Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'Encéphale – Volume 38, fascicule 3

Publié le lundi 20 août 2012

dans

juin 2012

Divers

Editorial Board

Mémoires originaux

Affectivité et alexithymie : deux dimensions explicatives des relations entre symptômes dépressifs et anxieux

Auteurs : A. Bonnet, V. Bréjard, A. Pasquier, J.-L. Pedinielli

RésuméL’objectif de cette étude était de dégager l’existence d’un « noyau commun de vulnérabilité émotionnelle » opérant dans l’anxiété et la dépression et de préciser les dimensions émotionnelles spécifiques à chacune. Nous avons recruté 317 sujets étudiants. Ils ont rempli un protocole permettant d’évaluer par des échelles d’autoévaluation les symptomatologies dépressive et anxieuse (SCLR-90), l’affectivité (EPN-31) et l’alexithymie (TAS-20). Les résultats montrent que l’affectivité négative et la difficulté à identifier les émotions représentent des facteurs communs de vulnérabilité à l’anxiété et à la dépression ; en revanche, ces deux symptomatologies se distinguent par la mise en évidence d’éléments spécifiques à chacune. On observe ainsi une faible affectivité positive dans la dépression et une forte activation dans l’anxiété, résultats qui confirment des travaux antérieurs de la littérature. Une particularité réside dans le rôle joué dans la dépression par la pensée orientée vers l’extérieur (PEO), dimension opératoire de l’alexithymie. Les limites de l’étude et les ouvertures possibles sont discutées.

Les aspects culturels du trouble bipolaire : résultats d’une étude comparative entre des patients français et tunisiens

Auteurs : S. Douki, F. Nacef, T. Triki, J. Dalery

RésuméMalgré sa gravité, le trouble bipolaire demeure largement sous-estimé au profit des dépressions unipolaires et de la schizophrénie. En particulier, des facteurs culturels contribuent à modifier le profil épidémiologique et clinique du trouble et à induire des errances diagnostiques. C’est dans ce contexte que nous avons effectué une étude comparative entre deux groupes de 40 patients bipolaires vivant dans des environnements géographiques et culturels distincts (France et Tunisie) pour tenter d’identifier d’éventuelles différences symptomatiques ou évolutives. Les résultats retrouvent des différences significatives, en particulier une prédominance des épisodes maniaques aussi bien comme mode inaugural de la maladie que comme modalité évolutive dans ce pays du Sud. Par delà les biais méthodologiques, ces différences suggèrent l’influence de facteurs d’environnement tels les conditions climatiques de température et d’ensoleillement. Il est important à l’heure de la mondialisation que les thérapeutes soient sensibilisés à la dimension culturelle du trouble bipolaire afin d’offrir le bénéfice précoce des traitements spécifiques au plus grand nombre. Par ailleurs, la primauté de la manie dans les pays du Sud pourrait fournir une autre clé de compréhension et de traitement de la maladie bipolaire.

Clinique

Patients souffrant de troubles psychiatriques sévères suivis par une équipe mobile : impact sur leurs familles

Auteurs : P. Huguelet, V. Koellner, S. Boulguy, K. Nagalingum, S. Amani, L. Borras, N. Perroud

RésuméLe suivi des patients atteints de troubles psychiatriques sévères par des équipes mobiles a démontré son efficacité. Cependant, les familles de ces patients peuvent présenter d’importantes souffrances en lien avec le contexte clinique et social de leurs proches. Le degré et la nature de l’aide à apporter à ces familles restent donc à déterminer. Une équipe mobile de psychiatrie a été mise en place à Genève afin de traiter des patients présentant d’importants besoins de soins et de soutenir leurs proches. La présente étude vise à rapporter l’effet du suivi mobile sur le fardeau des familles. Les patients suivis par le programme mobile s’améliorent par rapport à la plupart des paramètres cliniques observés. Les familles voient leur fardeau soulagé, avec au premier plan, une diminution de la gêne financière et des coûts, de même qu’un soulagement des besoins d’aide apportée au quotidien. La détresse émotionnelle est également fortement diminuée. Cette évolution est moins caractéristique dans le cas de familles de patients souffrant de troubles délirants. Nos résultats suggèrent qu’un suivi mobile, par l’aide directe qu’il peut fournir aux familles, par la mobilisation de ces dernières vers des structures de soutien et d’entraide et par les conséquences indirectes de l’amélioration symptomatique et sociale de leur proche, amène une forte amélioration du fardeau subi. D’autres recherches devraient aider à déterminer quels sont les éléments susceptibles d’aider au mieux les familles de ces patients.

