Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Précaution et vigilance : à propos du valproate et de la grossesse

Mis à jour le jeudi 16 août 2018

Éditorial

Caution and warning: About valproate and pregnancy

M. Massona,b, G. Huberfeldc,d, S. Richae,f, C. Henryg,h,i, R. Gaillardb,j,k

aNightingale Hospitals Paris-clinique du château de Garches, France
bService hospitalo-universitaire, centre hospitalier Sainte-Anne, 75015 Paris, France
cDépartement de neurophysiologie clinique, CHU Pitié-Salpêtrière, UPMC, 75015 Paris
dInserm U1129, épilepsie de l’enfant et plasticité cérébrale, France
eFaculté de médecine de l’université Saint-Joseph de Beyrouth, France
fHôtel-Dieu de France de Beyrouth, France
gUniversité Paris-Est, UMR S955, UPEC, 94000 Creteil, France
hHôpital H.-Mondor – A.-Chenevier, pôle de psychiatrie, AP–HP, 94000 Créteil, France
iInstitut Pasteur, unité perception et mémoire, 75015 Paris, France
jUniversité Paris-Descartes, Sorbonne Paris-Cité, faculté de médecine Paris-Descartes, 75015 Paris, France
kHuman Histopathology and animal models, Infection and Epidemiology Department, institut Pasteur, 75015 Paris, France

Nombre de neurologues et de psychiatres se sont émus en France suite au récent encadrement de la prescription du valproatede sodium et de ses dérivés (valpromide, divalproex) chez la femme en âge de procréer. Dans sa circulaire du 26 mai 2015, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) française affirme que : « valproate et ses dérivés (Dépakine®, Dépakote®, Dépamide®,Micropakine® et génériques) ne doivent pas être prescrites chez les filles, les adolescentes, les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes sauf en cas d’inefficacité ou d’intolérance aux alternatives médicamenteuses » [1]. Lorsque ce traitement est la seule alternative, la patiente se doit d’être placée sous contraceptif et doit signer un protocole de consentement écrit, qu’il est nécessaire de présenter au pharmacien d’officine pour la délivrance du produit, et ce tous les mois. La réévaluation annuelle de la prescription par un spécialiste (neurologue, pédiatre ou psychiatre) est requise.

Parallèlement à ce renforcement des conditions de prescription du valproate et de ses dérivés, l’ANSM a diligenté une enquête observationnelle rétrospective sur la prescription de ces produits en France chez les femmes en âge de procréer en 2007 et 2014. Les résultats de cette étude ont été rendus publics par l’ANSM le 25 août 2016. En France entre 2007 et 2014, près de deux (1,9) femmes enceintes sur 1000 ont été exposées au valproate ou à ses dérivés : soit un total 14 322 grossesses concernées à l’origine de 8 701 naissances vivantes. Le nombre de femmes en âge de procréer (15–49 ans) utilisatrices d’acide valproïque est évalué à 122 382 en 2007 et à 83 712 en 2015 [2].

Pendant cette même période, la diminution du nombre annuel de grossesses exposées a baissé de 42,4 %. Dans l’indication des épilepsies, la prescription du valproate et de ses dérivés (initiée par les neurologues, les pédiatres et souvent renouvelée par les médecins généralistes) a baissé de 55,9 % contre seulement 18 % dans les troubles bipolaires (une prescription assurée dans la très grande majorité des cas par les psychiatres). Ainsi, la part relative des femmes enceintes souffrant d’un trouble bipolaire traitées par valproate ou ses dérivés par rapport aux femmes épileptiques dans la même situation a augmenté. Au point qu’en 2014, la majorité (51 %) des grossesses sous valproate ou sous ses dérivés est retrouvée chez des femmes présentant une maladie bipolaire.

À l’heure où les média et la grande presse, à la suite de l’affaire du Médiator, parlent « du scandale de la Dépakine®», le parquet de Paris a été saisi, le vendredi 23 septembre 2016. Une information judiciaire a été ouverte « pour blessures involontaires et tromperies aggravées ». Les investigations devraient porter sur la période de 1990 à 2015. Le ministère français de la santé prévoit un fond d’indemnisation des victimes.

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