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La disparition des symptômes dépressifs ne signifie pas toujours le rétablissement du patient. Parmi les symptômes persistants, la somnolence diurne excessive reste insuffisamment reconnue, alors qu'elle peut compromettre la qualité de vie, le fonctionnement cognitif, la reprise des activités et la sécurité des patients.
Pour répondre à cet enjeu, le groupe Sommeil et Psychiatrie (SoPsy) de l'Association française de psychiatrie biologique et de neuropsychopharmacologie (AFPBN) publie dans L'Encéphale un premier consensus national consacré à la somnolence diurne résiduelle de la dépression (rEDS-dep)1, accompagné d'un éditorial proposant une nouvelle approche du raisonnement clinique : le « blob décisionnel »2.
Reconnaître un syndrome au-delà des symptômes dépressifs
La rEDS-dep désigne la persistance, malgré l'amélioration des symptômes centraux de la dépression sous traitement adapté, d'une altération de l'éveil présente quotidiennement ou presque depuis plus de trois mois. Elle peut associer somnolence excessive, hypovigilance, allongement du temps de sommeil, siestes involontaires ou inertie du sommeil, avec un retentissement fonctionnel significatif.
Cette reconnaissance syndromique suppose toutefois d'écarter d'autres explications : symptômes dépressifs persistants, effets sédatifs des psychotropes, insuffisance de sommeil, perturbations circadiennes ou troubles du sommeil comorbides.
Une évaluation multidimensionnelle et une prise en charge graduée
Élaboré par onze experts en psychiatrie et médecine du sommeil selon la méthode du groupe nominal, le consensus propose une démarche pratique articulant quatre dimensions : définition, évaluation, traitement et suivi.
L'évaluation repose sur la caractérisation des symptômes et de leur retentissement, l'analyse des traitements et des comportements de sommeil, ainsi que l'utilisation d'outils adaptés : agenda du sommeil, questionnaires multidimensionnels et actimétrie ou explorations spécialisées selon les indications. Parmi ces outils, l'Hypersomnia Severity Index (HSI), récemment validé en français dans un échantillon national de 1 000 adultes, permet d'évaluer conjointement les différents symptômes de somnolence et leurs retentissements fonctionnels3. L'évaluation du risque accidentel, notamment lors de la conduite, constitue également une priorité4.
La prise en charge initiale privilégie l'optimisation des psychotropes, la réduction des traitements sédatifs lorsque cela est possible, la régularisation des rythmes veille-sommeil, la luminothérapie et les adaptations professionnelles. Les traitements éveillants peuvent être discutés en seconde intention, chez certains patients présentant un retentissement persistant, avec une surveillance psychiatrique et somnologique rapprochée.
Du raisonnement linéaire au « blob décisionnel »
L'originalité de ces travaux réside également dans leur représentation du raisonnement clinique. Contrairement à un arbre décisionnel imposant une succession de choix, le « blob » permet d'explorer simultanément plusieurs déterminants susceptibles de coexister et d'interagir.
Cette approche dynamique articule évaluation, intervention et réévaluation, sans présumer d'une cause unique. Elle invite ainsi les psychiatres à considérer la somnolence résiduelle non comme un simple symptôme secondaire, mais comme une problématique clinique à part entière.
L'enjeu est finalement de dépasser la seule rémission symptomatique pour mieux accompagner le rétablissement fonctionnel des patients, grâce à une prise en charge coordonnée entre psychiatrie, médecine générale et médecine du sommeil.