Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Moins d'AVC et de décès avec un substitut de sel chez des personnes à risque

Publié le mercredi 1 septembre 2021

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PARIS, 30 août 2021 (APMnews) - Un substitut de sel a permis de diminuer le risque d'accident vasculaire cérébral (AVC), d'événements cardiovasculaires majeurs et de décès chez des personnes à haut risque, dans une grande étude randomisée dont les résultats ont été présentés dimanche au congrès virtuel de l'European Society of Cardiology (ESC) et publiés en ligne par le New England Journal of Medicine (NEJM).

Une consommation élevée de sodium et basse de potassium est associée à une pression artérielle élevée et il a été montré que diminuer le sodium ou ajouter du potassium dans l'alimentation diminue la pression artérielle. Des substituts de sel combinant les deux effets ont donné des résultats positifs dans des essais randomisés, a rappelé Bruce Neal du George Institute à Sydney en Australie.

Mais jusqu'à présent, les effets de ces substituts de sel sur le risque cardiovasculaire n'étaient pas démontrés. Il y a un besoin d'essais cliniques, d'autant qu'un substitut de sel a un risque au moins théorique d'hyperkaliémie et qu'il existe des inquiétudes sur les possibles effets négatifs d'une réduction du sodium.

C'est pourquoi l'essai SSaSS a été lancé. Cet essai, conduit en ouvert, a comparé chez 20.995 personnes ayant un antécédent d'AVC ou ayant plus de 60 ans et une hypertension mal contrôlée un substitut de sel (75% de NaCl et 25% de KCl) et l'utilisation d'un sel habituel (100% NaCl).

L'essai a été conduit en Chine. Ce sont 600 villages qui ont été randomisés entre l'utilisation du substitut ou du sel normal. Le suivi était de 4,7 ans et l'objectif primaire l'effet de ce substitut sur le risque d'AVC. L'effet sur l'ensemble des événements cardiovasculaires majeurs et les décès toutes causes étaient les critères secondaires, et l'hyperkaliémie le critère de sécurité.

Les participants avaient en moyenne 65 ans, étaient pour moitié des femmes, avaient déjà eu un AVC dans 73% des cas et 89% étaient hypertendus.

Le substitut a permis de diminuer la pression artérielle systolique de 3,3 mmHg et la diastolique de 0,7 mmHg.

Le risque d'AVC a été significativement diminué de 14%.

Le risque d'événement cardiovasculaire majeur a été significativement diminué de 13%.

La mortalité a été significativement diminuée de 12%.

Il n'y a pas eu d'excès de risque d'hyperkaliémie, a indiqué Bruce Neal. Et il n'y avait pas de risque de mort subite cardiaque.

L'effet positif était observé quel que soit l'âge, le sexe, l'antécédent d'AVC, la présence d'un diabète, l'hypertension.

Ces résultats pourraient avoir un impact important pour la population dans le monde entier, a commenté le chercheur australien, rappelant que même si l'étude a été conduite dans un seul pays, "la relation entre la consommation de sel, la pression artérielle et le risque d'AVC est similaire" partout.

En pratique, "les producteurs de sel pourraient passer à la production en masse de substitut; l'industrie des produits alimentaires transformés pourrait reformuler les produits pour diminuer la teneur en sodium et augmenter celle en potassium; les gouvernements pourraient mettre en place des politiques promouvant la substitution et décourageant l'utilisation du sel; les consommateurs pourraient cuire et préserver la nourriture avec du substitut plutôt que du sel classique."

Invité à commenter ces résultats, Bryan Williams de l'University College à Londres a estimé que c'était "probablement l'étude la plus importante du congrès, et de congrès à venir", avec un "message très puissant".

Il a rappelé qu'il existe déjà des recommandations de diminution de la consommation de sel, "en dessous de 5 g par jour, correspondant à environ la moitié de ce que les participants de l'étude consommaient", mais comme l'a dit le présentateur de l'étude, cela reposait sur l'effet sur la pression artérielle. "Ce qu'on ne savait pas, c'était si réduire le sel alimentaire conduisait à une réduction du risque d'événement cardiovasculaire majeur".

L'étude, "pragmatique", de grande taille et de longue durée, permettait de diminuer l'apport en sel de 25% grâce au remplacement du sodium par du potassium. C'était une intervention "modeste" mais qui a donné un résultat significatif. Pour ce spécialiste, "le débat [sur l'intérêt de diminuer l'apport en sel] s'arrête là, et les interventions de santé publique peuvent commencer".

(NEJM, publication en ligne du 29 août)

Source : 

APM news

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