Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Troubles du sommeil : un marqueur différentiel clinique des épisodes dépressifs

Publié le lundi 15 septembre 2025

 

La dépression constitue un syndrome hétérogène dont l’expression clinique varie considérablement d’un patient à l’autre. Les multiples catégories de dépression proposées par nos systèmes de classification (8 catégories diagnostiques et 9 spécifications dans le DSM 5) sont parfois source de confusion et peu aidantes pour le choix des traitements. Cependant, parmi les formes les plus fréquentes, on distingue les dépressions inhibées, caractérisées par un ralentissement psychomoteur global, et les dépressions présentant des caractéristiques mixtes, où les symptômes dépressifs coexistent avec des signes d’activation1.

Au-delà de la symptomatologie thymique et psychomotrice, les troubles du sommeil apparaissent comme un marqueur clinique pertinent pour différencier ces deux entités. Dans les dépressions inhibées, l’hypersomnie est fréquemment rapportée : allongement du temps de sommeil, difficulté au réveil, inertie matinale et somnolence diurne. Ce profil s’intègre dans le tableau général d’apathie et de retrait, renforçant le handicap fonctionnel et le risque de chronicisation. Au-delà de la clinophilie parfois évoquée, il existe de manière objective une augmentation du temps de sommeil2.

À l’inverse, les dépressions mixtes s’accompagnent plus volontiers d’insomnies. Ces dernières concernent aussi bien l’endormissement que la continuité du sommeil, souvent décrit comme fragmenté et non réparateur. L’hyperactivation psychique, l’agitation motrice, la tension interne et l'hyperréactivité émotionnelle qui caractérisent la mixité thymique semblent entretenir cette fragmentation du sommeil. L’insomnie chronique contribue alors à l’instabilité émotionnelle et à l’impulsivité, augmentant significativement le risque suicidaire.

Ces différences cliniques ne sont pas anecdotiques : elles orientent la prise en charge. Dans les dépressions inhibées, la régulation du rythme veille-sommeil et la prévention d’une aggravation de l’hypersomnie sont essentielles, en complément du traitement antidépresseur. Dans les formes mixtes, il est important de contrôler l’insomnie qui peut être un facteur aggravant de l'instabilité thymique.

En conclusion, l’étude des troubles du sommeil dans la dépression dépasse la simple description symptomatique. Elle permet d’affiner la caractérisation clinique, de guider les choix thérapeutiques et ouvre des perspectives de recherche sur le rôle du sommeil comme biomarqueur potentiel de la dépression et de ses sous-types.

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Références : 

1. Henry C, M’Baïlara K, Poinsot R, Casteret AA, Sorbara F, Leboyer M, Vieta E. Evidence for two types of bipolar depression using a dimensional approach. Psychother Psychosom. 2007;76(6):325-31
2. Bazin B, Frija-Masson J, Benzaquen H, Maruani J, Micoulaud Franchi JA, Lopez R, Philip P, Bourgin P, Lejoyeux M, d'Ortho MP, Geoffroy PA. Major depressive disorder with hypersomnolence complaint: A comparison study with non-depressed individuals examining objective biomarkers. J Affect Disord. 2024 May 1;352:422-428. doi: 10.1016/j.jad.2024.02.056. Epub 2024 Feb 15. PMID: 38364977.

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