Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

La corticothérapie anténatale associée au risque de troubles mentaux et comportementaux chez l'enfant

Publié le lundi 25 mai 2020

WASHINGTON, 19 mai 2020 (APMnews) - La corticothérapie anténatale est associée à un risque augmenté de troubles mentaux et comportementaux chez les enfants exposés, plus particulièrement lorsqu'ils sont nés à terme, selon une étude finlandaise publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA).

La corticothérapie anténatale est le traitement standard utilisé en cas de menace d'accouchement imminent (dans les 7 jours) avant 34 semaines, afin d'accélérer la maturation foetale. Il réduit les complications liées à la prématurité, notamment le syndrome de détresse respiratoire.

Une réduction de la morbidité néonatale a aussi été observée lorsque ce traitement était administré après 34 semaines, et son utilisation a donc été recommandée, aux Etats-Unis, également pour les menaces d'accouchement prématuré imminent entre 34 et 36 semaines.

Toutefois les effets à long terme de l'exposition à la corticothérapie anténatale sont mal connus, en particulier chez les enfants qui, finalement, naissent à terme -la prédiction du jour de l'accouchement étant difficile. Il a été suggéré que les corticoïdes anténataux étaient associés à des altérations du développement neurologique des enfants et à des symptômes psychiatriques chez les jeunes adultes nés très prématurés.

Katri Räikkönen de l'université d'Helsinki et ses collègues ont examiné ces associations et cherché à savoir si le risque de troubles mentaux et/ou comportementaux était similaire chez les enfants exposés nés à terme ou prématurés, en contrôlant pour les facteurs de confusion intrafamiliaux.

Leur étude de cohorte rétrospective porte sur 670.097 enfants issus de grossesses monofoetales, nés entre janvier 2006 et décembre 2017, suivis en médiane pendant 5,8 ans. Parmi eux, 14.868 avaient été exposés in utero aux corticostéroïdes, dont 6.730 sont nés à terme et 8.138 prématurés. Parmi les 655.229 enfants non exposés, 634.757 sont nés à terme et 20.472 sont nés prématurément.

Les enfants exposés in utero à la corticothérapie avaient une incidence plus élevée de troubles mentaux et comportementaux que les non-exposés (12,01% contre 6,45%), et un risque relatif significativement augmenté de 33%.

Parmi les enfants nés à terme, le risque était également significativement plus élevé (+47%) chez les exposés que chez les non-exposés (8,89% contre 6,31%).

Chez les enfants nés prématurément, l'incidence des troubles mentaux et comportementaux était significativement plus élevée en cas d'exposition à la corticothérapie anténatale (14,59% contre 10,71%). Mais cette fois le risque relatif n'était pas significativement augmenté. Cela suggère que "la corticothérapie anténatale ne pose probablement pas de risque de troubles mentaux et comportementaux indépendants des complications et maladies liées à la prématurité", commentent les auteurs.

L'étude a également comparé les fratries, nées à terme, discordantes pour le traitement (un frère ou une soeur exposé aux corticostéroïdes anténataux, l'autre pas) aux fratries totalement non exposées. Les associations observées persistaient dans ces comparaisons, "suggérant que les facteurs de confusion intrafamiliaux n'expliquent pas ces associations".

"Ainsi, ces résultats suggèrent que bien que la corticothérapie maternelle anténatale réduise le risque de morbidité et mortalité néonatale, cette réduction du risque à court terme peut être contrebalancée par un risque à long terme plus élevé de troubles mentaux et comportementaux, du moins chez les enfants nés à terme après l'exposition au traitement", concluent-ils.

Ce risque semble d'une amplitude similaire à celui associé à d'autres facteurs comme le tabagisme maternel pendant la grossesse, notent-ils.

(JAMA, publication en ligne du 19 mai)

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