Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'Encéphale – Volume 37, fascicule 6

Publié le mardi 17 janvier 2012

dans

décembre 2011

Divers

Editorial Board

Éditorial

Droit et pratiques : comment recueillir les signalements de troubles psychiatriques dans les dossiers patients informatisés ?

Auteurs : V. Dauriac-Le-Masson, M. Rogé, J. Gauillard, E. Chomette

Mémoire original

Abstinence à la cocaïne après un parcours de dépendance

Auteurs : B. Badin de Montjoye, P. Podevin, P. Pharo

RésuméCe travail, issu d’un partage d’expériences par des professionnels de l’addiction venus d’horizons différents, s’est intéressé à l’impact de l’abstinence à la cocaïne chez des patients précédemment dépendants. Il repose sur l’hypothèse que les remaniements observés suite à une abstinence prolongée pourraient être standardisés dans une échelle des réajustements psychiques associés aux nouvelles pratiques. Le but de ce travail pluridisciplinaire centré sur des sujets anciennement dépendants à la cocaïne et ayant réussi à maintenir une abstinence d’au moins 12 mois a été de rechercher des similitudes dans leurs parcours individuels concernant les modes d’entrée et de consommation et les modes d’arrêt et d’abstinence. En second lieu, nous avons analysé les ajustements du fonctionnement psychique associés à l’arrêt de la cocaïne. Le concept repose sur l’établissement d’une d’analogie de fonctionnement psychique plus ou moins forte entre la prise de cocaïne et les nouvelles pratiques mises en place. Dans chaque cas, les propos ont été illustrés par des vignettes cliniques. Ce travail permet de dégager schématiquement quatre types de réajustements psychiques associés à l’arrêt de la prise de cocaïne chez des patients dépendants. Des études prospectives sont désormais nécessaires afin de standardiser et valider les critères cliniques. Celles-ci pourraient contribuer à mieux soutenir ces personnes vers la sortie du produit et dans le maintien de l’abstinence au produit.

Clinique

Vers une prise en charge intégrative des joueurs pathologiques

Auteurs : C. Bonnaire

RésuméLes recherches actuelles sur le jeu pathologique montrent que les différentes activités de jeu sont hétérogènes par nature. Ainsi, les joueurs ne représentent pas une population homogène. Cependant, la prise en charge des joueurs ne semble pas tenir comte de cette hétérogénéité et les études dans le domaine s’attachent le plus souvent à l’étude de l’efficacité des différents types de prise en charge. Les données empiriques récentes mettent en avant la nécessité de créer des sous-groupes de joueurs présentant des symptômes communs mais qui, en même temps, se distinguent de façon significative sur certaines variables. Ainsi ces sous-groupes devraient être utilisés et pris en compte dans le traitement des joueurs pathologiques. C’est pourquoi, une approche intégrative combinant diverses orientations, à la fois cognitivocomportementales, motivationnelles, psychanalytiques et corporelles, semblé être la plus pertinente pour ce public.

Description de profils médicosociaux de sujets pharmacodépendants consultant en addictologie à partir d’une base de données informatique

Auteurs : M.-G. Landreat, C.Victorri Vigneau, M.Grall Bronnec, V. Sebille-Rivain, J.-L. Venisse, P. Jolliet

