Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Félicitations aux lauréats de l'Encéphale 2026 !

Publié le vendredi 23 janvier 2026

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À l'occasion de sa 24ème édition, le Congrès de l'Encéphale a décerné plusieurs prix : découvrez les travaux et start-up récompensés !

 

Prix du congrès

PPC et usage de psychotropes dans les troubles psychiatriques comorbides de SAHOS

GARRIVET J. (1), BAILLY S. (2), GEOFFROY P. (3), GOHIER B. (1), GAGNADOUX F. (1), TRZEPIZUR W. (1)
(1) CHU Angers, Angers, FRANCE; (2) CHU Grenoble Alpes, Grenoble, FRANCE; (3) AP-HP, GHU Paris Nord, Paris, FRANCE

Introduction

Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) est très fréquent chez les patients présentant des troubles psychiatriques et pourrait contribuer à une utilisation accrue de psychotropes. L’impact de l’observance à la pression positive continue (PPC) sur cette consommation médicamenteuse reste incertain.

Méthodes

Nous avons mené une étude observationnelle longitudinale à partir du Système National des Données de Santé (SNDS) couplé à la cohorte régionale SAHOS des Pays de la Loire. Les adultes présentant des troubles psychiatriques et une indication de traitement par PPC ont été inclus. La date index correspondait au 90e jour après la polysomnographie diagnostique. Le suivi s’étendait de 2015 à 2021. L’observance à la PPC était définie par un usage moyen ≥ 4 heures par nuit. Le critère principal était la variation de l’utilisation des psychotropes (antipsychotiques, antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques et thymorégulateurs) avant et après l’instauration de la PPC. Des modèles de régression de Poisson à effets mixtes ont été utilisés pour estimer les taux d’incidence (Incidence Risque Ratio : IRR), ajustés sur l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, la somnolence, l’indice d’apnées-hypopnées initial et les données socio-professionnelles. Des termes d’interaction ont permis d’évaluer l’effet temporel de l’observance à la PPC.

Résultats

Au total, 1 745 patients (âge moyen 56 ans ; 61,7 % d’hommes) ont été inclus, dont 881 considérés comme observants au traitement par PPC. L’utilisation globale de psychotropes diminuait après l’instauration de la PPC pour tous les patients (IRR = 0,86 ; IC95 % : 0,83–0,89 ; p < 0,001), avec une baisse observée dans toutes les classes thérapeutiques, plus marquée pour les anxiolytiques benzodiazépines (IRR = 0.83) et non benozidazépines (IRR = 0.77). Les modèles d’interaction temps-observance montraient une diminution plus marquée chez les patients observants (IRR = 0,83 ; IC95 % : 0,76–0,91 ; p < 0,001) avec une tendance globale marquée pour les anxiolytiques non benzodiazépines (IRR = 0.62).

IRR observants versus non observants (tout traitements), IRR observants versus non observants (benzodiazépines) et IRR observants versus non observants (anxiolytiques non benzodiazépines)

Conclusion

Le traitement par PPC était associée à une réduction significative d'environ 14% de la consommation de psychotropes chez les patients présentant un trouble psychiatrique comorbide au SAHOS. Cet effet était davantage marqué chez les patients observants à la PPC avec une réduction de 38% de consommation des anxiolytiques non benzodiazépines. Ces résultats soutiennent la promotion du traitement par PPC comme stratégie non pharmacologique visant à réduire la charge médicamenteuse dans cette population.

 

 

Prix du comité scientifique

Comment interpréter la mesure de l’expérience des patients en psychiatrie : calcul du score global et premiers résultats e-Satis PSY

COQUELIN A. (1), HILAIRE SCHNEIDER C. (1), PRUNET C. (1), GLOANEC M. (1), MORIN S. (1)
(1) HAS, St Denis, FRANCE

Introduction

Comparer l’expérience rapportée par les patients en psychiatrie adulte nécessite un score à la fois robuste et lisible. L’objectif est de décrire la méthode de calcul du score global e-Satis PSY et les premiers résultats de l’expérimentation au niveau des patients et des établissements.

Méthode

Analyse des questionnaires complets exploitables collectés entre 09/2023 et 09/2024, recueillis auprès des patients des 201 établissements de santé volontaires à l’expérimentation. Chaque item est scoré sur 100 (0 = modalité la plus négative ; 50 = intermédiaire ; 100 = la plus positive). Le score global au niveau du patient (0–100) correspond à la moyenne des items et n’est calculé que si ≥ 50 % des items du questionnaire sont renseignés. Après discussions méthodologiques avec le groupe de travail, les dimensions « isolement » et « contention » ont été exclues du score global pour préserver la comparabilité du score. Les distributions ont été décrites au niveau individuel (en décile). Un score global est calculé pour les établissements disposant d’au moins 30 questionnaires complets exploitables.

