construite dans une perspective phénoménologico-structurale et permettant de passer de l’analyse qualitative à la quantification et à l’utilisation des statistiques non paramétriques, adaptées aux données provenant d’échantillons restreints et de niveau de mesure non métrique [7]. Son utilisation est complémentaire par rapport au psychogramme classique et par rapport à différentes méthodes d’interprétation, quelle qu’en soit l’orientation théorique. Nous allons démontrer sa pertinence pour la recherche au moyen d’une étude structurale comparée. Notre étude est fondée sur les indices liés à l’agressivité dans deux sous-groupes d’adolescents manifestant une conduite opposée, à savoir des adolescents inhibés et anxieux, d’un côté, et des adolescents désinhibés et violents, de l’autre.

L’apport du Rorschach dans l’étude des différentes facettes de l’agressivité

Le test de Rorschach est bien adapté à l’exploration des vicissitudes de la quête d’identité des adolescents puisqu’il permet d’étudier la représentation de soi et d’autrui, la maturité émotionnelle, l’adhésion à la réalité socialement admise et les stratégies d’élaboration par rapport à la violence interne et externe [1]. Il y a de très nombreuses lectures et possibilités d’interprétation dont la plupart sont complémentaires entre elles [3]. En ce qui concerne le dépistage d’indices psychopathologiques, la plupart des auteurs se placent plutôt dans une perspective développementale et dimensionnelle que dans une perspective catégorielle. En effet, dans un souci de prévention tertiaire, il est important de dépister précocement les indices pouvant faire craindre une évolution vers les tableaux plus stables des troubles de la personnalité de l’âge adulte, étant sous-entendu, qu’à l’adolescence, il s’agit d’aménagements flexibles et provisoires, plus facilement abordables par la psychothérapie. Nous allons citer quelques études récentes se plaçant dans une perspective de prévention tertiaire, au sens de dépistage précoce des profils à risque ouvrant la voie à des interventions adaptées.

Du côté de la désinhibition et de la prédisposition aux passages à l’acte hétéro-agressifs, plusieurs études ont évalué le risque d’évolution vers la personnalité antisociale, respectivement la psychopathie. Confirmant des résultats de recherche antérieurs [8—10], qui avaient trouvé dans le Rorschach d’une partie des adolescents présentant des troubles de la conduite des indices associés à la psychopathie, comme, par exemple, le narcissisme pathologique et le détachement relationnel. Klinteberg et al. [11] ont exploré les facteurs à risque d’évolution vers la personnalité antisociale en étudiant les liens entre quelques indicateurs cognitifs et émotionnels du Rorschach et des questionnaires de personnalité mesurant des traits liés à la psychopathie.

Du côté de l’inhibition et de l’anxiété, Perfect et al. [12] ont montré l’intérêt du Rorschach pour évaluer la charge de souffrance engendrée par différents types d’événements biographiques traumatogènes, abus physique, abus sexuel, négligence, pertes répétées ou maltraitance émotionnelle. Selon Collado [13], le vécu post-traumatique peut déjà être dépisté à l’âge de l’école primaire. De même, le Rorschach peut être un outil pertinent pour diagnostiquer le risque de dépression et de passage à l’acte suicidaire [14,15], ou bien la pensée opératoire et le risque de réactions psychosomatiques [16].

Étude comparative entre adolescents anxieux et violents

Méthodologie d’évaluation

Dans le cadre d’un projet de recherche pluriannuel, une grille d’analyse de contenu synthétique pour le Rorschach a été construite dans une perspective phénoménologico-structurale [7,17]. Elle se présente sous forme d’un tableau hiérarchisé dans lequel les catégories générales se subdivisent en catégories plus spécifiques. Son utilisation comme outil de recherche en psychologie clinique est réservée aux cliniciens expérimentés.

La grille ne s’applique pas aux différentes planches séparément, mais au test dans sa totalité et peut être utilisée en complémentarité avec d’autres méthodes d’interprétation. Elle comprend les catégories générales suivantes : spécificité du discours, contenu, phénomènes spéciaux, impression générale. Les variables sont cotées en 0 ou 1 (absence ou présence) et peuvent être interprétées au niveau nominal ou ordinal (pour d’autres précisions, voir [17]). L’avantage de ce type d’outil, c’est qu’il permet de passer de l’interprétation qualitative à l’utilisation des statistiques inférentielles ou multidimensionnelles. Une application très intéressante consiste à dégager des dimensions latentes au moyen des procédures non paramétriques du codage optimal(HOMALS, PRINCALS, OVERALS), procédures pouvant constituer une alternative à l’analyse factorielle si le chercheur travaille avec des groupes restreints et des données de niveau non métrique.

