Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Le développement de la médecine personnalisée en psychiatrie, à la recherche de biomarqueurs

Publié le lundi 30 mai 2022

Anne-Cécile Petit propose un compte rendu de session sur le thème de la médecine personnalisée en psychiatrie, en direct du Congrès de l'American Psychiatric Association 2022 (Nouvelle-Orléans, USA, 21-25 mai 2022).

Dans une session consacrée à l’approche de la psychiatrie basée sur les circuits neuronaux, le Dr Amit Etkin, professeur associé de psychiatrie à l’Université de Stanford, a développé l’idée d’une personnalisation nécessaire des traitements dans le champ de la psychiatrie. De façon générale, la nécessité d’une meilleure adaptation des traitements et interventions thérapeutiques au profil de chaque patient a été évoquée dans de nombreuses sessions.

Le Dr Etkin expliquait que l’échec dans le développement de nouveaux traitements pouvait être dû à différents points : la difficulté à transposer les données rassemblées chez les modèles animaux à l’être humain, l’absence de cibles précises au niveau cérébral due à l’absence de modèles physiopathologiques et enfin, et surtout, la très grande hétérogénéité des patients souffrant d’un trouble donné.

Les études cliniques sont ainsi basées sur des groupes de patients souffrant d’une pathologie selon le DSM-5, or ces pathologies ne sont pas liées à une altération donnée d’une structure cérébrale ou d’une tâche cognitive précise.
Par exemple, la diminution de l’épaisseur du cortex préfrontal, qui est souvent discutée en psychiatrie, est commune à presque toutes les pathologies psychiatriques, et non spécifique d’un trouble donné (Goodkind M et al, JAMA Psy, 2015).
L’hétérogénéité des patients entraine la mise en évidence d’effets faibles des traitements lors d’études en méta-analyse alors que les études montrent avant tout que seule une minorité de patients répondent au traitement -mais répondent très bien.
Il paraît donc essentiel de déterminer les caractéristiques de ces patients répondeurs afin de pouvoir proposer à chaque patient le traitement auquel il est susceptible de répondre.

Dans le domaine de l’état de stress post-traumatique, le Dr Etkin a ainsi cherché à caractériser des sous-groupes de patients répondeurs ou non à une psychothérapie centrée sur le trauma en fonction de marqueurs à l’EEG et à l’IRM fonctionnelle (Etkin et al, Transl Med, 2019 ; Toll RT et al, AJP, 2020).
De même, dans le domaine de la dépression, les modifications de profils EEG au bout d’une semaine de traitement par sertraline permettait de déterminer quels seraient les patients répondeurs à 8 semaines (Rolle et al, JAMA Psy, 2020). De façon intéressante, selon cette analyse, les groupes de non répondeurs à la sertraline correspondaient à des patients plus susceptibles de répondre à un traitement par rTMS.
L’analyse des profils EEG en lien avec une réponse à un traitement donné peut être améliorée par des procédés d’intelligence artificielle, qui sont en cours de mise au point (Fonzo GA et al, Nat Hum Behav, 2019 ; Wu W et al, Nat Biotech, 2020 ; Zhang Y et al, Nat Biomed Eng, 2021).

En conclusion, le Dr Etkin soulignait que nous n’avions pas forcément besoin de trouver de nouvelles molécules pour améliorer les soins aux patients, mais plutôt de cibler le bon groupe de patients pour la bonne intervention thérapeutique.

Dr Anne-Cécile Petit
GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences

Dossier Congrès APA 2022

Ce contenu vous est proposé avec le soutien institutionnel de Janssen

Janssen - Pharmaceutical companies of Johnson & Johnson

 

Dernières actualités

Soins sans consentement : une bombe à retardement

Dans cette session de l'Encéphale 2022, nos experts tentent d'analyser l'évolution de la loi sur l'isolement et la contention et sa mise en pratique dans le contexte actuel, avec toute la complexité qui réside dans le maintien d'un équilibre nécessaire entre droit et sécurité.

Soigner par les drogues ?

Dans cette session de l'Encéphale 2022 consacrée aux drogues, Laurent Karila commence par prôner l'utilisation de la thérapie agoniste et de la thérapie assistée par MDMA pour traiter les troubles addictologiques.

Les temps forts du Congrès de l'American Psychiatric Association 2022

Le Congrès annuel de l'American Psychiatric Association a lieu à la Nouvelle-Orléans (Louisiane, États-Unis) du 21 au 25 mai 2022. Les Drs. Anne-Cécile Petit et Maud Rotharmel sont sur place pour couvrir l'événement pour l'Encéphale online...

1+1=3 : Pour une psychiatrie augmentée

Avec le développement des technologies numériques dans le domaine de la santé mentale, de nombreuses questions s’ouvrent à nous. Cette session aborde les avantages et les limites de ces outils connectés.