Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'insomnie chronique vue par le psychiatre - Editorial

Mis à jour le mardi 28 novembre 2023

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"Ne croyez donc jamais d'emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s'ils peuvent dormir encore ? ... Si oui, tout va bien. Ca suffit". Louis-Ferdinand Céline.

Philippe Fossati

Pr Philippe Fossati, La Pitié Salpétrière, Paris

Le psychiatre sait bien que les troubles du sommeil sont des indicateurs fidèles de troubles psychiatriques, qu’ils soient anxieux, post-traumatiques, dépressifs, maniaques ou délirants. Comme dans le bâtiment on pourrait presque affirmer à la suite de LF Céline ‘quand le sommeil va, tout va’.

Et pourtant, 65 % des psychiatres, participant à une enquête récente de ‘l’Encéphale Online’ sur l’insomnie, se déclarent peu ou pas informés sur l’insomnie et en particulier l’insomnie chronique.

Dans ce dossier spécial, le Pr Pierre-Alexis Geoffroy et le Dr Julia Maruani, nous font une synthèse clinique et thérapeutique des données cliniques et thérapeutiques les plus récentes sur l’insomnie. L’insomnie chronique affecte 10 % de la population et se définit comme la persistance de plaintes de sommeil au moins trois fois par semaine et pendant une période d'au moins trois mois. Le tableau clinique s’accompagne d’un retentissement diurne cognitif et émotionnel. La plainte insomniaque doit être évaluée systématiquement dans les troubles psychiatriques car elle est non seulement plus fréquente qu’en population générale mais surtout un facteur pronostic. Les troubles du sommeil sont ainsi associés à une augmentation du risque suicidaire dans les troubles de l’humeur et particulièrement dans la dépression.

Il a parfois été dit qu’il s’écoulait à peine une quinzaine de minutes entre le moment où un patient exprimait une plainte de sommeil et la prescription d’un hypnotique par le praticien. Le Pr PA Geoffroy et le Dr J Maruani nous rappellent la nécessité de caractériser de manière précise la plainte insomniaque, en s’aidant éventuellement d’examens complémentaires comme l’agenda de sommeil, l’actigraphie et la polysomnographie. La TCC-i et l’e.TCC-i sont les premiers traitements recommandés de l’insomnie chronique avec un taux remarquable d’efficacité durable de l’ordre de 60 %. Les hypnotiques type Z drug et les benzodiazépines sont utilisés en seconde intention. Enfin, des nouveaux traitements tels que les antagonistes de l’orexine ouvrent des perspectives thérapeutiques nouvelles basées sur une physiopathologie renouvelée.

La prise en charge de l’insomnie comorbide à une affection psychiatrique implique bien évidemment un traitement du trouble associé mais également une intervention associée sur le sommeil. Ce peut être l’utilisation de la thérapie d’aménagement des rythmes sociaux (TIPARS) ou de la chronothérapie (Luminothérapie) et /ou de la mélatonine dans les troubles dépressifs.

Merci au Pr PA Geoffroy et au Dr J Maruani de nous sensibiliser à la problématique des troubles du sommeil dont la psychiatrie dans son ensemble devrait s’emparer pour le bien-être de nos patients.

Pr Philippe Fossati

Dossier spécial sur l'insomnie chronique

 

 

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