Présentation des échantillons

Comme nous l’avons souligné ci-dessus, l’étude a été réalisée dans une perspective développementale et dimensionnelle. Les données proviennent d’une recherche en milieu naturel, dans le cadre d’un service de consultations pour adolescents fréquentant un établissement d’enseignement secondaire classique. Les participants à la recherche (n total = 40) ont passé un bilan psychologique approfondi. Les critères d’inclusion dans les deux sous-groupes d’adolescents anxieux et inhibés versus violents et désinhibés étaient basés sur l’anamnèse et sur les motifs de la consultation. Le diagnostic des troubles repose sur les critères de la psychopathologie catégorielle (DSM, ICD ; Tableau 1).

La répartition des âges et des sexes par rapport aux troubles liés à l’anxiété, respectivement à la violence extériorisée, correspond aux données de la littérature épidémiologique en psychopathologie de l’adolescence [18]. En effet, au cours de l’adolescence moyenne, les troubles de la conduite, au sens d’agressivité extériorisée, sont plus fréquents chez les garçons, tandis que les troubles liés à l’anxiété sont plus fréquents chez les filles. Les premiers se manifestent un peu plus tardivement en moyenne [19].

Tableau 1
 

Étude comparative basée sur la grille d’analyse de contenu

Comme nous l’avons souligné ci-dessus, la grille de contenu holistique se réfère au jugement final du clinicien expérimenté. Elle est encodée suite à l’analyse planche par planche et suite à l’établissement du psychogramme classique. Son utilisation repose sur l’intégration de tous les indicateurs formels et de contenu validés par la recherche clinique, ainsi que sur les phénomènes particuliers observables dans le discours [5] (Tableau 2).

Dans le groupe anxiété, les besoins affectifs et relationnels sont plus marqués, de même que la tendance à retourner son agressivité contre soi-même. Dans le sous-groupe violence, l’ambiguïté des planches suscite une plus grande perplexité et provoque un ralentissement des fonctions exécutives. La capacité de mentalisation, documentée par la richesse, le niveau d’intégration et la maturité des associations, est plus développée dans le sous-groupe anxiété. Notons qu’il s’agit d’un fonctionnement plus proche de la « violence fondamentale » de Bergeret [20].

Tableau 2
 

Analyse structurale comparée

Afin d’explorer la structure latente de la distribution des variables dans les deux sous-groupes, la procédure multidimensionnelle non paramétrique du codage optimal (procédure HOMALS, interprétée au sens structural d’après les travaux de Gifi [21]) a été appliquée aux matrices des corrélations de rang du sous-groupe anxiété et du sous-groupe violence. Nous présentons la solution à trois dimensions, basée sur l’analyse des liens entre les variables et les dimensions latentes (mesures de discrimination présentées par ordre de grandeur croissante ou décroissante, les corrélations faibles étant négligeables pour l’interprétation des dimensions ; Tableaux 3 et 4).

Pour le sous-groupe anxiété (Tableau 3), les propositions de dénomination des dimensions sont :

  • 1re dimension : capacité d’élaboration mature/fonctionnement défensif ;
  • 2dimension : labilité émotionnelle et tentatives de contrôle ;
  • 3dimension : sentiment d’insécurité et angoisse d’abandon.

Pour le sous-groupe violence (Tableau 4), les propositions de dénomination des dimensions sont :

  • 1re dimension : capacité d’élaboration immature/fonctionnement défensif ;
  • 2dimension : intégration sociale/retrait ;
  • 3dimension : impulsivité et mal-être/réflexivité.
Tableau 3
 
Tableau 4
 

Dans les deux sous-groupes, la 1re dimension concerne la capacité d’élaboration et d’intériorisation par opposition au fonctionnement défensif. Dans le groupe des adolescents anxieux, cette capacité est de type mature, alors que dans le groupe des adolescents violents, elle est de type immature.

