Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Neuroleptiques : rôle préventif ou curatif face à la COVID19 ?

Publié le vendredi 12 février 2021

Auteurs

YEFERNI R.1, COULON S.1, MOULIER V.1, REKIK M.1, CHELOUAH S.1, BOUAZIZ N.1, YEKHLEF W.1, JANUEL D.1

1 Etablissement public de santé Ville Evrard, Neuilly Sur Marne, FRANCE

Résumé

Introduction

En 2020, la COVID19 constitue le nouveau problème majeur de santé publique mondiale par le nombre de cas répertoriés (plus de 37 Millions pour 1M 75 décès). En mars 2020, les psychiatres s’attendaient à ce que la population de patients psychiatriques soit particulièrement atteinte par cette pandémie. Les médecins craignaient  que soit difficile le respect des gestes barrières, et que la présence des facteurs de vulnérabilité somatique aggrave la COVID19 chez ces patients.
L’objectif de cette étude a été d’évaluer le pronostic des patients hospitalisés dans l’établissement public de santé mentale de Ville-Evrard et de dégager les éventuels facteurs de bon pronostic.

Méthode

Etude rétrospective de l’ensemble des patients COVID19 hospitalisés entre le 17/03/2020 et le 02/06/2020.
Les données socio-démographiques, cliniques et médicamenteuses ont été recueillies.
Une analyse comparative entre les formes graves et pauci-symptomatiques a été réalisée afin d’établir des facteurs pronostiques à l'aide de tests du Khi-deux (ou de tests Exact de Fisher en cas de faibles effectifs).

Résultats

Le groupe de 79 patients hospitalisés (41,8% de femmes versus 58,2% d'hommes) âgés 43,8 (11,93) ans. 31 patients avaient au moins un facteur de risque COVID19 grave dont le plus fréquent était l’hypertension artérielle (20,3%). 29 patients présentaient un tabagisme actif soit 36,7%. 41,7%  des sujets présentaient une schizophrénie.
Le diagnostic de la COVID19 était posé sur la PCR chez 66 patients (83,6%) et par le scanner thoracique chez 8 patients (10%).
64,6% des patients avaient une forme pauci-symptomatique (n=51 patients).
La durée d’hospitalisation moyenne en unité COVID-psychiatrie était de 11,9 (9,26) jours.
Seuls 12,5% des patients sous traitement neuroleptique de première génération (Chlorpromazine posologie moyenne 300mg, Cyamémazine posologie moyenne 92,5mg) avaient des complications versus 31,9% pour les neuroleptiques de deuxième génération (p=0,047) dont 10 patients (12,7%) étaient transférés en unités de soins intensifs avec un décès.
Le tabac n’a pas été retrouvé comme facteur protecteur (p=0,104).

Conclusion

Notre étude représente la plus grande cohorte française de patients psychiatriques atteints de la COVID19, en 2020. On constate une bonne évolution des patients COVID+ suivis en psychiatrie malgré les différentes comorbidités associées. Les résultats peuvent s’expliquer par :

  1. Le bon respect des gestes barrières par les patients hospitalisés
  2. La prise en charge somatique précoce systématique
  3. Et enfin, les traitements neuroleptiques de première génération qui semblent avoir un effet protecteur (curatif ou préventif) contre ce virus (M.Plaze, L’Encéphale 2020).

La question d'une étude randomisée en double aveugle testant les neuroleptiques de première génération dans cette indication serait à discuter afin de confirmer ces premiers résultats dans la population générale.

 

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