Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Burnout - Le pivot du soin : le médecin traitant

Mis à jour le jeudi 5 novembre 2020

Bien souvent, un patient ne consulte pas son médecin de famille pour un burnout mais parce qu’il présente des troubles du sommeil, des migraines, des dorso-lombalgies ou des cervicalgies, de l’irritabilité, un manque d’entrain, des crises de larmes… C’est par l’interrogatoire que le médecin va associer la symptomatologie de son patient à un éventuel épuisement au travail.

La mission diagnostique du clinicien se fera dans le cadre de la nosographie psychiatrique déjà existante et éprouvée. Par son expérience, aidé d’échelles consacrées, il investiguera les pathologies fréquentes dans ces situations telles qu’un trouble anxieux, un état de stress post-traumatique, un trouble de l’adaptation, un épisode dépressif caractérisé, etc.

Cette consultation doit être l’occasion d’un bilan somatique visant à rechercher une pathologie organique associée qui aurait pu se manifester par certains des symptômes cités précédemment. Le manque de spécificité des signes évocateurs d’un burnout (douleurs atypiques, perte de poids, fatigue, etc.) imposent ainsi l’élimination d’une cause physique aux manifestations constatées1. À l’inverse, cette situation de stress chronique peut elle-même devenir source de complications physiques (infarctus du myocarde, HTA, ulcère digestif, diabète, etc.).

Chaque situation est singulière et mérite des mesures personnalisées. Cette prise en charge est à construire avec le travailleur-patient. La première étape consiste généralement en l’éloignement du travail, malgré les risques de difficultés au retour2. L’arrêt de travail est le plus souvent conséquent et il s’étale sur plusieurs semaines voire mois. Il prendra la forme d’un arrêt maladie rédigé par le médecin de famille avec pour objectif le repos, la reconstruction identitaire, la réflexion et la renaissance du désir de travailler et, peut-être, la possibilité de retour au travail.

Parmi les affections définissant la souffrance psychique en lien avec le travail, les troubles rapportés le plus fréquemment par les médecins du travail sont les troubles anxieux et dépressifs mixtes1. La prescription d’un traitement médicamenteux par le médecin généraliste, un antidépresseur par exemple, est recommandée dans le cadre strict de ses indications (troubles anxieux, troubles dépressifs). La prescription d’un traitement antidépresseur vise au traitement de la pathologie identifiée avec l’objectif d’obtenir un état compatible avec la vie quotidienne, dont le travail. Il faut rappeler la problématique de la prescription trop fréquente d’anxiolytiques en France, à l’origine de dépendances. Outre ce type de dépendance, il faut rechercher dans le contexte d’un burnout d’autres dépendances, notamment à l’alcool.

Comme le rappelle l’Académie de Médecine2, le terme de burn-out ne peut donc être actuellement un diagnostic médical. Son usage extensif conduit à confondre détresse (ou fatigue) et pathologie émotionnelle : seule celle-ci justifie un traitement notamment médicamenteux ayant apporté la preuve de son efficacité dans le cadre nosographique défini. Dans le même ordre d'idées, le diagnostic de burnout ne figurera jamais sur un arrêt de travail et encore moins dans un certificat médical. D’une part il ne s’agit pas à ce stade d’une pathologie médicale reconnue, et d’autre part et surtout cela consisterait une violation caractérisée de la déontologie médicale : en cas de plainte de l’employeur cela conduirait systématiquement à une sanction ordinale puisque le médecin doit rapporter des symptômes et le cas échéant des diagnostics mais sans établir un lien de causalité, ce que seule une expertise pourrait faire.

De nombreux auteurs commencent, on l’a vu, à questionner la pertinence de ce concept aux limites floues3. Ainsi, pour Durand-Moreau (2015), la distinction entre burnout et épisode dépressif ne semble ni nette, ni claire, ni même opérante en termes de thérapeutique4.

À ce jour aucune pathologie mentale ne figure dans le tableau des maladies professionnelles de la CNAM. Néanmoins, les « dépressions d’épuisement » peuvent être reconnues en tant que tel « hors tableau ». Le recours s’effectue devant les « Comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles »2.

Dr Éric HENSGEN
Centre Hospitalier Rouffach

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Références

  1. HAS. Fiche mémo « Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel ou burn-out ». Mars 2017.
  2. Olié JP, Légeron P. « Le burn-out ». Rapport de l’Académie nationale de médecine. Paris, 2016.
  3. Bianchi R, Schonfeld I, Verkuilen J. A five-sample confirmatory factor analytic study of burnout-depression overlap. J Clin Psychol. 2020 Apr; 76(4):801-821.
  4. Durand-Moreau Q, Dewitte JD. La création d’un tableau de maladie professionnelle pour le syndrome d’épuisement professionnel (burnout) n’est pas une bonne réponse pour sa prévention. Décembre 2015. La Presse Médicale 44(12):1215-1218.

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