Les deux autres dimensions concernent soit le rapport au monde extérieur (il s’agit de la 3chez les adolescents anxieux et de la 2chez les adolescents violents), soit le rapport au monde intérieur (il s’agit de la 2chez les adolescents anxieux et de la 3chez les adolescents violents). Chez les adolescents anxieux, le conflit interne tourne autour de la peur de perdre le contrôle de la colère rentrée, chez les adolescents violents, il tourne autour de la fuite devant l’angoisse et devant le sentiment de vide.

Chez les premiers, le rapport au monde extérieur est marqué par la dépendance relationnelle et par la peur de se faire rejeter, chez les seconds, par le conflit entre l’adaptation et l’opposition, respectivement par la problématique des limites.

Discussion

Comme l’adolescence est une « structure ouverte » [22] et que ce n’est pas nécessairement la nature des conduites qui permet de distinguer entre les difficultés passagères liées à la quête d’identité de l’adolescence moyenne [23—25] et les premiers signes d’évolution vers la pathologie caractérielle et les troubles de la personnalité de type narcissique, limite ou antisociale [26,27], ou bien le risque d’attaque du corps propre [28], le psychologue clinicien a besoin d’instruments de diagnostic appropriés, afin de pouvoir proposer des mesures de psychothérapie préventive pour les adolescents à risque. Nos résultats tendent à montrer que, dans le contexte d’un bilan psychologique approfondi, la grille d’analyse de contenu du Rorschach peut constituer un outil intéressant pour faire ce diagnostic différentiel entre difficultés passagères se situant dans le cadre développemental normal et profils à risque [26,29—31], les critères distinctifs se situant moins au niveau des indices particuliers du test qu’au niveau des constellations d’indices (par exemple, style mature/style immature).

Les différences mises en évidence entre les deux sous-groupes anxiété et violence concernent, d’un côté, les besoins relationnels et la capacité d’élaboration imaginaire et symbolique, plus développée dans le groupe anxiété, d’un autre côté, les blocages et le ralentissement, phénomènes plus importants dans le sous-groupe violence. Il n’y a pas de différence significative par rapport à l’agressivité extériorisée, mais seulement par rapport aux tendances à retourner l’agressivité contre le corps propre.

Grâce à l’application d’une procédure multidimensionnelle non paramétrique à la grille d’analyse de contenu du Rorschach, des dimensions latentes psychologiquement interprétables et faisant sens du point de vue de la théorie ont pu être dégagées, ce qui contribue à mettre en évidence la validité de contenu de la grille. Il s’agit en fait des acquisitions fondamentales de la capacité de mentalisation, du contrôle émotionnel et de la sociabilité.

En ce qui concerne la perspective développementale, la capacité d’élaboration symbolique ou capacité de mentalisation peut être explorée à travers le Rorschach dès l’âge de l’école primaire [32]. Dans le contexte du dépistage des profils de personnalité à risque, les indices liés à la capacité de mentalisation [15,33] peuvent être considérés comme des facteurs de protection, alors que ceux liés au fonctionnement opératoire [16,34] peuvent indiquer un non-aboutissement provisoire ou définitif de la quête d’identité et conduire à un pronostic réservé. D’autre part, les indices liés à la désinhibition et donc à un déficit de la capacité de mentalisation ont été mis en relation avec le danger d’un parcours criminel [8,11,27]. La deuxième dimension latente dégagée, à savoir le contrôle émotionnel, opposée à l’absence de contrôle pourrait indiquer, par son pôle négatif, un risque d’évolution vers la personnalité limite [3,35,36], alors que la troisième dimension, l’intégration sociale opposée au retrait, pourrait indiquer, par son pôle négatif, un risque d’évolution vers la personnalité évitante, telle qu’elle était admise à titre provisoire dans le DSM-IV.

En ce qui concerne la portée clinique de l’étude, soulignons que notre analyse multidimensionnelle n’a pas mis en évidence de dimension latente liée directement à l’agressivité, sous forme de prédisposition aux passages à l’acte auto- ou hétéro-agressifs, mais que nos dimensions latentes correspondent plutôt à des fonctions psychiques susceptibles d’inhiber ou de moduler son expression directe. Dans un esprit de prévention tertiaire, les psychothérapies peuvent agir au niveau de ces fonctions de contrôle [28,37].

