Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Comment dépister le TDAH en médecine générale chez l'enfant ?

Mis à jour le mardi 15 septembre 2026

Auteurs

KESSLER E. (1), GUYOT S. (2)

(1) CH Annecy Genevois, Annecy, FRANCE; (2) CHUGA, Grenoble, France

Résumé

Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est le trouble du neurodéveloppement (TND) le plus fréquent dans le monde, avec une prévalence en France estimée à 6 % des enfants. Ses conséquences sont multiples : difficultés relationnelles, décrochage scolaire, perte d’estime de soi, comportements à risque, addictions, surmortalité, tensions familiales... Dans plus de deux tiers des cas, il est associé à d’autres troubles, psychopathologiques ou neurodéveloppementaux, renforçant les difficultés de l’enfant et de sa famille.

Un diagnostic précoce est crucial : il permet une prise en charge globale (adaptations de l’environnement, psychoéducation, traitement médicamenteux si besoin, etc.), limitant ses répercussions. Pourtant, en France, le retard diagnostique est de trois ans, et jusqu’aux deux tiers des enfants concernés ne seraient pas identifiés. Les profils moins bruyants, notamment chez les filles, sont particulièrement sous-diagnostiqués.

Le médecin généraliste, qui suit la majorité des enfants, occupe une place centrale dans le processus de dépistage. Parmi les outils à sa disposition, le questionnaire de Conners abrégé (version parent et enseignant) est recommandé par la Haute Autorité de Santé. Il permet d’évaluer l’inattention, l’impulsivité et l’hyperactivité, triade symptomatique, à travers 10 items notés par les parents et/ou l’enseignant. Il pourra ensuite orienter vers une évaluation plus approfondie si le score est significatif.

Cette étude est la première étude quantitative de la faisabilité du questionnaire de Conners abrégé version parent en consultation de médecine générale en France. Réalisée en Rhône-Alpes en 2023 auprès de 29 médecins généralistes ayant administré au total 231 questionnaires, elle visait à évaluer son intégration dans leur pratique courante.

Les résultats sont notables : Ce questionnaire est rapide, 75 % des passations ont duré moins de 5 minutes. L’acceptabilité parentale a été excellente. 72 % des médecins estiment que son usage systématique est possible et 79 % pensent qu’il améliore la qualité du dépistage, en sensibilisant parents et praticien, et en ouvrant le dialogue sur un sujet jugé parfois tabou. 12,5 % des questionnaires sont revenus positifs, un chiffre supérieur à la prévalence nationale. Cela peut suggérer un sous-dépistage persistant, mais aussi la nécessité de compléter ce questionnaire de dépistage par d’autres évaluations.

Cette étude montre que le Conners abrégé est un outil simple, peu chronophage et bien accepté, qui pourrait aider à améliorer le dépistage du TDAH en soins primaires. Son intégration au carnet de santé et aux logiciels médicaux, sa traduction en plusieurs langues et son utilisation par la médecine scolaire pourraient encore renforcer son impact.

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