Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Résultats préliminaires d'une neurostimulation personnalisée dans les TOC et la dépression

Publié le vendredi 22 janvier 2021

WASHINGTON, 18 janvier 2021 (APMnews) - Des séances de neurostimulation non invasive ciblant des réseaux de neurones spécifiques ont permis de réduire la sévérité de troubles obsessionnels compulsifs (TOC) jusqu'à trois mois et une nouvelle approche dans la stimulation cérébrale profonde a donné des résultats dans un cas de dépression pharmacorésistante, ouvrant la voie à une médecine personnalisée en psychiatrie, selon des résultats publiés par Nature Medicine.

Les mécanismes sous-jacents des TOC restent encore mal compris et aucun traitement réellement efficace n'est disponible. Cependant, selon une hypothèse émergente, les TOC correspondraient à des apprentissages inappropriés qui seraient associés à une neurophysiologie anormale au niveau de circuits neuronaux impliqués dans l'exécution de ces comportements, indiquent Shrey Grover et ses collègues de l'université de Boston dans une lettre.

Ces comportements excessifs semblent résulter d'un processus de récompense lors d'un apprentissage par renforcement en lien avec cette connectivité anormale.

Les chercheurs ont voulu savoir s'il était possible en modulant ces circuits, d'avoir un impact sur les mécanismes d'apprentissage qui se traduirait au niveau comportemental.

Pour cela, ils ont testé un système de neurostimulation non invasif, la stimulation transcrânienne par courant alternatif à haute définition (HD-tACS pour high-definition transcranial alternating current stimulation), appliquée au niveau du cortex orbitofrontal de 60 volontaires.

Il s'agissait d'abord de mesurer les oscillations bêta-gamma au cours d'un apprentissage renforcé dans une tâche associant des stimuli soit à un gain d'argent soit à une perte, et de voir l'effet d'une modulation de ces ondes, en double aveugle, au cours de cette tâche.

Les données suggèrent que la modulation des ondes a un effet sur la prise de décision lors d'un apprentissage renforcé par une récompense mais pas par une punition.

Les chercheurs ont ensuite exposé 64 patients avec des TOC à des séances de stimulation du cortex orbitofrontal, de manière randomisée en aveugle selon leurs ondes bêta-gamma ou selon une modulation alpha active (groupe contrôle), durant 30 minutes par jour pendant 5 jours.

Il apparaît que chez les patients stimulés de manière active, les TOC ont baissé de manière significative, avec une réduction d'environ 28% du score OCI-R à trois mois de suivi, alors qu'aucun changement n'a été observé dans le groupe contrôle. Les principaux effets étaient observés sur les comportements d'accumulation, de vérification, de rangement et de lavage.

Le bénéfice était plus important chez les patients qui présentent un score OCI-R plus élevé à l'inclusion.

Ces résultats suggèrent qu'une nouvelle approche de neuromodulation personnalisée pourrait avoir des bénéfices durables chez des personnes souffrant de TOC, concluent les chercheurs. D'autres études sont nécessaires pour le confirmer et pour évaluer cette piste dans d'autres troubles liés à un dysfonctionnement frontostriatal.

Nature Medicine publie également lundi une Brief Communication de Katherine Scangos et ses collègues de l'université de Californie à San Francisco (UCSF), qui rapportent un cas de dépression résistante traitée par stimulation cérébrale profonde cette fois, mais dite "en boucle fermée". Ce serait la preuve de concept d'une médecine personnalisée en psychiatrie, spécifique aux circuits cérébraux, estiment-ils.

Pour cette patiente, il apparaît que la stimulation appliquée à différents sites cérébraux a permis de réduire des symptômes distincts (anxiété, volonté, plaisir), avec des variations selon le contexte et l'état de la patiente.

Dans un communiqué, l'UCSF indique que ce cas a ouvert la voie à un essai clinique de 5 ans qui doit évaluer l'efficacité d'une neuromodulation personnalisée chez 12 patients souffrant de dépression pharmacorésistante sévère.

(Nature Medicine, éditions en ligne du 18 janvier)

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APM news

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