Une forme de psychothérapie favorisant la capacité de mentalisation, combinant l’approche psychodynamique et l’approche cognitive, a été développée par Fonagy et al. [38]. Elle paraît bien adaptée aux adolescents souffrant de troubles de la conduite.

Conclusion et perspectives d’avenir

Pour les adolescents présentant des troubles de la conduite, qu’ils se situent du côté de l’inhibition ou de la désinhibition, la grille d’analyse de contenu du Rorschach permet d’affiner le diagnostic au début d’une prise en charge psychothérapeutique, et d’étudier les changements survenus au cours du processus psychothérapeutique, contribuant ainsi à l’élaboration d’une méthodologie quantitative et qualitative intégrée pour l’évaluation des psychothérapies. Si l’on compare les protocoles réalisés en pré- et post-test, l’on pourra étudier les indices d’évolution au niveau de l’élaboration de l’agressivité, changement devant se refléter, entre autres, dans l’analyse structurale réalisée sur les valeurs delta (différences prétest-post-test) de tous les indices [39]. Ainsi, la structure latente du changement, étudiée à travers le codage optimal, pourra permettre au chercheur clinicien de vérifier son impression subjective.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références

[1] Morhain Y. L’adolescence à l’épreuve du Rorschach. Marseille: Hommes et Perspectives; 1991.
[2] Chabert C. La psychopathologie à l’épreuve du Rorschach. Paris: Dunod; 1987.
[3] Kleiger JH. Disordered thinking and the Rorschach. Hillsdale: The Analytic Press; 1999.
[4] Brelet-Foulard F, Chabert C, editors. Nouveau manuel du TAT. Approche psychanalytique. Paris: Dunod; 2003.
[5] Rossel F, Husain O, Merceron C, editors. Les phénomènes particuliers du Rorschach. Une relecture pointilliste. Lausanne: Payot; 2005.
[6] Jenkins SRJ, editor. A handbook of clinical scoring systems for thematic apperceptive techniques. New York: Lawrence Erl-baum; 2008.
[7] Schiltz L. Grilles d’analyse de contenu basées sur l’approche phénoménologico-structurale. Bull Soc Sci Med Grand Duche Luxemb 2006;2:265—80.
[8] Smith AM, Gacono CB, Kaufman L. A Rorschach comparison of psychopathic and nonpsychopathic conduct disordered adolescents. J Clin Psychol 1997;53(4):289—300.
[9] Loving JL, Russell WR. Selected Rorschach variables of psychopathic juvenile offenders. J Pers Assess 2000;75(1):126—42.
[10] Haesevoets Y-H. Évaluation clinique et traitement des adolescents agresseurs sexuels : de la transgression sexuelle à la stigmatisation abusive. Psychiatr Enfant 2001;44(2):447—83.
[11] Klinteberg B, Johannson SE, Gacono C, et al. Projective risk variables in early adolescence and subsequent disinhibitory psychopathology. Int J Law Psychiatry 2008;31(3):210—8.
[12] Perfect MM, Tharinger DJ, Keith TZ, et al. Relations between Minnesota Multiphasdic Personality Inventory-A scales and Rorschach variables in the scope and severity of maltreatment among adolescents. J Pers Assess 2011;93(6):582—91.
[13] Collado C. Le repérage des contenus anxieux dans le Rorschach d’enfants. Bull Psychol 1994;416:432—9.
[14] Diwo R. Pulsion de vie, pulsion de mort : une intrication à mieux évaluer dans une démarche de prévention de l’agir suicidaire à l’adolescence. Psychol Clin Proj 2004;10(1):57—88.
[15] Matha C. Figures traumatiques de la séparation à l’adolescence : de la répétition à l’élaboration. Psychol Clin Proj 2010;16(1):103—44.
[16] De Tychey C. Alexithymie et pensée opératoire : approche comparative clinique projective franco-américaine. Psychol Clin Proj 2010;16(1):177—206.
[17] Schiltz L. Dégagement de profils spécifiques dans deux sous-groupes de personnes dépendantes. Bull Soc Sci Med Grand Duche Luxemb 2008;1:75—90.
