Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Se réveiller pendant les ECTs ?

Mis à jour le jeudi 10 septembre 2026
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L'électroconvulsivothérapie (ECT) est un traitement non pharmacologique de neurostimulation destiné aux troubles psychiatriques sévères et résistants, comme la dépression, les troubles bipolaires, la schizophrénie ou la catatonie. Réalisée sous anesthésie générale, elle consiste à induire une brève crise comitiale (20 à 60 s en moyenne) par stimulation électrique transcrânienne. L'efficacité du traitement est indéniable avec une efficacité approchant les 80%. Les procédures se sont standardisées et améliorées (notamment avec la stimulation unilatérale), les techniques de titration permettent de trouver la charge minimale efficace, diminuant ainsi les effets secondaires et améliorant la tolérance de ce traitement.

La réalisation des ECTs exige une anesthésie courte et légère associant un hypnotique et un curare. Peu de données existent sur la sécurité anesthésique, ce qui peut soulever encore certaines interrogations cliniques. L'éveil peropératoire avec mémorisation (AAWR), redouté pour ses conséquences psychotraumatiques, suscite donc des inquiétudes légitimes face aux spécificités de cette anesthésie ultra-courte. C’est le sujet  auquel l’équipe de Camille Rouvière et al. du CHU de Nantes s’est intéressée dans une récente étude rétrospective sur l'incidence de ce phénomène.

 

L'étude a analysé 4 994 séances administrées à 194 patients entre 2020 et 2024. Les résultats révèlent une prévalence d'éveil de 1,2 pour mille séances, un taux très inférieur aux données de la chirurgie générale, qui sont évaluées à 1 sur huit cents. Cette sécurité remarquable s'explique d'abord par la forte standardisation de la procédure et l'expertise croisée des équipes psychiatriques et anesthésiques. La durée extrêmement brève de l'anesthésie et l'absence totale de stimuli chirurgicaux douloureux limitent drastiquement les déclencheurs de réveil. Par ailleurs, l'amnésie antérograde et rétrograde inhérente à la crise comitiale masque très certainement de nombreux épisodes ponctuels de mémorisation peropératoire.

 

L'analyse des AAWR indique une vulnérabilité accrue durant la phase de consolidation du traitement. Lors de la phase aiguë, les posologies élevées de certains traitements et les perturbations cognitives liées à la maladie psychiatrique modifient l'encodage mnésique. En consolidation, la restauration des fonctions cognitives s'accompagne d'une réduction clinique volontaire des posologies anesthésiques, visant à limiter les effets indésirables. Conjuguée à une potentielle tolérance pharmacologique au propofol et à une baisse de vigilance des équipes médicales, cette sédation volontairement plus superficielle peut favoriser la mémorisation.

Les patients concernés décrivent le plus souvent une paralysie angoissante ressentie à l'induction ou au réveil. Si cette expérience traumatisante a entraîné l'arrêt des soins pour un tiers des patients touchés, la grande majorité a pu poursuivre le traitement en toute sécurité. Ce maintien thérapeutique est porté par l'amélioration psychiatrique majeure perçue par le patient et par une prise en charge immédiate, garantissant l'ajustement strict du protocole anesthésique.

 

 

Conclusion

L'électroconvulsivothérapie confirme un profil de sécurité anesthésique nettement supérieur aux chirurgies standards, infirmant les craintes d'un risque d'éveil majoré. Néanmoins, les répercussions psycho-traumatiques potentielles exigent la mise en place d'un dépistage systématique de la mémorisation après chaque séance, avec une vigilance redoublée en phase de consolidation. Une intervention psychothérapique précoce est indispensable pour rassurer le patient et préserver l'alliance thérapeutique. L'optimisation future de la procédure pourrait passer par le déploiement d'outils de monitorage neurophysiologique spécifiquement calibrés pour les anesthésies ultra-brèves. Comme celà est fait avec la titration des charges, une telle approche permettrait de diminuer davantage les risques anesthésiques en personnalisant la sédation. Le perfectionnement de ce type d’anesthésie participerait à l’amélioration de l'acceptabilité de cette thérapeutique fondamentale en psychiatrie moderne.

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