Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Marqueurs biologiques prédictifs de l'évolution d'un Premier Episode Psychotique (PEP)

Mis à jour le vendredi 8 mars 2024

Auteurs

Raphaël TERRISSE (1), Florian STEPHAN (1), Michel WALTER (1), Christophe LEMEY (1)

  1. CHU Brest, Brest, FRANCE

Résumé

Introduction

La survenue d’un Premier Episode Psychotique (PEP) chez un patient, souvent jeune, représente un véritable carrefour aux trajectoires pathologiques multiples (fig1). En effet, pour la majorité des patients un PEP signe l’entrée dans un trouble psychiatrique sévère : psychotique ou de l’humeur tandis que près d’un cinquième ne récidivera jamais. Dans nos pratiques, le principal enjeu, celui d’une prise en charge précoce et ciblée, vient se heurter à l’insuffisance de nos outils cliniques pour prédire avec certitude vers quel trouble va évoluer un patient après un PEP. La recherche de biomarqueurs lors d’un PEP est l’une des pistes privilégiées pour tenter de répondre à cette problématique. Notre étude visait à identifier les marqueurs biologiques les plus prometteurs, se dégageant des données existantes comme les meilleurs candidats à la prédiction de l’évolution post-PEP.

Méthode

Nous avons réalisé une revue systématique de la littérature conformément aux critères PRISMA en interrogeant 6 bases de données (PubMed,PsychINFO,Scopus,Embase,Web of Science,Cochrane) à la recherche de travaux étudiant les capacités discriminantes de marqueurs biologiques pour prédire l’évolution post-PEP (flow chart). Sur 2732 articles, 9 ont été inclus dans l’analyse finale.

Résultats

Trois grands domaines biologiques d’intérêts ont été étudiés : la génétique, la métabolomique et le système immunitaire. Les études inclues présentaient des méthodologies hétérogènes avec globalement 2 approches : l’une ciblée avec marqueurs individuels, l’autre à large spectre avec marqueurs multimodaux ou composites.
Les approches ciblées mettaient en évidence des capacités discriminantes statistiquement significatives en analyses ROC pour le taux d’expression des gènes AKT1 (AUC=0.768 ; p=0.001) et DICER1 (AUC=0.812 ; p=1.706x10-4), le taux de production des interleukines (IL) 6 (AUC=0.9571 ; p=0.0002), 12p40 (AUC=0.9154 ; p=0.0008) et 1-β (AUC=0.800 ; p=0.0139) et le taux circulant de (Growth-Associated Protein 43) GAP-43 (AUC=0.7795 ; p=0.009).
Les résultats des études de plusieurs marqueurs composites questionnaient les conceptions nosographiques catégorielles entourant le PEP : le risque d’évolution vers une trajectoire thymique ou psychotique s’exprimant le long d’un spectre continu traversant les catégories diagnostiques.

Conclusion

Notre étude est la première à réunir des données transversales soulignant l’intérêt des marqueurs biologiques pour l’aide à la prédiction des trajectoires post-PEP (fig2). Les candidats les plus prometteurs émergeants de la littérature sont :  l’IL-6, l’IL-12p40, l’IL-1β, la protéine GAP-43 et le taux d’expression des gènes AKT1 et DICER1.

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