Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Près de 5% des femmes présentent des symptômes d'état de stress post-traumatique 2 mois après l'accouchement

Publié le vendredi 22 janvier 2021

PARIS, 20 janvier 2021 (APMnews) - Une femme sur 20, à risque obstétrical normal, présente un profil d'état de stress post-traumatique 2 mois après son accouchement, selon une étude française présentée au congrès virtuel Paris Santé Femmes.

Des éléments récents de la littérature scientifique suggèrent qu'un état de stress post-traumatique (ESPT) peut survenir après une expérience de la grossesse ou de la naissance vécue comme traumatisante, même lorsqu'aucun évènement considéré comme traumatique par l'équipe soignante n'est survenu, rappelle Alizée Froeliger (université de Bordeaux et Inserm à Paris) dans sa communication orale.

La littérature existante sur ce sujet présente certaines limites, tant sur la question de la prévalence que des facteurs de risque d'ESPT après l'accouchement. Certaines caractéristiques obstétricales, en outre, semblent associées à l'ESPT, mais cela nécessite une évaluation plus robuste, souligne-t-elle.

L'étude a consisté à estimer la prévalence de l'ESPT à 8 semaines après un accouchement par voie basse, chez des femmes à risque obstétrical standard, et à identifier les facteurs de risque d'ESPT à ce stade, parmi les caractéristiques maternelles, de la grossesse, du travail et de l'accouchement.

Pour cela ont été utilisées les données des femmes incluses dans l'essai multicentrique randomisé TRAAP1 qui évaluait l'acide tranexamique en prévention de l'hémorragie du post-partum. Il s'agissait de grossesses monofoetales, avec tentative d'accouchement par voie basse après 35 semaines d'aménorrhée. L'évaluation psychologique à 2 mois de l'accouchement était pré-spécifiée lors de la conception de l'étude. Des questionnaires psychométriques d'ESPT ont été envoyés 2 mois après l'accouchement.

Le recueil des facteurs de risque potentiels s'est fait de manière prospective du fait de la randomisation des patientes dès l'entrée en travail.

Sur les 4 079 femmes recrutées dans l'essai TRAAP1, 2 740 ont répondu au questionnaire Impact of Event Scale Revised (IES-R) et 2 785 au questionnaire Traumatic Event Scale (TES) évaluant l'ESPT. Selon les réponses aux différents critères, les patientes étaient identifiées comme ayant un "profil d'ESPT" ou un "diagnostic d'ESPT".

La prévalence de l'ESPT à 8 semaines selon l'IES-R était de 5,1% pour les "profils d'ESPT" et de 1,6% pour les "diagnostics d'ESPT".

Selon la TES, ces taux étaient respectivement de 4,9% et 0,4%.

L'analyse des caractéristiques des femmes associées à un "profil d'ESPT" selon l'IES-R fait ressortir, dans la plupart des modèles d'analyse utilisés, l'origine géographique hors Europe, les comorbidités psychiatriques et les antécédents d'interruption volontaire de grossesse (IVG) comme facteurs associés à un risque accru de "profil d'ESPT".

L'analyse de caractéristiques du déroulement de la grossesse, de l'accouchement et du post-partum fait ressortir l'hémorragie du post-partum et le mauvais vécu de l'accouchement comme facteurs associés à un risque accru de "profil d'ESPT", tandis que l'anémie n'y était pas significativement associée.

Ces résultats sur la prévalence sont "cohérents avec la littérature existante" et "apportent de l'information sur la prévalence de l'ESPT dans une population à risque obstétrical standard", avec une méthodologie robuste, souligne Alizée Froeliger. Elle note toutefois une sous-estimation possible de la prévalence, étant donné la sélection de la population.

Concernant les facteurs de risque, la nouveauté de ce travail est la mise en évidence de facteurs obstétricaux liés au risque d'ESPT après l'accouchement, qui reste présent après ajustement en fonction des facteurs de vulnérabilité qui étaient déjà connus (jeune âge, origine géographique, primiparité, antécédent d'IVG, comorbidités psychiatriques). En particulier, l'hémorragie du post-partum (HPP) semble associée de manière indépendante à la survenue d'ESPT, "ce qui suggère le caractère stressant de l'HPP et de sa prise en charge thérapeutique sur les femmes".

L'association forte entre mauvais vécu de l'accouchement et ESPT "nous amène à considérer cette variable comme un facteur de risque indépendant d'ESPT après l'accouchement, ou comme un marqueur précoce d'état psychologique altéré", commente la chercheuse.

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