Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Rêves et états de conscience

Mis à jour le mardi 16 février 2021

dans

Résumé du Symposium présidé par Pr Isabelle Arnulf lors du Congrès du Sommeil 2020

La réalité des rêves

En préambule la Pr Isabelle Arnulf introduit la Pr Francesca Siclari qui travaille en Suisse à Lausanne et qui est une des grandes neurologues et chercheuses internationales à s’intéresser au rêve. Elle a réalisé un travail scientifique retentissant sur le rêve, publié dans Nature neurosciences et identifiant des corrélats neuronaux du rêve.

Francesca Siclari nous rappelle que quand nous rêvons nous sommes déconnectés de l’environnement qui nous entoure. Néanmoins les rêves sont des expériences vraies, parfois fortement sensorielles, qui peuvent être ainsi considérés comme une forme de conscience. Quels sont les corrélats de la conscience pendant le sommeil ? Aserinksy et Kleitman découvrent le sommeil paradoxal en 1953 et ils observent très rapidement que pendant ce stade il y avait très souvent du rêve (dans 74% des cas). Effectivement, nous confirmons aujourd’hui que dans 80% des cas on peut rapporter des expériences de rêve lors du réveil en sommeil paradoxal.

Ces expériences peuvent être hallucinatoires, parfois complexes, ont une structure narrative et avec de nombreuses similarités entre les rêves et l’expérience de veille. Il y a une grande qualité sensorielle dans le rêve. Ainsi quand on voit un visage, on ne l’imagine pas seulement, on le voit vraiment. Il y a une continuité thématique entre le rêve et la réalité.
Les aires visuelles associatives, temporales et occipitales, le cingulum antérieur, l’amygdale, les circuits impliqués dans les émotions, sont des régions très impliquées dans le rêve. D’autres régions, notamment frontales, sont plutôt désactivées dans le rêve, et par exemple peuvent donner lieu à une diminution de la capacité de la mémoire de travail.

Il existe une déconnexion sensorielle à l’environnement pendant le rêve pour laquelle actuellement nous n’avons pas identifié anatomiquement le filtre. Il existe également une déconnexion motrice, particulièrement présente pendant le sommeil lent profond et le sommeil paradoxal. Il est maintenant connu que nous ne rêvons pas qu’en phase de sommeil paradoxal, mais dans tous les stades de sommeil. 

On sait maintenant que les ondes lentes représentent un certain fonctionnement des neurones thalamo-corticaux qui varient dans un rythme on/off, et l’on pense que ce mode de décharge des neurones interfère avec la capacité des neurones à produire des états de conscience, et donc du rêve. Ces silences neuronaux altèrent la capacité à être conscient et donc à produire du rêve, et sont particulièrement présents au début de sommeil.
Donc l’onde lente avec le silence neuronal diminuent la capacité à produire du rêve. On sait maintenant que les ondes lentes ont une distribution hétérogène des ondes lentes. L’onde lente et le silence neuronal ne sont pas spécifiques du sommeil lent profond, mais peuvent aussi survenir en état de veille ou dans les autres stades de sommeil.

Ces résultats impliquent pour l’étude des rêves que des approches peuvent être locales plutôt que globales, avec de possibles contrastes sommeil paradoxal/non-paradoxal, et l’étude de patients ayant peu ou beaucoup de réveils.

Neuroimagerie des rêves

Francesca Siclari a utilisé l’EEG à haute densité dans ses études sur le rêve. L’expérience de rêve était interrogée de la manière suivante : « quelle était la toute dernière chose qui vous passait par la tête avant votre réveil ? ». La première étude a comparé l’état de rêve et d’inconscience, et observe que les expériences oniriques sont associées à une augmentation de la puissance spectrale dans la bande gamma (20-50Hz) localisée dans les régions parieto-occipitales mais aussi dans les régions frontales.

Une seconde étude s’est intéressée à la comparaison entre l’activité EEG au cours des pensées versus la perception. Il existe des activations localisées spécifiques au contenu des expériences oniriques (visages, pensées, cadre spatial, langage). De manière intéressante, ces activations sont similaires à celles observées en veille lors de la perception de mêmes contenus, et suggère donc fortement que ces récits de rêves reflètent des expériences qui ont lieu pendant le sommeil (et pas seulement des confabulations produites au réveil).

Une troisième étude a réussi à prédire dans le sommeil à ondes lentes la présence de conscience en se basant sur le rapport basses/hautes fréquences EEG dans les régions cérébrales postérieures. La décomposition de cette zone appelée zone chaude postérieure a été étudiée avec une détection automatique de chaque onde lente et avec l’extraction des paramètres de cette onde lente. Il a été observé deux types d’ondes lentes (I et II) avec des changements opposés au cours de la nuit et des propriétés associées différentes à l’EEG.

Ces travaux ouvrent de fantastiques perspectives cliniques pour mieux comprendre les parasomnies (comme les troubles du comportement en sommeil paradoxal), l’insomnie paradoxale, l’hypersomnie, les rêves épiques (hyperonirisme) et la narcolepsie avec des rêves lucides.

Dr Pierre A. GEOFFROY
MCU-PH, Université de Paris
Responsable adjoint du département de Psychiatrie et d’Addictologie Bichat-BeaujonNeuroscientifique dans l’unité INSERM UMR1141, équipe NeoPhen

Dossier Congrès du Sommeil 2020

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