Résultats

Sur 6 080 questionnaires complets exploitables, le score global d’expérience des patients en psychiatrie était de 77,1/100 avec une bonne variabilité des scores par patient. Plus de la moitié des scores étaient supérieurs à 81/100, tandis que moins de 1% se situaient à ≤20 (cf. Tableau). La cohérence externe est élevée : 37,5% des répondants jugent leur séjour « excellent », et 56,2% recommandent l’établissement.
Parmi les 67 établissements avec au moins 30 questionnaires complets exploitables, la moyenne du score par établissement était de 77/100 (min 65 ; max 89). La répartition par dimensions (cf. Figure) indique des leviers différenciés, confirmant l’intérêt d’analyses ciblées par service. L’analyse parallèle des verbatim patients permet de qualifier les priorités d’action.

Conclusion

Le calcul du score global e-Satis PSY est simple, interprétable et opérationnel pour le pilotage local : la combinaison scores + verbatim aide à repérer des actions concrètes (information, relation soignante, organisation de la sortie). La distribution du score est compatible avec une comparaison inter-établissements. Pour la garantir, à l’issue du déploiement national (de mars à septembre 2025), les prochains travaux intégreront la construction d’un modèle d’ajustement.

Répartition des scores bruts totaux du questionnaire d’expérience en psychiatrie

Répartition des scores bruts totaux et par dimension pour les établissements ayant eu plus de 30 réponses.

 

 

Prix du Poster

prevalence et facteurs associes aux conduites suicidaires chez les etudiants en medecine d'abidjan 2024-2025

AHOUNOU E. (1,2), AKA R. (1,2), GONCE D. (1,2), MENSAH K. (1), TRAORE B. (1,2), YEO-TENENA J. (1,2)
(1) Service d'Addictologie et d'Hygiène Mentale de l'Institut National de Santé Publique, Abidjan, COTE D'IVOIRE; (2) Unité de Formation et de Recherche des Sciences Médicales d'Abidjan, Abidjan, COTE D'IVOIRE

Introduction

La transition vers l’âge adulte expose les étudiants en médecine à un risque élevé de conduites suicidaires, renforcé par les exigences particulières de leur formation. L’objectif de cette étude était de déterminer la prévalence des idées suicidaires et des tentatives de suicide chez les étudiants en médecine d’Abidjan en y identifier les facteurs associés.

Méthode

Il s’est agi d’une étude transversale analytique menée à l’Unité de Formation et de Recherche en Sciences Médicales d’Abidjan de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Octobre 2024 à Mars 2025 portant 368 étudiants en médecine, recrutés par échantillonnage aléatoire stratifié en fonction des modalités de formation et du niveau d’étude. Les données ont été collectées via un questionnaire couplé aux échelles  de Payke et PHQ-9.  Le test de chi2 de Karl Pearson ou le test exact de Fisher avec un seuil de significativité statistique pour « p » inférieur à 5%, a été effectuée.

Résultats

Notre étude a révélé une légère prédominance masculine. L’âge moyen est de 21,6 ± 2,7 ans. 70,1% des étudiants présentait des symptômes de dépression. Les prévalences des tentatives de suicide au cours de l’année écoulée étaient de 7,6 %. Les difficultés rencontrées dans le cadre des études médicales, la crainte de l’avenir professionnel étaient liées aux tentatives de suicide. La dépression et la consommation d’alcool et de cannabis était également associée aux tentatives de suicide dans notre étude. On notait aussi un lien entre les tentatives de suicides et plusieurs expériences adverses dans l’enfance (ont également montré une association significative : le sentiment d’avoir été un enfant non désiré et la maltraitance psychologique).

Conlusion

La forte prévalence des tentatives de suicide chez les étudiants en médecine à Abidjan appelle à des actions ciblées de prévention et de soutien psychologique aux étudiants en médecine d’Abidjan.

 

 

Prix des internes

Étude et cartographie des hotspots suicidaires dans la région Auvergne-Rhône-Alpes

FORT A. (1), NGUON A. (1), BARRE L. (2), VELOSO M. (1), PAUWELS N. (2), SCOLAN V. (1)
(1) CHU Grenoble Alpes, La Tronche, FRANCE; (2) Fédération Régionale de Recherche en Psychiatrie et Santé Mentale des Hauts-de-France, Saint-André-Lez-Lille, FRANCE

Introduction

Le suicide dans les espaces publics constitue un enjeu majeur de santé publique, exacerbant le risque de contagion suicidaire tout en étant accessible à des stratégies de prévention ciblées. L’identification des lieux publics les plus concernés, appelés « hotspots suicidaires », est essentielle pour la mise en place d’interventions efficaces. Pourtant, malgré leur importance dans les dispositifs nationaux de prévention du suicide, aucun outil systématique ne permet actuellement d’identifier et de surveiller ces sites. Cette étude a pour objectif d’identifier rétrospectivement les hotspots suicidaires dans la région Auvergne-Rhône-Alpes (ARA), à partir des données des rapports médico-légaux des personnes décédées par suicide et découvertes dans cette région. Elle vise également à fournir des données épidémiologiques sur ces événements afin de mieux les caractériser et orienter ainsi les actions de prévention.

