Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Dépression résistante : l’art de la guerre

Mis à jour le mardi 13 avril 2021

Dans cette description de l’organisation des soins, c’est la philosophie des soins qui devient perceptible : « la forme, c’est le fond qui refait surface », nous a appris Victor Hugo. Comment concevoir la réponse à la dépression résistante ?

D’un côté, sa définition impose de prendre le temps puisqu’elle passe par des critères de durée, au travers des deux lignes de traitement menées. De l’autre, plus le temps passe, plus sévère est le pronostic. Ce n’est pas seulement l’effet de la toxicité cérébrale de la dépression qui, certes, a été très bien été caractérisé. C’est aussi l’effet des conséquences sociales de la dépression : perturbation du fonctionnement du couple et de l’ensemble de la famille, désinsertion professionnelle et stigma de la dépression.

Et il faut aussi prendre la mesure de l’errance dans les soins au gré de la non réponse aux premières lignes de traitement, ou encore de la résignation trop rapide à réduire nos ambitions thérapeutiques, forme de capitulation précoce. En somme la dépression résistante constitue en soi un paradoxe : il faut attendre pour poser le diagnostic, et l’attente aggrave le pronostic.

Face à ce constat, faut-il changer de grille de lecture ? Dans d’autres disciplines médicales, les soins sont d’emblée plus intenses, visant à éradiquer au plus tôt la maladie. On les qualifie parfois d’agressifs, pour limiter la dissémination de la maladie, par exemple le cancer. Ne faudrait-il pas pour la dépression résistante s’en inspirer ?

Il faudra certes en respecter la définition, mais en évitant d’être pusillanime, en se gardant de considérer plus ou moins consciemment qu’au-delà de deux lignes la cause est perdue. Il faudrait même considérer que c’est au moment même du diagnostic de dépression résistante, dès qu’il est possible, qu’il faut intensifier la prise en charge.

L’alternative n’est pas entre l’offensive et l’attente, l’objectif est de répondre présent à un moment pivot de la maladie dépressive, celui de la définition de la résistance. C’est dès ce stade qu’il faut mener une offensive proportionnée à l’enjeu pour éviter de s’embourber. Pour soigner un patient déprimé, il faut savoir redoubler d’énergie.

Claire Jaffré
Interne de Psychiatrie, Doctorante en Neurosciences
Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière, Paris

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