Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Que savons-nous sur les agresseuses sexuelles d'enfants ?

Mis à jour le lundi 12 février 2018

dans

Auteurs

V. Cailleau1, B. Thirioux1, G. Harika-Germaneau1, N. Jaafari1

1 Centre Hospitalier Henri Laborit, Poitiers FRANCE

Résumé

Introduction

En se basant sur le faible nombre d'agresseuses sexuelles d'enfants identifiées par le système judiciaire, la considération générale commune considère que la prévalence de l'agression sexuelle d'enfants par des femmes ne dépasse pas 2 % à 5 %. Cependant, selon des études de victimation, le pourcentage de femmes parmi les auteurs de violences sexuelles sur mineurs serait bien plus élevé. Quelles sont alors les raisons de ce « chiffre noir » (soit l'ensemble des actes légalement transgressifs non traités par le système judiciaire) ? Et quelles sont les conséquences psychologiques pour les victimes ? Quels sont les profils psychologiques et socio-démographiques des agresseuses sexuelles d'enfants, et peut-on les catégoriser à l'aide de typologies ? Enfin, ces auteures de violences sexuelles sont-elles de « faibles femmes » sous l'influence d'un homme pervers, ou bien sont-elles des prédatrices sexuelles éventuellement sadiques ou motivées par l’intérêt financier ? L’objectif de cette synthèse est de tenter de répondre à ces questions grâce à l'analyse des travaux traitant de l'agression sexuelle d'enfants par des femmes adultes.

Méthode

Cette revue s’est focalisée sur les travaux français et anglo-saxons publiés depuis 50 ans sur la thématique de la victimation sexuelle d'enfants par des femmes. La base de données PubMed a été interrogée à l’aide des mots-clefs « women sexual offenders » et « female sexual offenders », et la base de données Thésèas a été interrogée avec les mots-clefs « auteures de violences sexuelles » et « agresseuses sexuelles ». Parmi les 82 articles retenus 22 études originales, 8 avis d’experts et un rapport ont été jugés les plus représentatifs et ont été sélectionnés.

Résultats

L’examen de la littérature montre que la sous-estimation de la victimation sexuelle d’enfants par des femmes découlerait de la dissimulation d'actes sexuels dans des soins de nursing, d'un biais de genre influençant les professionnels de la protection de l'enfance ainsi que d'un faible dévoilement des faits.
Les agressions sexuelles commises par des femmes sont souvent aussi graves et traumatisantes pour les enfants que celles perpétrées par des hommes.
Si peu d'agresseuses sexuelles d'enfants présenteraient des pathologies psychiatriques majeures, d'aucunes manifesteraient une dépendance psychologique et émotionnelle excessive, tandis que d'autres auraient des personnalités psychopathiques et manipulatrices – voire sadiques.
Les agresseuses sexuelles d'enfants constituent une population hétérogène, certaines agissant sous l'influence d'un complice et d'autres initiant activement le passage à l’acte pour des motivations allant de l'attirance déviante pour l'enfant à des motifs pécuniaires.

Conclusion

Cette mise au point souligne la nécessité de déconstruire les mythes entourant les agresseuses sexuelles d'enfants, afin de mieux les identifier et, partant, d'améliorer leur prise en charge et celle de leurs victimes.

Le poster

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Que savons-nous sur les agresseuses sexuelles d'enfants ?

 

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