Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Profil des femmes auteures d'infractions à caractère sexuel : étude à partir de 64 cas

Publié le lundi 12 février 2018

dans

Auteurs

J. Palma1, J-L. Senon2, M. Voyer2

1 CHRU de Tours, Saint Cyr Sur Loire, FRANCE
2 CHU Henri Laborit, Poitiers, FRANCE

Résumé

Introduction

La criminalité sexuelle des femmes est encore méconnue à l’heure actuelle et basée sur des stéréotypes socio-culturels. Cette vision étriquée de ce phénomène nous conduit à le penser comme un épiphénomène, peu important et sans intérêt. Or, 2% des agresseurs sexuels sont des femmes, et les données existantes laissent penser que ce chiffre est probablement sous-estimé. De plus, les études sur le sujet sont peu nombreuses, et majoritairement anglo-saxonnes. Nous avons voulu, par notre travail, tenter de faire une mise à jour concernant le profil des femmes Auteures d'Infractions à caractère sexuel en France.

Méthode

Nous avons sollicité l'aide des centres de soins aux auteurs de violences sexuelles répertoriés en France métropolitaine, des Services médico-psychologiques régionaux au niveau national et des Tribunaux de Grande Instance du Poitou-Charentes à la recherche de cas de femmes Auteures d'Infractions à Caractère Sexuel. Les seuls critères d'inclusion étaient « femmes auteures de violences sexuelles » « dans la période de temps de 2000 à 2016  inclus». Nous avons ensuite analysé les dossiers, de soins et/ou pénaux, à partir d'une grille de lecture prévue à cet effet, pour relever les données sociodémographiques, biographiques, victimologiques et criminologiques. A partir de ces données quantitatives, une description du profil des femmes Auteures d'Infractions à Caractère Sexuel a pu être établie. Notre étude a porté sur 64 cas.

Résultats

Soixante-quatre dossiers de femmes ont été intégrés à l’étude. Elles sont en moyenne âgées de 34 ans au moment des faits et en couple. On note des antécédents de victimisation, notamment sexuelle dans la moitié des cas, des carences multiples et un niveau socioéducatif précaire. Elles connaissent leurs victimes dans 93% des cas. Il s’agit le plus souvent de leurs enfants. Les victimes ont 10 ans en moyenne et sont principalement des filles. Dans 64% des cas d’agression, les femmes sont actives dans le passage à l’acte (auteures principales ou complices actives). En conséquence, 94% de nos femmes sont condamnées pour leurs faits. 14% seulement avaient des antécédents judiciaires, tous de nature non sexuelle. 45% d’entre elles reconnaissent totalement les faits. Elles expliquent leurs actes par un sentiment de colère ou de vengeance, envers leurs victimes ou leurs agresseurs antérieurs ; par un besoin de réassurance narcissique ; par une recherche de gratification sexuelle, dans un contexte de dynamique de couple perverse ou de paraphilie du sujet ; par peur de perdre le conjoint ou encore pour se protéger elles-mêmes d’un acte agressif de la part du conjoint/complice.

Conclusion

Ces résultats doivent aider les professionnels de la santé et de la justice à penser l’individualisation des types de prises en charge à proposer à ces femmes et à la nécessité d’une collaboration plus étroite, avec des peines à visée plus restaurative.

Le poster

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Profil des femmes auteures d'infractions à caractère sexuel : étude à partir de 64 cas

 

Voir les meilleurs posters 2018

Dernières actualités

Les démences, des maladies psychiatriques ?

Dans cette session de l'Encéphale 2021, Philipe ROBERT et ses invités nous proposent de parcourir...

Virer le virus

Nabil HALLOUCHE et d'autres spécialistes nous exposent leurs connaissances sur l'Hépatite C et so...

Dépression résistante : dossier thématique

Il y sera question de la définition de la dépression résistante et des algorithmes thérapeutiques...

La violence est-elle une maladie mentale ?

Dans cette session des Talks de l’Encéphale, Mathieu Lacambre aborde le thème de la violence sous...