Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Risque accru de troubles cervicaux chez les patients atteints de syndrome de Tourette ou de tics chroniques

Mis à jour le vendredi 10 septembre 2021

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WASHINGTON, 30 août 2021 (APMnews) - Les personnes atteintes du syndrome de Gilles de la Tourette ou de tics chroniques présentent un risque significativement accru de 39% de présenter des troubles cervicaux, selon une étude de cohorte suédoise publiée dans JAMA Neurology.

Jusqu'à 58% des adultes et des enfants atteints du syndrome de Gilles de la Tourette ou de tics chroniques peuvent présenter des tics moteurs au niveau du cou, soulignent Josef Isung de l'Institut Karolinska à Stockholm et ses collègues, rappelant que cette zone est particulièrement sensible aux lésions sévères induites par des traumatismes répétés.

Quelques rapports de cas ont décrit un spectre de troubles graves de la nuque chez les personnes atteintes de syndrome de Gilles de la Tourette ou de tics chroniques avec, par exemple, des cas de hernie discale, de myélopathie cervicale avec complications neurologiques, ou encore d'accident vasculaire cérébral (AVC) secondaire à une dissection vasculaire traumatique de la carotide et des artères vertébrales.

Mais, notent les chercheurs, la nature et la prévalence des troubles cervicaux dans cette population de patients ne sont pas connues.

A l'aide de registres suédois, ils ont évalué si le syndrome de Gilles de la Tourette et les tics chroniques étaient associés à un surrisque de troubles cervicaux et de complications neurologiques associées, par rapport à ce qui est observé en population générale.

Les chercheurs ont identifié toutes les personnes nées en Suède entre 1973 et 2003 et y résidant encore entre 1997 et 2013. Ils ont sélectionné celles ayant reçu un diagnostic de syndrome de Gilles de la Tourette ou de tics chroniques par un spécialiste, soit 6.791 personnes, et apparié ces dernières à un nombre 10 fois plus élevé de contrôles sélectionnés au hasard dans la population générale, soit 67.910 contrôles.

L'appariement entre les deux groupes a été réalisé sur des critères d'âge, de sexe et de comté de naissance. Les modèles ont aussi été ajustés pour tenir compte d'autres causes connues de lésions cervicales.

Plus de trois quarts (77%) des participants étaient des hommes et l'âge médian au premier diagnostic était d'un peu moins de 16 ans. Le suivi a été réalisé pendant 17 ans en médiane, avec une analyse des données début 2021.

Les chercheurs ont recensé tous les cas de troubles cervicaux avec atteinte vasculaire (anévrisme et dissection de l'artère carotide interne, de l'artère vertébrale ou d'autres artères, infarctus cérébral ou accident ischémique transitoire) ou sans atteinte vasculaire (spondylose cervicale, troubles des disques cervicaux -dont radiculopathie et myélopathie-, fractures et distorsions de la colonne au niveau cervical, et cervicalgie), ainsi que les cas de patients ayant nécessité une chirurgie cervicale.

Ils rapportent qu'au cours du suivi, un diagnostic de troubles cervicaux a été posé pour 3,5% des patients atteints de syndrome de Gilles de la Tourette ou de tics chroniques (soit 237 sur 6.791) et pour 2,2% des contrôles (1.483 sur 67.910).

Après ajustement sur les covariables, le risque de troubles cervicaux était significativement accru de 39% chez les patients atteints de syndrome de Gilles de la Tourette ou de tics chroniques.

Le surrisque était observé aussi bien pour les troubles cervicaux avec atteinte vasculaire (risque accru de 57%) que pour ceux sans atteinte vasculaire (risque accru de 38%). Hommes comme femmes étaient concernés par le surrisque de troubles cervicaux, dès lors qu'ils étaient atteints de syndrome de Gilles de la Tourette ou de tics chroniques.

Les chercheurs notent en conclusion que, si les cas de troubles cervicaux sont relativement rares, ils peuvent néanmoins conduire à un handicap persistant chez certaines personnes, ce qui signifie qu'il est nécessaire de les suivre de près pour faciliter les interventions précoces.

(JAMA Neurology, publication en ligne du 23 août)

Source : 

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