Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Autisme et troubles du sommeil : comment prescrire la mélatonine ?

Mis à jour le jeudi 3 décembre 2020

Résumé du Symposium présidé par les Pr Carmen Schröder et Dr Stéphanie Bioulac lors du Congrès du Sommeil 2020

Epidémiologie

Cette session très instructive et pratique a permis de rappeler que les troubles du spectre de l’autisme (TSA) touchent environ 1% de la population avec environ 70 à 80% de ces enfants qui présentent des troubles du sommeil. Ces troubles du sommeil sont quatre fois plus fréquents que chez des enfants sans TSA, et sont responsables d’une aggravation des symptômes de la maladie mais aussi de ses comorbidités notamment cognitives et comportementales.

Le traitement de ces troubles du sommeil associe toujours en première ligne des approches thérapeutiques non médicamenteuses intégrant des conseils psycho-éducatifs aux parents, des approches centrées sur l’adoption de bonnes habitudes veille-sommeil (hygiène de sommeil), et des interventions comportementales. L’ensemble de ces approches non médicamenteuses sont résumées dans des ressources pédagogiques destinées aux professionnels et aux parents, et disponibles librement sur le site du réseau Morphée.
Malheureusement, ces approches sur les habitudes de sommeil et les comportements ne sont efficaces que chez 25% des enfants avec TSA contre 80% chez les enfants sans TSA. Donc il existe une vraie difficulté chez les patients avec TSA à traiter les altérations du sommeil par les approches non médicamenteuses conventionnelles. De plus, la Pr Schröder alerte sur le fait de ne pas épuiser les parents et de ne pas s’acharner trop longtemps sur ces mesures si elles ne fonctionnent pas.

Prise en charge médicamenteuse

Dans ces situations d’insomnie chronique et d’échec de ces mesures non médicamenteuses, la mélatonine à libération prolongée a une indication de première ligne. Une forme pédiatrique très petite sous forme de mini-comprimés de taille de granules d’homéopathie (Slenyto®) a été développée dans ce but, suite à la demande de l’agence européenne du médicament. Une large étude internationale a été menée et a démontré des bénéfices sur le sommeil à 3 mois chez des enfants avec TSA. Ces effets étaient cliniquement significatifs avec une augmentation du temps total de sommeil d’environ 1 heure, une amélioration de la latence d’endormissement d’environ 40 minutes et une amélioration du maintien du sommeil d’environ 78 minutes. L’amélioration du sommeil a permis une amélioration significative du comportement des enfants et de la qualité de vie des parents. L’étude a duré jusqu’à deux ans de traitement (en ouvert) pour évaluer la tolérance qui s’est avérée bonne.

Plusieurs cas cliniques ont permis de rappeler que Slenyto® doit être initié à 2 mg par jour, avec une première évaluation des effets à 15 jours. Une augmentation est possible à 5 mg par jour et au total jusqu’à 10mg par jour. L’évaluation de la réponse au traitement doit être basée sur les critères cliniques du sommeil et du comportement pendant la journée. Concernant le retard de phase de sommeil, souvent associé dans les troubles pédopsychiatriques, il faudrait plutôt privilégier la mélatonine à libération immédiate en préparation magistrale qui synchronise davantage l’horloge biologique de par son pic de libération.

Il est rappelé que le Slenyto® a l’AMM dans le traitement de l’insomnie chez les enfants présentant un TSA ou un syndrome de Smith-Magenis. Des comorbidités éventuelles paraissent également bénéficier de ces effets de la mélatonine, en particulier les autres troubles neurodéveloppementaux comme le TDAH.

Dr Pierre A. GEOFFROY
MCU-PH, Université de Paris
Responsable adjoint du département de Psychiatrie et d’Addictologie Bichat-BeaujonNeuroscientifique dans l’unité INSERM UMR1141, équipe NeoPhen

Dossier Congrès du Sommeil 2020

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