La question du stress chez les jeunes et celle de la détresse de toute une génération d’adolescents depuis la période COVID sont omniprésentes dans les médias et dans toutes les familles quels que soient leurs contextes socio-économiques. C’est donc sans surprise que le symposium dédié à ce sujet a fait salle comble lors de la dernière édition du Congrès de l’Encéphale 2026. Cette session a fait dialoguer sous la présidence du Pr David Cohen, pédopsychiatre à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, Sorbonne Université :
Il est vrai que les chiffres de l’épidémiologie des troubles anxieux dans la population adolescente/jeunes adultes sont impressionnants. On rapporte au niveau mondial 3,35 % de prévalence, mais un pic beaucoup plus élevé dans la tranche d’âge 5-25 ans, et chez les filles1. En France, les chiffres sont également très élevés, en particulier ceux des plaintes associées au trouble anxieux dans les écoles, mais également ceux des troubles anxieux généralisés autour de 8 % chez les 18-29 ans2. L’augmentation post-COVID est d’ailleurs confirmée dans tous les pays occidentaux. Au-delà des chiffres et de leur ampleur, les conséquences en termes de morbidité sont majeures, que ce soit sur la vie quotidienne, la qualité de vie, et bien sûr les interactions sociales. À noter que chez le mineur, il est important d’avoir une vision développementale de cette symptomatologie et de ces diagnostics : l’anxiété de séparation est plus fréquente chez les enfants d’âge scolaire, alors que les troubles anxieux paniques et généralisés sont plus fréquents à partir de l’adolescence. Les troubles anxieux démarrant avant l’âge de 18 ans sont également inquiétants en termes de devenir puisqu’ils ont un risque plus élevé à l’âge adulte de problèmes de santé mentale, de recours aux soins, de santé somatique, mais également de niveau d’études3.
Il parait utile de rappeler que, au-delà des chiffres épidémiologiques, l’anxiété peut être normale ou simplement à surveiller chez l’enfant et l’adolescent. On parle de pathologie lorsque le retentissement et la sévérité sont présents au-delà de la plainte. Rappeler ces définitions permet parfois de redynamiser la famille et limiter l’inquiétude des parents. Cette angoisse parentale contemporaine se fonde sur plusieurs dimensions : 1) l’évolution démographique avec des familles qui font moins d’enfants, voire qui n’en ont qu’un seul. D’une certaine façon il n’y a pas de droit à l’erreur ! 2) Les parents ressentent une forme d’isolement du fait de la réorganisation de la société contemporaine. 3) Il existe un fossé générationnel avec un décalage entre des parents qui pensent qu’on peut faire avec l’angoisse, et des adolescents qui s’expriment beaucoup et revendiquent une meilleure qualité de vie. 4) Rappelons la culpabilité parentale par rapport à tout diagnostic. Elle peut être exprimée par de l’auto-accusation, de la honte ou du déni, et conduit souvent à une hyperprotection qui renforce l’anxiété du jeune. 5) Ajoutons le rôle des réseaux sociaux, mal compris par les parents, qui découvrent l’ampleur du cyberharcèlement et du temps passé sur les écrans, sans savoir comment l’aborder.
Éliminons d’emblée les prescriptions médicamenteuses inadaptées de benzodiazépines ou d’antipsychotiques sédatifs. Rappelons aussi que les inhibiteurs spécifiques de la recapture de la sérotonine peuvent être indiqués en seconde intention4. L’approche privilégiée est d’abord psychologique : accompagnement de réassurance, désensibilisation en renforçant les comportements adaptés, traitements psychothérapiques, cognitifs ou à médiation corporelle. On pourra également penser à des alternatives à base de plantes, sachant qu’il est important de différencier les compléments alimentaires (qui sont de composition hétérogène et dont l’évaluation est difficile), des médicaments issus des plantes pour lesquels la qualité, la concentration et la sécurité des actifs sont contrôlées, avec preuves cliniques obligatoires à l’appui. Dans le contexte du stress des jeunes, un médicament à base de Passiflora incarnata, présentant une action GABAergique prouvée, dispose d’ailleurs d’une AMM européenne à partir de l’âge de 12 ans dans le stress mental et les difficultés d’endormissement. Des études cliniques menées avec des extraits standardisés de Passiflora incarnata mettent en avant un intérêt de cette alternative dans l’anxiété5, le stress aigu6 voire même le sevrage des benzodiazépines7,8. Dans un contexte de croissance constante des prescriptions de psychotropes aux adolescents9, l’ANSM recommande d’ailleurs la prescription des médicaments à base de plante en alternative aux benzodiazépines, répondant ainsi à un enjeu de santé publique.
1. Kieling C, Buchweitz C, Caye A et al. Worldwide Prevalence and Disability From Mental Disorders Across Childhood and Adolescence: Evidence From the Global Burden of Disease Study. JAMA Psychiatry. 2024; 81(4):347-356.
2. https://www.santepubliquefrance.fr/docs/barometre-de-sante-publique-france-resultats-de-l-edition-2024
3. Pollard J, Reardon T, Williams C et al. The multifaceted consequences and economic costs of child anxiety problems: A systematic review and meta‐analysis. JCPP Advances 2023; 3(3):e12149
4. Walter HJ, Bukstein OG, Abright AR et al. Clinical Practice Guideline for the Assessment and Treatment of Children and Adolescents With Anxiety Disorders. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 2020; 59(10):1107-1124.
5. Ansseau M, Seidel L, Crosset A et al. A dry extract of Passiflora incarnata L. (Sedanxio®) as first intention treatment of patients consulting for anxiety problems in general practice. Acta Psychiatrica Belgica 2012; 112(2):5-11
6. Lima Neto, T.J., Ribeiro, N.P., Souza, M.B. et al. Effects of Passiflora incarnata on salivary biomarkers and anxiety in patients undergoing third molar extraction surgery. Sci Rep 15, 43616 (2025).
7. Zanardi R, Carminati M, Fazio V, Maccario M, Verri G, Colombo C. Add-On Treatment with Passiflora incarnata L., herba, during Benzodiazepine Tapering in Patients with Depression and Anxiety: A Real-World Study. Pharmaceuticals (Basel). 2023 Mar 10;16(3):426;
8. Carminati M, Tondello M, Zanardi R. Passiflora incarnata L., herba, in benzodiazepine tapering: long-term safety and efficacy in a real-world setting. Front Psychiatry. 2024 Oct 4;15:1471083
9. Fond G, Pauly V, Brousse Y et al. Mental Health Care Utilization and Prescription Rates Among Children, Adolescents, and Young Adults in France. JAMA Network Open 2025; 8(1):e2452789.
Ce contenu vous est proposé avec le soutien institutionnel du Laboratoire Tilman