RésuméIntroductionToutes les dépendances aux substances psychoactives (SPA) partagent un socle commun clinique, génétique, environnemental et neurobiologique. Cependant, au-delà de ces similitudes, il existe des spécificités liées à la substance principale en cause. Notre expérience clinique nous a conduit à nous interroger sur les différences de profils des patients selon les SPA motivant la demande de soins.Hypothèse principaleNous avons émis l’hypothèse que les profils médicosociaux des sujets consultants en addictologie différaient en fonction de la SPA principale motivant la demande de soins. Nous nous attendions à trouver des profils significativement différents selon le caractère licite ou illicite des SPA.Matériel et méthodeNous avons recueilli prospectivement les données des consultations en addictologie pour une dépendance à une ou plusieurs SPA entre 1998 et 2007 en temps réel grâce à une base de données informatisée. Nous avons mené une analyse descriptive et comparative des variables médicosociales selon les SPA principales motivant les demandes de soins.RésultatsLes profils des sujets dépendants aux SPA licites ou illicites se différencient par l’âge et le sexe. Par ailleurs, nous avons identifié cinq principaux profils médicosociaux selon les SPA principales suivantes : cannabis, opiacés, cocaïne, alcool et benzodiazépines. Ces profils différaient significativement selon les caractéristiques sociodémographiques (âge, sexe) et les comorbidités psychiatriques associées.DiscussionIl existe donc clairement des différences de profils médicosociaux selon les SPA motivant les demandes de soins. L’identification de ces profils est essentielle, en particulier, pour la prise en charge thérapeutique. Dans un contexte d’approche globale des addictions, nos résultats rappellent face à ces différences de profils que les approches thérapeutiques nécessitent des adaptations en fonction des SPA motivant les demandes de soins.

Méthodologie

Validation française d’un questionnaire de qualité de vie des aidants naturels de patients schizophrènes

Auteurs : R. Richieri, L. Boyer, G. Reine, A.-D. Loundou, M.-C. Simeoni, P. Auquier, C. Lançon

RésuméObjectifNous décrivons ici les différentes étapes de la validation d’un autoquestionnaire d’évaluation de la qualité de vie des aidants naturels de patients souffrant de schizophrénie.MéthodesLes items sont issus d’entretiens réalisés chez des aidants de patients schizophrènes pris en charge dans six centres hospitaliers en France (n=246). La réduction d’items et l’étape de validation reposent sur l’analyse de distribution des réponses aux items et les analyses en composantes principales.RésultatsLa S-CGQoL contient 25 items décrivant sept dimensions (bien-être psychologique et physique ; fardeau et vie quotidienne ; relations avec le conjoint ; relations avec l’équipe soignante ; relations avec la famille ; relations avec les amis et fardeau matériel). Son temps de passation est bref (cinq minutes). Cette structure explique 74,4 % de la variance totale. La cohérence interne est satisfaisante, les coefficients alpha de Cronbach s’étendant de 0,79 à 0,92.ConclusionLa S-CGQoL est un instrument auto-administré de qualité de vie qui présente des propriétés psychométriques satisfaisantes. Elle pourrait être dans l’avenir un outil d’évaluation des prises en charge psychoéducationnelles destinées aux familles.

Psychopathologie

Psychose et traumatisme psychique. Pour une articulation théorique des symptômes psycho-traumatiques et psychotiques chroniques

Auteurs : Y. Auxéméry, G. Fidelle

RésuméLa co-occurrence entre symptômes post-traumatiques et symptômes psychotiques est classiquement décrite dans les suites immédiates d’un traumatisme psychique. Cette comorbidité peut également devenir chronique à distance de l’événement traumatisant aigu. Une telle co-occurrence symptomatique est le plus souvent abordée sous l’angle unique de l’état de stress post-traumatique ou de la psychose sans volonté de faire le lien entre les deux entités nosographiques. À la lumière de la littérature, nous proposons dans ce travail des articulations théoriques entre ces deux cadres nosologiques. Une structure psychotique favorise le risque d’être exposé à un évènement potentiellement traumatique, d’une part, et un traumatisme psychique peut venir révéler une psychose latente, d’autre part. Si un état de stress post-traumatique (ESPT) s’établit chez un sujet à la personnalité de structure névrotique, les symptômes psychotiques secondaires constituent un facteur de gravité. Certains auteurs ont retrouvé une analogie entre l’épisode dépressif mélancolique et l’ESPT avec caractéristiques psychotiques. L’ESPT favorise également la consommation de substances psycho-actives pourvoyeuses de symptômes psychotiques. Dans les suites d’un traumatisme cérébral et psychique intriqué, il convient de différencier l’expression schizophréniforme des séquelles neurologiques d’une schizophrénie post-traumatique, où le traumatisme cérébral est un cofacteur de risque du développement de la maladie chez un sujet prédisposé.

