Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L’insomnie chronique : une pathologie à part entière

Mis à jour le lundi 22 septembre 2025

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L’insomnie chronique a longtemps été perçue comme étant surtout un symptôme, si bien que l’on parlait il y a encore quelques années d’insomnies primaires et secondaires. Les recommandations consistaient alors à en rechercher la cause afin de traiter la « source » du problème plutôt que la plainte de sommeil du patient.

Cela était particulièrement vrai en psychiatrie où la plupart des troubles sont pourvoyeurs de difficultés de sommeil. On partait donc du principe que l’insomnie était une conséquence et se résorberait avec la prise en charge de la pathologie sous-jacente.

Mais ce modèle a été totalement remis en cause. En effet de nombreux travaux ont démontré que :

  • Il existe une part non négligeable d’insomnies dites primaires ;
  • Dans une proportion importante d’insomnies secondaires, la problématique de sommeil s’auto-entretient et persiste après la résolution de la pathologie originelle ;
  • Il existe une relation bidirectionnelle entre l’insomnie et de nombreuses pathologies, en particulier dans la dépression et les troubles bipolaires. Considérer que le trouble du sommeil est nécessairement un symptôme du trouble de l’humeur peut alors constituer un biais protopathique et favoriser le risque de complication psychiatrique : si l’insomnie se révèle être antérieure à la dépression, voire sa cause, ne pas la prendre en charge de manière spécifique pourra favoriser la résistance de l’épisode thymique voire sa rechute.

A la lumière de ces avancées, on ne fait donc plus de distinction entre insomnie primaire et secondaire, mais l’on parle désormais d’insomnie avec ou sans comorbidité. Ce nouveau paradigme reconnaît donc à l’insomnie un statut de trouble autonome, au même titre que la pathologie qui peut lui être associée, et apporte ainsi une vision totalement renouvelée de sa prise en charge : en cas de plainte d’insomnie associée à un trouble psychiatrique, il est désormais recommandé de considérer et de traiter les deux à part entière, en privilégiant pour l’insomnie la thérapie cognitivo-comportementale, d’autant que celle-ci est aussi efficace avec ou sans la présence de comorbidités psychiatriques comme l’ont récemment rappelé les recommandations européennes de 20231.

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Références : 

1. Riemann D, Espie CA, Altena E, Arnardottir ES, Baglioni C, Bassetti CLA, Bastien C, Berzina N, Bjorvatn B, Dikeos D, Dolenc Groselj L, Ellis JG, Garcia-Borreguero D, Geoffroy PA, Gjerstad M, Gonçalves M, Hertenstein E, Hoedlmoser K, Hion T, Holzinger B, Janku K, Jansson-Fröjmark M, Järnefelt H, Jernelöv S, Jennum PJ, Khachatryan S, Krone L, Kyle SD, Lancee J, Leger D, Lupusor A, Marques DR, Nissen C, Palagini L, Paunio T, Perogamvros L, Pevernagie D, Schabus M, Shochat T, Szentkiralyi A, Van Someren E, van Straten A, Wichniak A, Verbraecken J, Spiegelhalder K. The European Insomnia Guideline: An update on the diagnosis and treatment of insomnia 2023. J Sleep Res. 2023 Dec;32(6):e14035.

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