[18] Marcelli D, Braconnier A. Psychopathologie de l’adolescent. Paris: Masson; 1999.
[19] Choquet M, Ledoux S. Adolescents. Enquête nationale. Paris: Inserm; 1994.
[20] Bergeret J. La violence fondamentale. L’inépuisable OEdipe. Paris: Dunod; 1996.
[21] Gifi A. Nonlinear multivariate analysis. Leiden: Department of Data Theory; 1981.
[22] Kristeva J. Les nouvelles maladies de l’âme. Paris: Fayard; 1993.
[23] Chartier JP. Les adolescents difficiles. Toulouse: Privat; 1991.
[24] Balas B. Des graffitis aux tags. Des cris écrits pour des êtres à naître. In: Sudres JL, Fourasté R, editors. L’adolescent créatif. Formes, expressions, thérapies. Toulouse: Presses universitaires du Mirail; 1994. p. 161—7.
[25] Gendreau J. L’adolescence et ses rites de passage. Paris: Desclée de Brouwer; 1998.[26] Chabrol H, Chouicha K, Montovany A. Troubles de la personnalité dans un échantillon non clinique d’adolescents. Encéphale 2002;28(6):520—4.
[27] Atarhouch N. Évaluation des traits caractéristiques de la psychopathie chez les adolescents délinquants. Encéphale 2004;30(4):369—75.
[28] Purper-Ouakil D. Repérer et prendre en charge la dépression et les conduites suicidaires chez l’adolescent. Encéphale 2009;35(2):53—7.
[29] Gardey AM. Approche du normal en clinique projective, processus métapsychologique de la réponse Rorschach. Bull Psychol 2000;446:233—7.
[30] Gaillard B. Adolescents qui dérangent : entre différenciation et provocation. Approche psychopathologique et psychocriminologique. Paris: L’Harmattan; 2009.
[31] Roman P. Le Rorschach en clinique de l’enfant et de l’adolescent. Paris: Dunod; 2009.
[32] De Tychey C, Burnel F, Helleringer M, et al. Capacités d’élaboration symbolique et agressivité manifeste : approche comparée par le test de Rorschach chez des enfants de 8 à 12 ans. Rev Neuropsychiatr Enfance Adolesc 1999;39(2):99—104.
[33] De Tychey C, Diwo R, Dollander M. La mentalisation. Approche théorique et clinique projective à travers le test de Rorschach. Bull Psychol 2000;448:469—80.
[34] Bréjard V, Pasquier A, Bonnet A, et al. Étude comparative de l’expérience émotionnelle subjective chez des adolescents présentant une symptomatologie dépressive associée ou non à des conduites à risques. Encéphale 2010;37(4):257—65.
[35] Blais MA, Hilsenroth MJ, Fowler C, et al. A Rorschach exploration of the DSM-IV borderline personality disorder. J ClinPsychol 1999;55(5):563—72.
[36] Schiltz L. Dysfonctionnements cognitifs liés aux pathologies limites à l’adolescence. Étude comparée de quelques tests projectifs. Neuropsychiatr Enfance Adolesc 2005;53(3):107—13.
[37] Baldacci C. Quel parcours de soins pour les adolescents présentant des troubles des conduites ? Encéphale 2010;36(3):46—53.
[38] Fonagy P, Gergely G, Jurist EL, et al. Affect regulation, mentalization and the development of the self. London: Karnac;2007.
[39] Schiltz L, Boyer B, Konz M, et al. Application des méthodes de codage optimal aux valeurs delta : une stratégie pertinente pour l’exploration du processus thérapeutique. Neuropsychiatr Enfance Adolesc 2010;58(5):306—16.

0 commentaire — Identifiez-vous pour laisser un commentaire

Dernières actualités

De la douleur morale à la douleur sociale

Cette conférence traite la question du cerveau social, de l’impact négatif sur la santé du rejet...

Psychopharmacologie de la résistance : le challenge clinique

Un rendez-vous traditionnel du congrès de l'Encéphale consacré aux pathologies résistantes : pour...

Psychiatres (et) Psychédéliques

Cette session a pour objectif de mettre en lien les expérimentations psychédéliques des années 50...

Post-partum blues

La dépression est la plus fréquente complication médicale de la maternité et la maternité le plus...