Épidémiologie

Caractéristiques sociodémographiques et cliniques de patients souffrant de troubles bipolaires suivis en ambulatoire en France métropolitaine

Auteurs : W. de Carvalho, P. Nuss, P. Blin, R. Arnaud, A. Filipovics, J.-Y. Loze, A. Dillenschneider

RésuméLe présent article décrit les résultats de l’étude TraitEment Médicamenteux et histoire de la maladie des Patients souffrant de troubles biPOlaires (TEMPPO) dont l’objectif était de décrire les caractéristiques cliniques et sociodémographiques d’un échantillon de patients adultes ambulatoires souffrant de troubles bipolaires de type I ou II en France métropolitaine. Il s’agit d’une étude observationnelle, transversale, multicentrique, effectuée en 2009, mise en place auprès de psychiatres exerçant en secteur public ou privé. Les données exploitables sont issues du recueil effectué par 135 psychiatres ayant inclus 619 patients bipolaires (197 vus en secteur public et 422 en secteur privé). L’extrapolation des données de cette étude à la population française fait état d’une prévalence de 0,43 % de patients bipolaires suivis par un psychiatre. Les données de l’étude montrent une prédominance dans l’échantillon examiné de troubles bipolaires de type I (58 % des patients). Les résultats de l’étude confirment le fait que les patients présentant un trouble bipolaire et suivis en ambulatoire ont des caractéristiques cliniques de sévérité comme l’atteste la valeur moyenne (4,4) de la clinical global impression (CGI)-gravité et la valeur moyenne de la évaluation globale du fonctionnement (GAF) à 59. Cette sévérité est plus évidente pour les patients en périodes d’épisodes dépressifs en comparaison de ceux présentant un épisode maniaque (CGI à 6 vs 4) ou hypomaniaques (CGI à 6 vs 3). L’étude a pu aussi mettre en évidence une forte proportion de cycles rapides (11 %), de fréquentes comorbidités psychiatriques (45 % des patients), une obésité (16 % des patients), des troubles de la libido ainsi que la présence de symptômes psychotiques. Les patients en phase maniaque étaient ceux présentant les indices de sévérité les plus élevés et les scores de fonctionnement les plus faibles. Plus de la moitié des patients (57 %) avait des antécédents familiaux de troubles psychiatriques. Cette étude a permis de mieux caractériser les patients bipolaires suivis par des psychiatres en France. Elle a souligné l’impact négatif de la maladie sur la vie sociale et professionnelle des patients en insistant sur la nécessité d’une prise en charge spécifique en complément du traitement symptomatique.

Santé publique

La discrimination vécue par les personnes ayant reçu un diagnostic de troubles schizophréniques. Premiers résultats français de l’étude INDIGO

Auteurs : N. Daumerie, S. Vasseur Bacle, J.-Y. Giordana, C. Bourdais Mannone, A. Caria, J.-L. Roelandt

RésuméL’objectif de l’étude INDIGO est de décrire et analyser les modèles de discrimination touchant des personnes ayant fait l’objet d’un diagnostic de troubles schizophréniques, ainsi que la relation entre discrimination anticipée et vécue. Il s’agit d’une étude transversale menée sous la forme d’entretiens réalisés par des professionnels de la santé mentale. Sept cent trente-deux personnes ayant un diagnostic clinique de « troubles schizophréniques », dans 28 pays, ont participé à l’étude en remplissant l’échelle d’évaluation de la discrimination et de la stigmatisation (Discrimination and Stigma Scale [DISC]). L’article présente les principaux résultats internationaux et français, une discussion méthodologique et une ouverture sur les effets positifs collatéraux de cette étude novatrice. On peut citer notamment : la reconnaissance des questions de stigmatisation et de discrimination et de leur vécu et perception par les usagers, des questionnements soulevés par l’annonce du diagnostic, des réflexions sur la « désignation » et « l’autodésignation », le développement d’un réseau international de recherches et d’actions dans ce domaine. Seulement 10 % des personnes interviewées ont vécu leur discrimination de manière positive. À travers tous les pays, les éléments les plus récurrents pour lesquels la discrimination a été vécue de manière négative étaient : pour se faire ou pour garder des amis ; auprès de la famille ; pour garder un emploi ; pour trouver un emploi ; dans le cadre de relations intimes ou sexuelles. Deux tiers des personnes interviewées, dont la majorité ont déclaré ne pas avoir vécu de discrimination concrète, ont fait état de discrimination anticipée.

