Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Peut-on augmenter l’efficacité de la thérapie cognitive et comportementale pour le trouble obsessionnel compulsif par un adjuvant informatique innovant ?

Mis à jour le jeudi 8 février 2018

Can the efficacy of behavioral and cognitive therapy for obsessive compulsive disorder be augmented by innovative computerized adjuvant?

M. Morgièvea,b, K. N’Diayea,b, A.-H. Claira, A. Pelissolob,c, L. Malleta,b,d

aÉquipe Behavior, Emotion, and Basal Ganglia, CNRS UMR 7225, Inserm UMRS 975, hôpital de la Salpêtrière, institut du cerveau et de la moëlle épinière (ICM), université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC), CHU Pitié-Salpêtrière, 47-83, boulevard de l’Hôpital, 75651 Paris cedex 13, France
bFondation FondaMental, 94000 Créteil, France
cPôle de psychiatrie, UPEC, Inserm U955, hôpitaux universitaires Henri-Mondor, AP–HP, 94000 Créteil, France
dCentre d’investigation clinique, CHU Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris, France

Résumé

La thérapie cognitive et comportementale (TCC) est reconnue comme efficace pour soigner le trouble obsessionnel compulsif (TOC). Pour maximiser son efficacité, nous avons conçu, dans une démarche participative associant patients et thérapeutes, une TCC « expérimentale » définie par l’adjonction d’un outil psychopédagogique informatisé basé sur une tâche de vérification. Cette étude randomisée en double insu inclut 35 patients atteints de TOC de vérification suivis en TCC « standard » ou « expérimentale » sur le plan clinique et neurocomportemental grâce à une tâche originale de provocation de symptômes avec des photographies neutres, anxiogènes génériques et anxiogènes personnalisées. Les thérapeutes ont apprécié la dimension psychopédagogique de l’outil informatisé. Les deux TCC ont entraîné une amélioration des symptômes équivalente et significative et une diminution de l’anxiété induite par les photographies anxiogènes personnalisées. La réponse à mi-thérapie était prédictive de l’amélioration finale. L’outil informatisé peut fournir un adjuvant thérapeutique bien accepté même s’il n’augmente pas le gain thérapeutique. La tâche de provocation de symptômes utilisant des images personnalisées permit de mettre en évidence l’évolution parallèle des symptômes et des marqueurs neurocomportementaux au cours des TCC. Malgré la difficulté d’augmenter l’efficacité d’une thérapie fondée sur les preuves, les résultats observés à mi-thérapie suggèrent d’explorer précocement les ajustements possibles des stratégies thérapeutiques.
© L’Encéphale, Paris, 2016.

Abstract

Aim. – Cognitive behavioral therapy (CBT) is recognized as an effective treatment for obsessive-compulsive disorder (OCD). To maximize its effectiveness, we designed an “experimental” CBT defined by the addition of a computerized psychoeducative tool.
Method. – In a participative process involving patients through meetings of the French OCD association (AFTOC) and therapists through methodological workshops, we built a therapeutic tool from an experimental checking task. This task, which had been published in an earlier work, was adapted for its psychoeducative dimension. 
We here report on a randomized double-blind trial which included 35 patients with a moderate to severe OCD (Yale-Brown obsessive-compulsive scale, YBOCS between 16 and 25) predominant checking symptoms, no comorbidities, and 2-month stabilized or no treatment. Patients were randomly assigned to either “standard” versus “experimental” CBT. Both therapies were conducted by four CBT-experienced therapists specialized in OCD through weekly individualized sessions over 3 months. 
Therapy sessions of the experimental CBT were conducted as the standard CBT except for a short exercise with the computerized psychoeducative tool performed by the patient and debriefed with the therapist at the end of the sessions. Patients were assessed before, during, after therapy and again 6 months later using standard clinical tools and a neurobehavioral assessment based on an original symptom-provocation task with anxiety ratings including three types of photographs: neutral, generic inducing obsessions (e.g., doorknobs, electric wires. . .) and personalized (taken by the patients in their own environment).
Results. – Clinically, “standard” and “experimental” CBT resulted in a significant but equivalent improvement (48% vs 45% reduction of the Y-BOCS score; P = 0.36; d = 0.12). Therapists were satisfied with the psychoeducative dimension of the computerized psychoeducative tool but reported variable acceptance across patients. Patients appreciated its usability. The clinical improvement was associated with a reduction of the task-induced anxiety (r = 0.42, P < 0.05), especially towards personalized items (−28,2% vs −20.41% for generic and −6.24% for neutral photographs, P < 0.001). Mid-therapy response level was predictive of the final improvement (r = 0.82, P < 0.001).
Conclusion. – The computerized tool may provide a well-accepted therapeutic adjuvant even though it doesn’t improve the therapeutic effect. Using a personalized symptom-provocation task reveals the parallel evolution of symptoms and neurobehavioral markers through CBT. Despite the difficulty of improving an evidence-based therapy, mid-therapy results call for investigating the possible adjustments of treatment strategies at an early stage.
© L’Encéphale, Paris, 2016.

 

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