Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

La lumière : de nouveaux mécanismes pour des effets vieux comme l'humain !

Mis à jour le jeudi 3 décembre 2020

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Résumé du Symposium présidé par le Dr Pierre A. Geoffroy lors du Congrès du Sommeil 2020

L’horloge endogène

Claude Gronfier débute ce symposium en rappelant que nous avons tous une horloge endogène dont la période est proche de 24 heures, avec une synchronisation de ces rythmes principalement par la lumière perçue au niveau de photorécepteurs rétiniens dits à mélanopsine (ipRGC). La lumière n’est pas qu’un synchroniseur de l’horloge, elle a également des effets directs multiples (cognitifs, humeur, vigilance, récompense, etc).

Des données de l’équipe de Claude Gronfier indiquent que la lumière a des effets beaucoup plus rapides que ce que l’on pensait : une constriction maximale de la pupille est obtenue en 1 seule minute, il en est de même pour la température corporelle qui augmente après 5 min, et l’activité corticale en réponse à la lumière qui est maximale entre 4 à 7 min. De manière intéressante, il démontre une rythmicité circadienne de la sensibilité à la lumière pour les 3 classes de photorécepteurs : ipRGC, cônes et bâtonnets. Ceci ouvre de nombreuses pistes car cette rythmicité pourrait être impliquée dans des réponses non-visuelles cognitives, cardiovasculaires, métaboliques, ou encore dans la régulation de l’humeur.

La lumière comme thérapeutique

Patrice Bourgin traite par la suite la question de la privation de sommeil et de l’environnement lumineux. C’est un enjeu car la privation de sommeil est de plus en plus fréquente en population générale et entraîne de nombreuses conséquences médicales. Quand on parle de privation de sommeil on parle de processus de régulation homéostasique de sommeil (en d’autres termes de la pression de sommeil).
De premières études chez la souris montrent que des souris sans mélanopsine ont une réponse homéostasique moins importante, et qui augmente avec la dose de lumière. Ces effets ont été confirmés chez l’Homme.
Enfin, de manière intéressante, ce lien apparait bidirectionnel puisque la privation de sommeil entraîne également une diminution de l’expression de la mélanopsine. Cette communication souligne donc l’importance de définir les conditions d’exposition lumineuse, notamment en fonction de la privation éventuelle de sommeil.

Enfin, Pierre Geoffroy traite la question de la lumière comme traitement dans la dépression. Plusieurs études présentées par Pierre Geoffroy observent des effets de la lumière sur l’horloge biologique, sur la vigilance (même en situation de privation de sommeil), et aussi de manière directe sur les centre de régulation des émotions et de l’humeur. Ceci est étayé par la découverte très récente de trajets neuronaux directs entre la rétine et des structures de régulation des émotions comme l’habenula latérale ou le noyau perihabinulaire.
Par ailleurs, la luminothérapie modifie directement l’expression du transporteur de la sérotonine dans des régions telles que le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal, impliquées dans la dépression. Enfin, une méta-analyse récente confirme la luminothérapie comme traitement de 1ere ligne de l’épisode dépressif saisonnier ou non, unipolaire ou bipolaire. La luminothérapie semble présenter une taille d’effet comparable aux antidépresseurs et la combinaison serait plus efficace que les antidépresseurs seuls.

Dr Pierre A. GEOFFROY
MCU-PH, Université de Paris
Responsable adjoint du département de Psychiatrie et d’Addictologie Bichat-BeaujonNeuroscientifique dans l’unité INSERM UMR1141, équipe NeoPhen

Dossier Congrès du Sommeil 2020

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