Psychiatrie de l'enfant

Compréhension des interactions sociales chez des enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme : le langage du corps leur « parle »-t-il ?

Auteurs : L. Centelles, C. Assaiante, K. Etchegoyhen, M. Bouvard, C. Schmitz

RésuméLes troubles du spectre de l’autisme (TSA) se caractérisent par des altérations qualitatives dans les relations sociales et dans la communication tant verbale que non verbale. Dans cette étude, nous avons évalué si les enfants atteints de TSA utilisent les informations relatives au corps en mouvement pour catégoriser des scènes avec ou sans interactions sociales. Les performances des enfants avec TSA ont été comparées à celles d’enfants de développement typique appariés en âge mental non verbal et en âge chronologique. Le modèle minimaliste de Johansson a été utilisé afin d’isoler les indices sociaux issus de la cinématique du corps. Ces animations illustrant deux acteurs, engagés ou non dans une interaction sociale, ont été proposées aux participants. Nos résultats soulignent les compétences des enfants avec TSA à extraire de l’information sociale à partir de mouvements corporels bien qu’ils soient moins performants que des enfants de développement typique appariés. Cette différence ne s’explique ni par un déficit du traitement configural, ni par leur niveau intellectuel, ni même par les aspects émotionnels des scènes observées. L’interprétation de ces résultats s’appuie sur un déficit de la construction des représentations de l’action et du développement du mécanisme miroir dans l’autisme. En conclusion, le modèle de Johansson se révèle être un outil pertinent et prometteur à développer dans une perspective de remédiation cognitive.

Psychopathologie

Reconnaissance des expressions faciales émotionnelles et théorie de l’esprit dans la schizophrénie : la difficulté à identifier les états mentaux d’autrui serait-elle liée à un trouble de la reconnaissance des émotions faciales ?

Auteurs : C. Besche-Richard, A. Bourrin-Tisseron, M. Olivier, C.-V. Cuervo-Lombard, F. Limosin

RésuméL’objectif de cette étude est de tester, chez des participants sains et des patients souffrant de schizophrénie, le lien éventuel unissant les compétences de reconnaissance des émotions faciales et celles de mentalisation abordées à travers la théorie de l’esprit et, plus précisément, la compréhension des croyances. Nous faisons l’hypothèse que les performances de reconnaissance des émotions faciales, au regard des performances en mémoire de travail ou en fonctions exécutives, sont le meilleur prédicteur de la compréhension des croyances et, par extension, des capacités de théorie de l’esprit. Vingt patients souffrant de schizophrénie selon les critères du DSM-IV-TR et 30 participants sains appariés sont évalués à l’aide de plusieurs épreuves mesurant la reconnaissance des émotions faciales (tâche des visages émotionnels), la compréhension des croyances (deux histoires de premier ordre et deux histoires du second ordre construites pour l’étude), les fonctions exécutives (Trail Making Test A et B, Wisconsin Card Sorting Test, version abrégée), la mémoire de travail (mémoire des chiffres de la WAIS-III pour l’empan auditivo-verbal, la planche de Corsi pour l’empan visuo-spatial). Outre les résultats comparatifs qui confirment ceux de la littérature en montrant une moins bonne reconnaissance émotionnelle et une moins bonne compréhension des croyances chez les schizophrènes, l’analyse de régression linéaire simple, menée sur l’ensemble des 50 sujets, montre que la reconnaissance des émotions faciales est un bon prédicteur de la performance aux tâches de théorie de l’esprit. Le lien retrouvé ici entre la reconnaissance des expressions faciales émotionnelles et la capacité à inférer des états mentaux à autrui, notamment les croyances, est un résultat qui peut s’inscrire au sein du modèle proposé par Marshall et al. (1995) sur l’empathie que nous discutons.