Le travail psychique de l’accompagnement dans la maladie d’Alzheimer

Auteurs : R. Caron, L. Caron

RésuméLa maladie d’Alzheimer entraîne chez celui qui en est atteint, une perte des repères dans le temps et l’espace et un bouleversement radical de son lien à l’autre, affectant ainsi toutes les dimensions de sa vie affective, cognitive et sociale. Elle représente en retour pour les proches une menace sans précédent et s’inscrit comme une catastrophe individuelle pour chacun des membres de la famille et pour la relation que l’aidant principal entretient avec le malade. Notre recherche, effectuée avec le soutien de France Alzheimer, auprès de huit aidants familiaux a pour objectif d’appréhender les nuances de l’expérience de la traversée de l’accompagnement en prenant appui sur quelques moments clefs de cet accompagnement. Apparaissant comme tiers dans la relation aidant–malade, la maladie d’Alzheimer appelle chez le proche qui s’occupe du malade un investissement qui vient se greffer sur une relation pré-existante que la maladie remodule de façon singulière. L’impact de la maladie sur le proche est alors à considérer non pas dans une lecture linéaire malade–aidant mais dans la complexité de la circularité qui anime le couple et qui en fait son indétermination.

Psychopharmacologie

L’agitation psychomotrice, la sédation médicamenteuse et l’urgence psychiatrique chez le patient psychotique

Auteurs : M. Passamar, O. Tellier, B. Vilamot

RésuméL’agitation psychomotrice s’inscrit dans nombre d’urgences psychiatriques et interroge sur la question de la place de la sédation médicamenteuse, dans ses enjeux, dont celui de l’observance aux soins de posturgence. Une nouvelle approche de la sédation situe celle-ci dans son objectif thérapeutique prenant aussi en compte son impact parfois préjudiciable dans le parcours de soins du patient. Une analyse préthérapeutique est impérative, clinique et environnementale, le temps de l’accueil et de l’évaluation reste essentielle. L’évolution des pratiques des professionnels de santé mentale permet d’individualiser trois types de sédation (de la vigilance, du comportement et psychique) qui différencient le choix et les modalités d’utilisation des psychotropes. Sont discutés les effets parfois délétères d’une pratique de la sédation désormais de plus en plus fréquemment rationalisée. L’utilisation des antipsychotiques atypiques, des formes injectables, est interrogée. La sédation de la vigilance obsolète, la sédation comportementale aux indications limitées, priorisent une sédation psychique précoce. Une sédation excessive ou trop prolongée, peut compromettre l’adhésion aux soins proposés après l’accueil et la prise en charge aux urgences psychiatriques.

Les apports de « l’Evidence-Based Medicine » (médecine basée sur les preuves) ou comment optimiser la prise en charge de l’épisode dépressif majeur

Auteurs : P.-M. Llorca, T. Charpeaud, A. Nourry, L. Samalin

RésuméLa notion « d’Evidence-Based Medicine » (EBM) a été développée au début des années 1980 pour répondre à l’accroissement constant des données publiées qu’il faut incorporer à la pratique. La qualité de ces données scientifiques est hiérarchisée en tenant compte des caractéristiques méthodologiques des études réalisées. La notion de « recommandations de prise en charge » recouvre de multiples réalités. Elle peut s’appuyer sur les résultats « bruts » des essais cliniques, les tendances dégagées par les méta-analyses qui tentent de « simplifier » le champ de la littérature scientifique ou les recommandations pour la pratique clinique (RPC). La littérature internationale produit de nombreuses recommandations dans le domaine de la prise en charge de la dépression. Il est utile de s’y référer car comme les méta-analyses, elles permettent d’avoir une vision synthétique de l’état actuel des connaissances. On peut regretter le manque de recommandations françaises récentes dans le domaine qui pourraient articuler les spécificités de la pratique française et les données de la littérature scientifique. L’application des recommandations professionnelles en pratique clinique reste médiocre dans tous les domaines de la médecine. Cependant l’amélioration de la prise en compte des recommandations est un enjeu important puisqu’elle s’associe à une amélioration des soins des patients. Les mesures à prendre sont assez connues, il nous reste à nous mobiliser pour améliorer nos pratiques.

