Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Recommandations pour switcher et arrêter les antidépresseurs

Mis à jour le jeudi 20 septembre 2018

dans

Switching and stopping antidepressants

C. Gauthier, P. Abdel-Ahad, R. Gaillard

Résumé

La dépression est une pathologie fréquente, qui touche une personne sur cinq au cours de sa vie. On estime, par ailleurs que 60 % des patients ne répondent pas ou seulement partiellement, à un traitement antidépresseur après une première ligne de traitement bien conduite. Dans ce contexte, il est souvent nécessaire de changer la première molécule choisie pour une seconde molécule (« switch »), ce afin d’obtenir la rémission des symptômes dépressifs. Il existe différentes méthodes de « switch ». Un « switch » entre deux molécules doit respecter certaines règles, prenant en compte les caractéristiques en lien avec la première et la seconde molécule utilisée, et les caractéristiques en lien avec l’individu.

L’objectif d’un « switch » réussi est de garantir l’efficacité de la seconde molécule introduite afin de traiter l’épisode dépressif, tout en diminuant le risque de survenue de symptômes de discontinuation dus à l’arrêt de la première molécule, et en limitant le risque d’interactions médicamenteuses entre les deux traitements. La période de « switch » est une période particulièrement délicate qui nécessite un suivi rapproché. Les patients doivent être informés des symptômes pouvant survenir durant le « switch » (symptômes de discontinuation et recrudescence de symptômes anxieux ou dépressifs). Cet article reprend les différentes méthodes permettant de switcher de façon optimale un traitement antidépresseur.

Introduction

La dépression est une pathologie fréquente, qui touche environ 20 % de la population sur la vie entière [1]. Toutefois, ses mécanismes physiopathologiques sont encore mal connus. Les traitements antidépresseurs actuellement commercialisés agissent essentiellement sur la transmission monoaminergique, en stimulant la neurotransmission sérotoninergique, noradrénergique et/ou dopaminergique par divers mécanismes [2]. Cependant, ces traitements ne s’avèrent parfois que partiellement efficaces. On estime que 60 % des patients ne répondent pas ou seulement partiellement, au traitement antidépresseur après une première ligne de traitement bien conduite ; ils sont encore 33 % à n’avoir pas répondu au traitement après quatre lignes d’antidépresseurs [2,3].

Dans un premier temps, en cas d’absence de réponse à un traitement, il convient de rechercher les causes possibles d’inefficacité du traitement, comme une éventuelle inobservance, la survenue d’un effet indésirable ayant conduit le patient à arrêter ou diminuer son traitement, des interactions médicamenteuses ou encore une éventuelle comorbidité (addictive, psychiatrique ou somatique). L’effet clinique d’un antidépresseur apparaît généralement dans les 2 premières semaines du traitement, mais dans certains cas la réponse peut être plus tardive et il est recommandé d’attendre 4 à 6 semaines avant de juger de l’efficacité d’un traitement [4,5]. En cas d’absence de réponse thérapeutique avérée, il est alors primordial de savoir comment optimiser le traitement afin d’obtenir une rémission clinique. Diverses stratégies sont préconisées par les recommandations internationales. Une première option simple consiste à augmenter la dose de l’antidépresseur afin d’atteindre une dose thérapeutique efficace. Il est également possible de remplacer le premier antidépresseur inefficace par un second, d’une même classe ou d’une classe thérapeutique différente. Des stratégies d’association et de potentialisation sont également recommandées dans certains contextes [6–8]. Le « switch » (changement d’une molécule vers une autre) est donc une technique très répandue. Il doit être réalisé dans des conditions optimales, ce afin de limiter les symptômes de discontinuation éventuels, dus à l’arrêt de la première molécule, de permettre une instauration adaptée et sûre de la seconde molécule, de limiter les effets indésirables en lien avec d’éventuelles interactions médicamenteuses et, in fine, de garantir la meilleure efficacité possible du nouveau traitement choisi. Il est classique d’attribuer à tort à l’introduction d’un nouveau traitement des effets secondaires qui sont en fait liés à l’arrêt du précédent traitement ou aux effets combinés de ces deux traitements : une telle conclusion peut conduire à interrompre à tort le nouveau traitement, privant le patient de ses bénéfices potentiels

Il existe des règles pour switcher en toute sécurité d’une molécule à une autre, celles-ci dépendent des caractéristiques pharmacocinétiques et pharmacodynamiques de la première et de la seconde molécule. En effet, la demi-vie des molécules, leur métabolisme par les cytochromes, leurs effets secondaires propres sont autant de critères à prendre en compte. Les caractéristiques en lien avec le patient sont aussi à relever : antécédents d’effets indésirables ou de syndrome de discontinuation avec une molécule donnée, âge, grossesse, insuffisance rénale ou hépatique, sévérité de la dépression.

Cet article regroupe les éléments à prendre en compte afin d’arrêter et de switcher un antidépresseur de façon optimale.

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