Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Médecine : les étudiants consomment plus de médicaments en première année, plus de produits psychoactifs la deuxième

Publié le jeudi 23 janvier 2020

PARIS, 23 janvier 2020 (APMnews) - Les étudiants en médecine de première année prennent davantage d'anxiolytiques et d'antidépresseurs que l'année suivante, où ils tendent à consommer plus d'alcool, de cannabis et de tabac, et dans cette population de manière plus générale, les idées suicidaires sont plus fréquentes que parmi les autres étudiants, selon deux études françaises.

Les premiers résultats ont été publiés par une équipe marseillaise dans Journal of Affective Disorders tandis que les seconds ont été présentés par des chercheurs parisiens en session orale du congrès de l'Encéphale, cette semaine à Paris.

Dans la première étude, Guillaume Fond et ses collègues de la faculté de médecine d'Aix-Marseille se sont intéressés à la consommation de produits psychotropes chez les étudiants en médecine, rappelant qu'environ la moitié des médecins connaissent une situation d'épuisement professionnel (burn-out) un jour dans leur carrière.

Quelques travaux ont montré que ces étudiants présentent des facteurs de risque de problèmes de santé mentale et d'addiction, suggérant qu'il serait intéressant d'avoir des actions de prévention ciblées dans l'objectif d'améliorer leur santé une fois devenus médecins et en conséquence, leurs capacités à prendre en charge leurs patients.

Les chercheurs se sont penchés sur la première année commune aux études de santé (Paces), qui est très sélective pour la filière de médecine en raison du numerus clausus, et l'année suivante du premier cycle des études de médecine (PCEM). Pour cela, ils ont interrogé respectivement 3.051 et 1.294 étudiants en particulier sur leur santé mentale, leur consommation de psychotropes licites ou non et leur qualité de vie.

Dans cet échantillon, les étudiants de première année avaient 18,9 ans en moyenne et l'année suivante, 19,8 ans ; les femmes étaient plus nombreuses (respectivement 77% et 66,8%).

Dans cette étude appelée BOURBON, l'analyse multivariée des données indique que les étudiants de deuxième année déclarent consommer significativement moins sur le plan statistique d'antidépresseurs et d'anxiolytiques que ceux en première année, avec un risque relatif rapproché (OR) de respectivement 0,21 et 0,56.

Ils rapportent davantage un suivi psychologique ou psychiatrique (OR de 1,95) mais fument plus au quotidien (OR de 1,78) et présentent davantage des troubles de l'usage du cannabis (OR de 2,37), de la consommation d'alcool potentiellement dangereuse (OR de 3,61) et une addiction (OR de 3,66).

Il apparaît par ailleurs que ce qui incite les étudiants à consommer des produits psychoactifs évolue : la deuxième année, ils déclarent moins de difficultés dans leurs études, mais reconnaissent chercher par ce biais un soulagement à leur anxiété, une désinhibition, des effets stimulants ou sédatifs. La consommation à visée récréative semble répondre à une pression sociale ou correspondre à un effet de groupe.

La qualité de vie en deuxième année semble légèrement meilleure, notamment pour le bien-être physique et émotionnel, la santé mentale et la douleur.

Ces résultats, qui doivent être confirmés dans d'autres études, notamment longitudinales, suggèrent qu'il est urgent de développer des programmes de prévention de santé mentale chez les étudiants de Paces et du premier cycle des études de médecine, concluent les chercheurs.

Plus de dépression en Paces qu'ailleurs

Dans la seconde étude, Ariel Frajerman de l'Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris (IPNP/Inserm) et ses collègues ont voulu comparer la prévalence de dépression et identifier les facteurs de risque parmi les étudiants en médecine et la population étudiante générale.

Pour cela, ils ont utilisé les données de l'enquête nationale de l'observatoire national de la vie étudiante de 2016, qui incluait 18 875 étudiants dont 2 409 étudiants en médecine. Parmi ces derniers, 975 étaient en Paces, 607 en phase préclinique (avant d'avoir des contacts avec les patients), 342 externes et 485 internes, selon le résumé de leur communication orale.

Globalement, la prévalence d'un épisode dépressif majeur, selon le questionnaire CIDI-SF, est similaire parmi les étudiants en médecine et ceux des autres filières, de respectivement 15,4% et 15,7%. Mais certaines filières ou années d'étude semblent davantage exposées à ce risque comme en Paces (OR de 1,74), en lettres/sciences humaines et sociales (OR de 1,39) et en droit ou économie (OR de 1,20).

L'analyse a par ailleurs identifié des facteurs de risque socio-démographiques de dépression pour l'ensemble des étudiants : avoir des difficultés financières importantes (OR de 2,93), avoir des parents dont le revenu mensuel net est inférieur à 1 500 € par mois (OR de 1,17), être boursier (OR de 1,11), être une femme (OR de 1,45) et célibataire (OR de 1,35). Etre étranger en mobilité semblait être un facteur protecteur (OR de 0,68).

Concernant les idées suicidaires au cours de l'année passée, la prévalence était également similaire parmi les étudiants en médecine (8,5%) et ceux des autres filières (8,7%) ainsi qu'entre les hommes (9%) et les femmes (8,5%). Les facteurs de risque associés aux idées suicidaires étaient les mêmes que pour l'épisode dépressif majeur, à l'exception du revenu mensuel des parents.

Il s'agit de la plus vaste étude transversale française réalisée sur la santé des étudiants. Elle montre des prévalences de l'épisode dépressif majeur et des idées suicidaires supérieures chez les étudiants (15,7% et 8,7% respectivement) par rapport à la population générale (9,8% et 4,7%), notamment les 18-24 ans. Les facteurs de risque identifiés pourraient permettre de mieux repérer les étudiants les plus vulnérables et proposer des mesures préventives, concluent les auteurs.

(Journal of Affective Disorders, édition en ligne du 15 janvier)

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