FERNANDEZ M. (1), LANCELEVÉE C. (2), THOMAS P. (3,4), WATHELET M. (5), FOVET T. (3,4), ECK M. (3,6)
1. Université Toulouse 3 - Paul Sabatier , Toulouse, FRANCE
2. Unistra, UMR 7363 – SAGE, Sociétés, Acteurs et Gouvernement en Europe, Strasbourg, FRANCE
3. Univ. Lille, Inserm U1172 – Lille Neuroscience & Cognition, Lille, FRANCE
4. CHU Lille, Lille, FRANCE
5. Agence Régionale de Santé, Hauts-de-France, Lille, FRANCE
6. Centre hospitalier Gérard Marchant, Pôle de psychiatrie légale et de conduites addictives en milieu pénitentiaire, Toulouse, FRANCE
Les femmes constituent encore un groupe minoritaire dans les prisons, leur taux d'incarcération croissant est une source de préoccupation du point de vue de la santé. L’objectif principal de ce travail est de mesurer la prévalence du risque suicidaire chez les femmes incarcérées dans les Hauts-de-France et en fin de peine. L’objectif secondaire est d’identifier les variables associées au risque de suicide chez ces femmes incarcérées.
Une étude transversale a été menée d’avril 2021 à septembre 2022 auprès de toutes les femmes incarcérées dans les 4 établissements pénitentiaires du Nord et du Pas-de-Calais qui avaient une date de libération prévue dans les 30 jours, à partir des données de l’Administration pénitentiaire. Chaque participante a été interrogée par des enquêteurs locaux. Les données suivantes ont été recueillies : caractéristiques socio-démographiques, parcours pénal/judiciaire, situation carcérale actuelle, parcours de soins, risque suicidaire/troubles psychiatriques/troubles liés à l’usage de substances d’après le Mini International Neuropsychiatric Interview, expériences traumatisantes subies dans l’enfance d’après le Childhood Trauma Questionnaire. Deux groupes ont été constitués : groupe « risque suicidaire » (risque suicidaire moyen/élevé au MINI) et groupe « absence de risque suicidaire » (pas de risque suicidaire/risque suicidaire faible au MINI) et leurs caractéristiques ont été comparées (analyses bivariées).
Un risque suicidaire était présent chez 59,8 % (IC95% 51,3-68,4) des 127 femmes incluses, élevé chez 18,9 % d’entre elles (IC95% 12,1-25,7). Les groupes « risque suicidaire » et « absence de risque suicidaire » étaient composés de 30 et 97 femmes, respectivement. Les femmes du groupe « risque suicidaire » étaient significativement plus jeunes que celles du groupe « absence de risque suicidaire » (p = 0,046). Les autres variables significativement associées au risque suicidaire étaient les suivantes : avoir eu un traitement psychotrope pendant l’incarcération (Rapport de Prévalence : 6,8 ; p = 0,014), avoir/avoir eu un trouble de l’humeur (RP : 4,3 ; p <0,001), avoir/avoir eu un épisode psychotique (RP : 4,2 ; p <0,001), avoir subi des violences sexuelles dans l’enfance (RP : 3,6 ; p = 0,001), être migrante de 1ère génération (RP : 2,5 ; p = 0,014), avoir été sans domicile fixe avant l’incarcération (RP : 2,7 ; p = 0,004), avoir subi des violences en détention (RP : 2,3 ; p = 0,008), être incarcérée pour infraction violente (RP : 2,2 ; p = 0,013).
Cette étude retrouve un risque suicidaire très élevé chez les femmes incarcérées en fin de peine. Les facteurs associés au risque suicidaire dans notre échantillon sont cliniques, sociaux et judiciaires. L’identification de ces risques invite à développer des outils de prévention ciblés. Notre travail ouvre la voie à d’autres études portant sur la santé mentale des femmes incarcérées.