Méthodes

Une analyse rétrospective des rapports médico-légaux (2016-2022) des Instituts-Médico-Légaux de Grenoble, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne et Lyon a été conduite en collaboration avec le programme Papageno. L’étude inclut tous les suicides d’adultes survenus en région ARA. Un hotspot suicidaire a été défini comme un lieu public spécifique où au moins deux suicides ont été recensés durant la période d’étude.

Résultats

L’analyse a permis d’identifier 54 hotspots suicidaires, représentant 159 suicides sur une période de 7 ans. Les 5 principaux hotspots regroupent à eux seuls environ un quart des suicides survenus dans ces lieux. Les types de hotspots les plus fréquemment identifiés incluent des barrages, des rivières, des ponts et des viaducs, parfois situés à plusieurs dizaines de kilomètres du domicile des victimes. Les suicides dans les lieux publics concernent majoritairement des hommes d’âge moyen, et plus de la moitié des individus présentaient des facteurs de risque de passage à l’acte. Les modes opératoires les plus courants étaient la submersion volontaire et la pendaison.

Conclusion

L’identification des hotspots suicidaires à partir des données médico-légales s’avère une approche à la fois fiable et précise. Cependant, l’amélioration des rapports médico-légaux, notamment par une documentation plus systématique des lieux de passage à l’acte, permettrait d’en renforcer l’exhaustivité. Le nombre élevé de hotspots recensés soulève des questions importantes sur la définition et la priorisation de ces sites à risque. Cette étude souligne également le rôle essentiel des médecins légistes en santé publique, qui contribuent à la collecte de données d’intérêt collectif. Nos résultats appuient la nécessité de poursuivre la formation des acteurs de prévention et d’étendre le déploiement des sentinelles. Enfin, l’extension prospective de cette méthodologie à d’autres régions pourrait favoriser la mise en place d’une veille sanitaire nationale continue, afin de mieux comprendre et prévenir les suicides dans les lieux publics.

 

 

Prix des chefs de clinique assistants

Comment dépister le TDAH en médecine générale chez l’enfant?

KESSLER E. (1), GUYOT S. (2)
(1) CH Annecy Genevois, Annecy, FRANCE; (2) CHUGA, Grenoble, FRANCE

Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est le trouble du neurodéveloppement (TND) le plus fréquent dans le monde, avec une prévalence en France estimée à 6 % des enfants. Ses conséquences sont multiples : difficultés relationnelles, décrochage scolaire, perte d’estime de soi, comportements à risque, addictions, surmortalité, tensions familiales... Dans plus de deux tiers des cas, il est associé à d’autres troubles, psychopathologique ou neurodéveloppemental, renforçant les difficultés de l’enfant et de sa famille.
Un diagnostic précoce est crucial : il permet une prise en charge globale (adaptations de l’environnement, psychoéducation, traitement médicamenteux si besoin etc), limitant ses répercussions. Pourtant, en France, le retard diagnostique est de trois ans, et jusqu’aux deux tiers des enfants concernés ne seraient pas identifiés. Les profils moins bruyants, notamment chez les filles, sont particulièrement sous-diagnostiqués.
Le médecin généraliste, qui suit la majorité des enfants, occupe une place centrale dans le processus de dépistage. Parmi les outils à sa disposition, le questionnaire de Conners abrégé (version parent et enseignant) est recommandé par la Haute Autorité de Santé. Il permet d’évaluer l’inattention, l’impulsivité et l’hyperactivité, triade symptomatique, à travers 10 items notés par les parents et/ou l’enseignant. Il pourra ensuite orienter vers une évaluation plus approfondie si le score est significatif.

Cette étude est la première étude quantitative de la faisabilité du questionnaire de Conners abrégé version parent en consultation de médecine générale en France. Réalisée en Rhône-Alpes en 2023 auprès de 29 médecins généralistes ayant administré au total 231 questionnaires, elle visait à évaluer son intégration dans leur pratique courante.
Les résultats sont notables : Ce questionnaire est rapide, 75 % des passations ont duré moins de 5 minutes. L’acceptabilité parentale a été excellente. 72 % des médecins estiment que son usage systématique est possible et 79 % pensent qu’il améliore la qualité du dépistage, en sensibilisant parents et praticien, et en ouvrant le dialogue sur un sujet jugé parfois tabou. 12,5 % des questionnaires sont revenus positifs, un chiffre supérieur à la prévalence nationale. Cela peut suggérer un sous-dépistage persistant, mais aussi la nécessité de compléter ce questionnaire de dépistage par d’autres évaluations.

Cette étude montre que le Conners abrégé est un outil simple, peu chronophage et bien accepté, qui pourrait aider à améliorer le dépistage du TDAH en soins primaires. Son intégration au carnet de santé et aux logiciels médicaux, sa traduction en plusieurs langues et son utilisation par la médecine scolaire pourraient encore renforcer son impact.

Diagramme de participation à l'étude

Proposition d'orientation au décours d'un questionnaire positif

Questionnaire de Conners abrégé version parents

 

 

Prix des start-up en santé mentale

Prix du public : Feel

 

Prix du comité scientifique : Kwit

Tous les travaux de recherche du Congrès 2026

 

 

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