Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Usage régulier de cannabis : impact du système magnocellulaire en EEG

Publié le vendredi 11 mars 2022

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Auteurs

REMY I.1,2, SCHWITZER T.2,4,5, ALBUISSON É.3, SCHWAN R.2,4,5, BERNARDIN F.1,2, LAPRÉVOTE V.1,2,5

  1. Inserm U1114, Strasbourg, France
  2. Centre Psychothérapique de Nancy, Laxou, France
  3. Unité de méthodologie et gestion des données statistiques, MPI, Nancy, France
  4. Inserm U1254, Nancy, France
  5. Maison des addictions, Nancy, France

Résumé

Introduction

L’usage régulier de cannabis altère les fonctions cognitives de haut niveau. Cependant, des anomalies de neurotransmission ont été répertoriées dès la rétine, amenant à la question de l'impact de l'usage régulier de cannabis sur le traitement d’entrée du signal visuel cortical. Puisque les voies magnocellulaires et parvocellulaires sont impliquées dans l’encodage des informations visuelles temporelles et spatiales, cette étude vise à comparer les réponses électrophysiologiques visuelles corticales d’usagers réguliers de cannabis et de contrôles avec des stimuli visuels filtrés en fréquences spatiales et temporelles.

Méthode

45 usagers réguliers de cannabis et 25 contrôles ont expérimenté un EEG durant la projection de grilles présentées à basses fréquences spatiales (BFS - 0,5 cycles/degré) ou à hautes fréquences spatiales (HFS - 15 cycles/degré), projetées de manière statique (0Hz) ou mobile (8Hz). Nous avons analysé l'amplitude, la latence et l'aire sous la courbe (ASC) de deux potentiels évoqués visuels : la P100 et la N170. Les données intergroupes ont été comparées avec des ANCOVA intégrant la covariable "nombre de verres d'alcool par semaine".

Résultats

Les usagers réguliers de cannabis ont montré une diminution de l’amplitude P100 par rapport aux contrôles. Une interaction FS*Groupe (F(1,67)=4.43 ; p=0.04) suivie d’une analyse post-hoc a montré que l'amplitude P100 était plus faible chez les usagers réguliers de cannabis que chez les contrôles lors des BFS (p<0,01). Une interaction FT*Groupe (F(1,67)=4.35 ; p=0.04) suivie d’une analyse post-hoc a montré que l'amplitude P100 était plus faible chez les usagers réguliers de cannabis que chez les contrôles durant la condition mobile (p<0,05).

Similairement, une interaction FS*Groupe (F(1,67)=4,31 ; p=0,04) a indiqué que l’ASC P100 était plus faible lors des BFS (p<0,01) et une interaction FT*Groupe (F(1,67)=7,65 ; p<0,01) a montré que l’ASC P100 était plus faible durant la condition mobile (p<0,01), le tout chez les usagers réguliers de cannabis comparés aux contrôles.

Nous n'avons trouvé aucune différence sur la latence P100 (F(1,67)=0,11; p=0.74) l'amplitude N170 (F(1,67)=0,78 ; p=0,38) ; l'ASC N170 (F(1,67)=1,34 ; p=0,25) ou la latence N170 (F(1,67)=3,09 ; p=0,10).

Conclusion

Les usagers réguliers de cannabis ont montré une diminution significative de l'amplitude et de l'ASC P100 en condition de BFS et mobile. Étant donné la sensibilité préférentielle du système magnocellulaire aux informations de BFS et de mouvements, ces résultats plaident donc en faveur d’une déficience du système visuel magnocellulaire induite par des dysfonctionnements glutamatergiques. La consommation régulière de cannabis est un facteur de risque accru de schizophrénie et la bibliographie mentionne des anomalies visuelles magnocellulaires dans cette pathologie. Des études supplémentaires sont ainsi requises pour clarifier les déficits électrophysiologiques dans les deux populations.

 

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