Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Vers une psychiatrie durable : l'éco-prescription en action

Mis à jour le vendredi 9 octobre 2026

Auteurs

BRUNN M. (1,2), BERNA F. (3), BOUNOURE F. (4), TAILLEMITE S. (5), FOND G. (6)

(1) Sciences Po, Paris, FRANCE; (2) Centre de santé de Belleville, Paris, FRANCE; (3) Université de Strasbourg, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Strasbourg, FRANCE; (4) Laboratoire de Pharmacie Galénique, UFR de santé, Normandie Univ, UNIROUEN, NORDIC, INSERM 1239, Rouen, FRANCE; (5) Ecovamed, Paris, FRANCE; (6) Université d’Aix-Marseille, Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille, CEReS-S, Marseilles, FRANCE

Résumé

Introduction
La prescription d’antidépresseurs augmente en France, avec des enjeux cliniques (iatrogénie, dépendances) et environnementaux : les médicaments représentent près d’un tiers des émissions de GES du secteur de la santé. À efficacité comparable, toutes les options n’ont pas la même empreinte carbone. L’éco-prescription – choisir, lorsque c’est possible, le traitement au plus faible impact – constitue un complément pragmatique du raisonnement clinique en psychiatrie.

Méthode
Analyse de l’empreinte carbone (kgCO₂eq.) d’antidépresseurs courants à partir d’Ecovamed® (ACV « du berceau à la porte », modélisation hybride input-output, inclusion PA, formulation, emballage, transport, facteurs organisationnels). L’unité fonctionnelle est la dose journalière normalisée sur 28 jours. Les molécules et dosages ont été comparés à dose équivalente selon Hayasaka et al. (escitalopram 18 mg, fluoxétine 40 mg, miansérine 101,1 mg, mirtazapine 50,9 mg, paroxétine 34 mg, sertraline 98,5 mg, venlafaxine 149,4 mg), avec des ajustements pragmatiques aux spécialités disponibles (ex. paroxétine 30 mg). Nous mettrons ces données en perspective avec des éléments d’écotoxicité (p. ex. indices PBT, contamination des milieux) lorsque disponibles.

Résultats
Une corrélation positive – non toujours linéaire – est observée entre dose définie journalière (DDJ) et empreinte carbone. À dose équivalente, l’empreinte varie de plus du simple au double entre escitalopram (plus faible) et miansérine (plus élevée). L’écart entre la moyenne des molécules (1,91 kgCO₂eq/28 j) et la plus sobre (escitalopram) atteint 619 gCO₂eq/28 j. Rapportée à la consommation nationale d’antidépresseurs (58 DDJ/1000 habitants), une substitution systématique vers les options à plus faible DDJ permettrait d’économiser ~25 000 tCO₂/an (≈16 000 AR Paris–New York). Scénarios : (A) primo-prescription d’un épisode dépressif caractérisé—remplacer sertraline par escitalopram : –35 % ; (B) besoin sédatif—mirtazapine plutôt que miansérine : –36 %. (Voir Figure 1 du Poster).

Conclusion
L’éco-prescription en psychiatrie est immédiatement mobilisable, à coût neutre, et compatible avec la personnalisation des soins : à efficacité comparable, privilégier la molécule la plus active (DDJ la plus faible) réduit l’empreinte et peut générer des gains populationnels substantiels. Des limites existent (non-interchangeabilité stricte de certaines molécules, exclusions de duloxétine/vortioxétine des équivalences, biais d’ajustement de doses), sans invalider l’orientation générale. L’intégration de l’éco-prescription dans les recommandations, la formation et l’aide à la décision constitue un levier concret d’une psychiatrie durable.

 

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