Validation de la version française du questionnaire des caractéristiques situationnelles dans la mesure de l’inconfort spatio-moteur

Auteurs : L. Vaillancourt, C. Bélanger, M.-P. Léger-Bélanger, R.G. Jacob

RésuméL’inconfort spatio-moteur (ISM) est un concept englobant les différents symptômes pouvant survenir dans des situations où les informations visuelles et kinesthésiques ne permettent pas de favoriser une orientation adéquate dans l’espace. Certaines études indiquent qu’il existe des liens stables et prévisibles entre les dysfonctions vestibulaires et les troubles anxieux. Il semble donc utile au plan clinique de développer et de valider des instruments de mesure pouvant évaluer le niveau d’ISM chez des individus avec un trouble panique qui présentent également une dysfonction vestibulaire. La présente recherche porte sur la validation de la version française de l’instrument qui mesure l’ISM, le questionnaire des caractéristiques situationnelles (QCS). Des analyses de la consistance interne indiquent que les échelles ISM-I et ISM-II possèdent une bonne homogénéité. L’échelle agoraphobie démontre en revanche une plus faible consistance interne. Ces résultats sont semblables à ceux de la version originale anglaise. L’échelle ISM-I démontre une faible validité de construit, mais l’échelle ISM-II fournit une mesure adéquate du construit théorique de l’ISM. Les résultats obtenus démontrent donc que les propriétés psychométriques de l’échelle ISM-II de la version française du QCS sont adéquates. Les résultats concordent en général avec ce que la validation de la version originale du questionnaire a révélé.

Thérapeutique

Asénapine dans le trouble bipolaire : efficacité, tolérance et utilisation en pratique clinique

Auteurs : L. Samalin, C. Tixeront, P.-M. Llorca

RésuméL’asénapine est un nouvel antipsychotique de seconde génération (AP2G) approuvé par l’Agence européenne du médicament au mois de septembre 2010 dans le traitement du trouble bipolaire. Cette molécule a démontré une efficacité supérieure au placebo dans le traitement des épisodes maniaques et mixtes en monothérapie et en association à un stabilisateur de l’humeur (lithium ou vaproate). D’action rapide (différence significative avec le placebo dès le deuxième jour de traitement), une réponse précoce à l’asénapine est fortement corrélée à un taux de réponse et de rémission à trois semaines. Les études post hoc montrent une réduction des symptômes dépressifs associés à un épisode maniaque, et une amélioration de la qualité de vie chez les patients traités par asénapine lors d’un épisode maniaque ou mixte. L’asénapine se distingue des autres AP2G par un bon profil de tolérance, notamment métabolique. Elle est associée à des effets indésirables, comme la sédation, qui restent modérés. Ce nouveau profil de tolérance vient renforcer l’hétérogénéité de la classe des AP2G. D’autres perspectives thérapeutiques de l’asénapine sont en cours d’évaluation dans certaines population spécifiques (sujet âgé, enfants) dans le trouble bipolaire.

L’initiation thérapeutique dans les épisodes psychotiques et maniaques : recueil des attitudes françaises par Focus Group

Auteurs : M. Benoit, F. Bellivier, P.-M. Llorca, B. Millet, M. Passamar, R. Schwan, L. Marty, L. Cailhol, B. Giordana, F. Naudet, L. Samalin, M. Tadri, L. Yon, E. Hacques, V. Moreau-Mallet

RésuméUn traitement bien adapté des premiers épisodes de schizophrénie ou de trouble bipolaire influence considérablement le pronostic et l’adhésion thérapeutique. Pourtant, les recommandations de bonne pratique clinique existantes sont irrégulièrement appliquées et peuvent ne pas aborder la diversité des situations. Un recueil des pratiques professionnelles souhaitées a été réalisé et structuré au décours de réunions de réflexion interactives (Focus Group [FG]), et la synthèse de ces réunions a été mise en parallèle avec les données des recommandations existantes. Cette technique des FG dans le domaine de l’initiation thérapeutique lors d’un premier épisode psychotique ou bipolaire paraît compléter utilement les recommandations scientifiques. Elle met en évidence de façon réflexive la diversité des adaptations possibles dans des situations plus variées, et elle envisage le traitement dans une perspective plus globale, tenant compte de l’expérience du thérapeute, de l’anamnèse du patient, du cadre de soins, des facteurs environnants. L’approche est fréquemment symptomatique et la recherche précoce d’une alliance thérapeutique paraît primordiale, au-delà des connaissances des recommandations pharmacologiques. L’approche par FG pourrait constituer une base de formation supplémentaire dans le cadre du développement professionnel continu.

Nous avons lu pour vous

Du temps et des hommes, vers une neuropsychologie du temps, Cambier J. Édition de l’Infini, Reims (mars 2010). 301 pp.

Auteurs : B. Lechevalier

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