Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Marqueurs cognitifs et résistance aux traitements du trouble obsessionnel-compulsif

Publié le jeudi 25 février 2021

dans

Auteurs

DOOLUB D.1,2, VIBERT N.2, BOTTA F.1, MILLET B.3, HARIKA-GERMANEAU G.1, JAAFARI N.1,4

1 Unité de Recherche Clinique Pierre Deniker du Centre Hospitalier Henri Laborit, Poitiers, France. , Poitiers, FRANCE
2 Centre de Recherches sur la Cognition et l’Apprentissage; CNRS; Université de Poitiers; Université de Tours; Poitiers, France, Poitiers Et Tours, FRANCE;
3 Institut du Cerveau et de la Moelle, UMR 7225 CNRS, INSERM, Sorbonne Université et Département de Psychiatrie Adulte, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris, France, Paris, FRANCE;
4 Laboratoire de Neurosciences Expérimentales et Cliniques, INSERM U 1084, Université de Poitiers; INSERM CIC-P 1402; CHU de Poitiers; Poitiers, France., Poitiers, FRANCE

Résumé

Introduction

Dans le trouble obsessionnel-compulsif (TOC), l’anxiété induite par les obsessions et/ou les compulsions est invalidante. Environ 50% des patients atteints sont résistants aux traitements. L'étiopathogénie du TOC et les facteurs qui déterminent la résistance des patients aux traitements restent mal connus. Plusieurs études associant la psychiatrie à la psychologie cognitive ont montré des altérations des capacités cognitives des patients, notamment des fonctions exécutives de régulation des comportements. Les modèles psychologiques identifient parmi les fonctions exécutives quatre composantes principales : la mise à jour de la mémoire de travail, la flexibilité mentale, l’inhibition des réponses automatiques et l’inhibition des informations non pertinentes. Dans cette étude, nous avons étudié les liens entre ces composantes exécutives et la résistance aux traitements des patients, la sévérité de leur pathologie, et leurs signes neurologiques mineurs (SNM).

Méthode

Soixante-six patients atteints de TOC suivis depuis 1 à 30 ans ont réalisé des tests évaluant les différentes composantes de leurs fonctions exécutives, leur mémoire de travail, et leurs SNM. Les fonctions exécutives de 36 de ces patients ont été comparées avec celle de participants contrôles appariés en âge, sexe et niveau d’éducation. Différentes analyses statistiques, incluant des régressions multivariées, ont testé les liens entre ces scores et deux échelles qui évaluent la résistance aux traitements des patients, la première selon les améliorations cliniques obtenues et la deuxième selon les traitements testés antérieurement et restés inefficaces.

Résultats

75% des patients ont été classés comme résistants aux traitements. Parmi les composantes exécutives, seule la capacité des patients à inhiber les réponses automatiques, évaluée par le test de Stroop, prédisait la résistance aux traitements : plus les capacités d’inhibition des patients étaient faibles, plus ils étaient résistants (β = -.41, p = .001). Indépendamment de la sévérité de la pathologie, les patients présentaient des déficits modérés de plusieurs fonctions exécutives comme la flexibilité mentale (t(35) = 1.67, p = 0.05) et de leur mémoire de travail visuo-spatiale (t(29) = -1.94, p < 0.05) par rapport aux participants contrôles. Cependant, les données suggèrent qu'une partie de ces déficits pourrait être due à la propension des patients à toujours vérifier ce qu'ils font plutôt qu'à une véritable altération de leurs capacités exécutives. Enfin, contrairement à la résistance aux traitements, la présence de SNM chez les patients était fortement corrélée à des performances inférieures dans presque tous les tests exécutifs.

Conclusion

Ces résultats, à confirmer, suggèrent que le test de Stroop pourrait être utilisé en contexte clinique pour anticiper le niveau de résistance aux traitements des patients à traiter et adapter d’emblée les traitements administrés en première intention.

 

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