FORT A. (1), NGUON A. (1), BARRE L. (2), VELOSO M. (1), PAUWELS N. (2), SCOLAN V. (1)
(1) CHU Grenoble Alpes, La Tronche, FRANCE; (2) Fédération Régionale de Recherche en Psychiatrie et Santé Mentale des Hauts-de-France, Saint-André-Lez-Lille, France
Introduction
Le suicide dans les espaces publics constitue un enjeu majeur de santé publique, exacerbant le risque de contagion suicidaire tout en étant accessible à des stratégies de prévention ciblées. L’identification des lieux publics les plus concernés, appelés « hotspots suicidaires », est essentielle pour la mise en place d’interventions efficaces. Pourtant, malgré leur importance dans les dispositifs nationaux de prévention du suicide, aucun outil systématique ne permet actuellement d’identifier et de surveiller ces sites.
Cette étude a pour objectif d’identifier rétrospectivement les hotspots suicidaires dans la région Auvergne-Rhône-Alpes (ARA), à partir des données des rapports médico-légaux des personnes décédées par suicide et découvertes dans cette région. Elle vise également à fournir des données épidémiologiques sur ces événements afin de mieux les caractériser et orienter ainsi les actions de prévention.
Méthodes
Une analyse rétrospective des rapports médico-légaux (2016-2022) des Instituts médico-légaux de Grenoble, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne et Lyon a été conduite en collaboration avec le programme Papageno. L’étude inclut tous les suicides d’adultes survenus en région ARA. Un hotspot suicidaire a été défini comme un lieu public spécifique où au moins deux suicides ont été recensés durant la période d’étude.
Résultats
L’analyse a permis d’identifier 54 hotspots suicidaires, représentant 159 suicides sur une période de 7 ans. Les 5 principaux hotspots regroupent à eux seuls environ un quart des suicides survenus dans ces lieux. Les types de hotspots les plus fréquemment identifiés incluent des barrages, des rivières, des ponts et des viaducs, parfois situés à plusieurs dizaines de kilomètres du domicile des victimes. Les suicides dans les lieux publics concernent majoritairement des hommes d’âge moyen, et plus de la moitié des individus présentaient des facteurs de risque de passage à l’acte. Les modes opératoires les plus courants étaient la submersion volontaire et la pendaison.
Conclusion
L’identification des hotspots suicidaires à partir des données médico-légales s’avère une approche à la fois fiable et précise. Cependant, l’amélioration des rapports médico-légaux, notamment par une documentation plus systématique des lieux de passage à l’acte, permettrait d’en renforcer l’exhaustivité. Le nombre élevé de hotspots recensés soulève des questions importantes sur la définition et la priorisation de ces sites à risque. Cette étude souligne également le rôle essentiel des médecins légistes en santé publique, qui contribuent à la collecte de données d’intérêt collectif. Nos résultats appuient la nécessité de poursuivre la formation des acteurs de prévention et d’étendre le déploiement des sentinelles. Enfin, l’extension prospective de cette méthodologie à d’autres régions pourrait favoriser la mise en place d’une veille sanitaire nationale continue, afin de mieux comprendre et prévenir les suicides dans les lieux publics.