Thérapeutique

De la réticence face à l’électroconvulsivothérapie : enquête auprès de 120 personnels soignants dans un centre hospitalo-universitaire en Tunisie

Auteurs : J. Ben Thabet, F. Charfeddine, I. Abid, I. Feki, L. Zouari, N. Zouari, M. Maâlej

RésuméL’électroconvulsivothérapie (ECT) est peu pratiquée en Tunisie. On s’est interrogé sur les raisons de cette sous-utilisation et on s’est proposé d’apprécier les connaissances théoriques, la perception et les attitudes des professionnels de la santé concernant l’ECT. Pour ce faire, nous avons mené une enquête, au CHU Hédi-Chaker à Sfax en Tunisie, auprès de 60 médecins et 60 agents paramédicaux, dont la moitié travaillait en milieu psychiatrique. Le taux de ceux qui n’ont pas pu répondre, de façon conforme aux données scientifiques, à un minimum de 75 % des items explorant les connaissances théoriques, était de 67,5 % ; les taux étaient significativement plus bas chez les paramédicaux (p<0,001) et chez ceux travaillant en dehors du milieu psychiatrique (p=0,003). Par rapport aux médecins, les paramédicaux percevaient, plus souvent, l’ECT comme un moyen thérapeutique violent (p=0,001) et refuseraient, plus souvent, de donner leur consentement pour pratiquer l’ECT chez un parent (p=0,044). Les résultats de notre étude indiquent un manque d’informations et de formation, concernant l’ECT, chez les professionnels de la santé. Cela pourrait expliquer, du moins en partie, la réticence envers cette thérapie.

Mise au point

Comorbidités psychiatriques et pychologiques du syndrome de Charles-Bonnet typique et atypique

Auteurs : R. Bou Khalil, S. Richa

RésuméLe syndrome de Charles-Bonnet (SCB), défini par la présence d’hallucinations visuelles chez des patients non psychotiques, ayant des fonctions cognitives conservées et une altération de leur acuité visuelle se présente parfois par des manifestations cliniques atypiques. En plus, plusieurs implications psychologiques et psychiatriques de ce syndrome doivent être bien élucidées dans le but d’améliorer sa prise en charge médicale. Une recherche sur MEDLINE des articles publiés, en français et en anglais, entre janvier 1999 et décembre 2009 a été faite. Les résultats démontraient l’absence d’association claire entre le SCB typique et la démence, la présence d’une réaction psychologique variable vis-à-vis des hallucinations (léger stress, neutralité ou agréabilité) et la conservation complète de la critique des hallucinations. La présence d’antécédents ou de comorbidités psychiatriques, tels que la dépression perturbent les manifestations cliniques typiques. Devant des hallucinations visuelles, une évaluation psychiatrique, neurologique et ophtalmologique confirmera le diagnostic du SCB et recherchera les éléments d’atypie. Le suivi psychiatrique des patients atteints du SCB typique est indispensable vu les facteurs de vulnérabilité psychique multiples qu’ils présentent et l’éventuelle prise en charge de leurs hallucinations par des psychotropes. Dans le SCB atypique, les suivis psychiatrique et neurologique rapprochés sont indiqués vu les comorbidités et les possibilités d’évolution ultérieure (démence, dépression etc.).

Erratum

Erratum à « Burnout et victimisations : effets des agressions des personnes détenues envers les personnels de surveillance [L’Encéphale 2011;37(4):284-92]

Auteurs : A.H. Boudoukha, M. Hautekeete, S. Abdellaoui, W. Groux, D. Garay

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